I. — DIPHTÉRIE
La contagion du mal et sa fréquence chez l’enfant s’imposait aux observateurs et n’est guère discutée (Sgambati et Michaelis cependant ne la signalent pas) ; mais le mécanisme de l’infection reste un peu dans le vague. Les Espagnols et surtout les Italiens distinguaient la contagion directe et la contagion indirecte par l’air. La nature du phénomène est rapportée à des modifications des conditions climatériques, à des influences astrales, etc. ; quelques-uns font allusion à la théorie des germes de Fracastor; d’autres invoquent la notion de ferments engendrés par l’altération des humeurs, et provoquant à leur tour des perturbations humorales identiques dans les nouveaux organismes qu’ils pénètrent.
(1) Ce n’est que vers la fin du xviiie siècle, que Procliaska commence à donner un commencement d’explication sur les réflexes.'
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En tout cas, on est d’accord pour reconnaître à la diphtérie une grande malignité (Wierus, Forestus, Mercado, Herrera, Heredia, Marc-Aurèle Séverin, Sgambati Carnevale, Cortesius, etc.), dans le cours des épidémies espagnoles et italiennes. Beaucoup considèrent même le mal comme une sorte de peste.
La natureyraie de l’affection est diversement envisagée. S’appuyant sur la quantité de phlegme (1) qui semble s’étaler en nappes coagulées au niveau des tonsilles et sur l’existence, chez certains sujets, de phénomènes ataxoadynamiques, quelques-uns en font une maladie cérébrale. D’autres, plus nombreux, croient à l’existence du charbon, de l’érysipèle ou d’une gangrène super^cielle. Certains pensent que l’élément ulcéreux est le principal et que l’angine est ici secondaire ; ils se fondent surtout sur l’idée d’aphtes, émise par Arétée. Cependant, Mercado, Heredia, pensent que l’inflammation est incontestable; le second de ces auteurs croit même qu’il faut reconnaître au mal deux éléments indispensables : 1“ l’ulcère; 2° l’angine. Ces deux prineipes rendraient parfaitement compte, une fois admis, de l’Mlure générale de l’affection.
Les lésions furent longtemps envisagées, ainsi que du temps d’Arétée et d’Aétius, c’est-à-dire, comme étant de l’ulcère gangreneux. Mais Sgambati s’élève contre cette conception. Pour lui, il y a gangrène superficielle sans ulcère. Selon Cortesius, les couches mortifiées pourraient même se détacher sous forme de membrane.
La notion d’une fausse membrane^ qu’on trouve déjà nettement exprimée dans Aétius, fut signalée à nouveau par quelques médecins espagnols. Juan de Villaréal dit
(t) Suivant Hippocrate et Galien le cerveau engendre le pUegme,
qu’elle est tantôt blanche, tantôt livide, tantôt noire et que sa consistance rappelle celle du parchemin. Il exagère son adhérence aux parties sous-jacentes. Quand, dit-il^ elles sont par hasard rejetées, elles ne tardent pas à se reproduire. Herrera, Juan de Soto, fournissent égalemént d’intéressantes remarques sur ce sujet. Rappelons enfin que Paracelse a été le premier à noter l’existence des pseudo-membranes sur les plaies cutanées.
Home attribua l’existence de ces dépôts fibrineux a une coagulation de la lymphe, épanchée sur la surface delà muqueuse, et les compare très justement aux exsudats blanchâtres que l’on retrouve sur la surface interne d’une plèvre enflammée.
Les symptômes de l’afiection qui avaient été décrits d’une façon assez confuse par Paracelse, Wierus et même par Forestus, furent beaucoup mieux dépeints par les médecins espagnols.
Ceux-ci notèrent le caractère secondaire de la fièvre et parfois son absence (Heredia), la gravité des phénomènes généraux chez la plupart des malades, la dépression du système nerveux, la marche rapide, la propagation aux voies aériennes, les croûtes labiales et nasales, les liquides sanieux de la bouche dans le cas de diphtérie maligne, le rejet de fausses membranes, les hémorragies nasales {stilUcidia per nares), qu’ils regardaient comme d’un présage mortel. Maisc’est surtout Villaréal, Mercado et Heredia qui eurent le mérite de dresser ce tableau morbide ; les autres médecins espagnols sont bien moins ^ exacts. De même, en Italie, c’est Sgambati et ensuite Marc- Aurèle Séverin, Cortesius qu’il faut consulter.
Sgambati signale, après Paracelse, Wierus et les Espagnols, la rougeur érysipélateuse du début etlatumé-
processus épidémiques et spécifiques
faction considérable des amygdales ; le lendemain, dit-il, In voix prend un timbre rauque, l’angine s’accentue et le cou se gonfle ; mais il n’attribue pas le gonflement à l’adénite cervicale, comme Villaréal. Il semble croire à une tuméfaction molle, sous la dépendance du mal de gorge. Le quatrième jour, le blanc est devenu tout à fait noir, la déglutition et la dyspnée s’accentuent beaucoup, l’haleine est fétide et les malades rejettent des matières sanieuses (diphtérie maligne). Dès lors, la mort ne se fait pas attendre, surtout si on voit sortir du sang par le nez. Mais tous les sujets atteints ne succombent pas. Il y a des formes /?Zms bénignes, à fièvre modérée, à mal cantonné sur les amygdales, à dyspnée et à dysphagie moins prononcées que dans les cas précédents. Heredia, d’autre part, qui avait vu aussi ces cas légers, semble avoir aperçu la paralysie diphtérique, que plus tard Chomel signala nettement.
Au moment où le fléau se dissémine dans toute l’Europe, la gravité variable des épidémies explique les quelques divergences que l’on remarque chez leurs historiens. Cependant, presque tous reconnaissent que la marche est rapide, parfois foudroyante, et que le diagnostic est grave, même quand le mal paraît assez bénin (Home, Mifehaelis).
Le diagnostic avec l’angine ordinaire est déclaré facile ; «ar, en outre de la notion d’épidémie, la gravité des symptômes, la fétidité de l’haleine (Mercado, etc.) surtout la couleur des lésions renseignent d’emblée, pour ainsi dire, le praticien.
Quant au traitement, la saignée est rejetée par la très grande majorité des auteurs, sauf tout à fait au début. Depuis longtemps du reste, le Français Palmarius avait
prouvé que, dans les maladies pesteuses, les émissions sanguines sont nuisibles. Pour les mêmes raisons, on rejetait les purgatifs ; car on avait remarqué que tout affaiblissement de l’organisme favorise le développement du mal. Mais, par contre, sudorifiques, diurétiques et même vomitifs étaient recommandés. Mercado et ceux qui lui sont postérieurs se montrent partisans des toniques.
Ferez Cascales et d’autres préconisent les gargarismes astringents d’origine minérale (nitre, alun, plomb, acétate de cuivre, etc). Marc-Aurèle Séverin, plus radical, n’hésite pas à détruire par le feu les amygdales malades.