MERGADO
Mercado a publié un recueil de consultations de dimensions modestes, mais rempli d’observations intéressantes et où il a décrit magistralement le « garrotillo » c’est-àdire la diphtérie buccopharyngée. Nous en reparlerons dans une autre partie de cet ouvrage. Ne devant nous occuper ici que de l’angine vulgaire, c’est son grand traité de médecine (1) qu’il nous faut consulter. Or, dans
(1) Cet énorme ouvrage comprend deux volumes in-folio dans l’édition de Francfort (1615). On y trouve une pathologie générale, assez développée. La forme adoptée pour l’exposition des matières est syllogistique. On y lit d’abord une exposition de la vérité à démontrer, les arguments pour, les arguments contre, et enfin une conclusion. L’allure et le fond des doctrines est toute scolastique. Ainsi des chapitres importants sont consacrés aux problèmes suivants : utilité de la médecine, la médecine est-elle un art? une science unique ? ou une collection de sciences ? repose-t-elle sur la théorie ou sur la pratique ? Puis, viennent de longues discussions sur l’importance de la nature des quatre éléments (elle est nulle, suivant Mercado, qui soutient, contre quelques-uns, que notre corps présente toujours la réunion et non l’état isolé desdits éléments). Ce qu’il dit sur le tempérament et surtout sur les humeurs est un peu plus intéressant; car on y trouve largement développées les théories de l’époque. Les questions qui se rapportent au pronostic sont très fouillées, notamment son étude sur les signes critiques. Malheureusement, Mercado se fait le plus souvent le simple écho des médecins arabes, notamment d’Avicenne, bien qu’il cite aussi les sources originales où sont venus puiser Avicenne et Rhazès, c’est-à-dire Hippocrate et Galien. 11 y a donc peu d’originalité dans ce qu’il dit des
MERCADO
le tome II, livre II, p. 165, mentionnant la fameuse théorie des humeurs peccantes descendant de la tête pour se répandre dans le cou, il fait remarquer que les cavités voisines du pharynx sont prises en même temps ou isolément et que, parfois même, le mal se cantonne dans le voile ou dans les amygdales. Néanmoins, pour qu’il y ait angine, il faut que le pharynx proprement dit et le larynx soient intéressés. Il localise bien entendu le processus morbide, soit dans les muscles internes, soit dans les muscles externes de ces organes, à l’exemple de Galien et d’Avicenne.
Les inflammations de laluette sont rapidement décrites d’après Hippocrate. Il en est de même des amygdalites au cours desquelles, dit-il, les tonsilles gonflées, rouges, douloureuses et saillantes, gênent la déglutition et la respiration, faisant courir aux malades des dangers souvent sérieux.
Vesquinancie proprement dite est plus longuement étudiée. La synaiiche est dépeinte suivant Avicenne ; Mercado rappelle la pathogénie émise par l’auteur arabe (Voy. Tome I, p. 31). Les trois autres variétés galéniques sont ensuite signalées, ainsi que les différences cliniques qu’elles présentent. Il note la gravité du mal, ainsi que la difficulté, dans beaucoup de cas, de localiser le mal. En effet, les lésions peuvent occuper d’emblée les régions profondes de la gorge, ou y persister lorsque les altérations morbides des parties visibles ont depuis longtemps disparu. Néanmoins les signes physiques révéleront
maladies du pharynx ; mais il n’en est pas de même pour d’autres parties de la médecine, notamment des fièvres. Il y aurait donc un tri à faire des vues personnelles qu’il a émises dans cette première partie de son traité de médecine : nous ajouterons que, malgré . ses difficultés, cette entreprise serait pleine d’intérêt.
TEMPS MODERNES
généralement les causes et la variété d’esquinancie à laquelle on a affaire ; ainsi, l’angine due à une luxation des vertèbres cervicales (mal de Pott sous-occipital) s’accompagne d’une voussure spéciale du cou ; les mouvements du rachis sont très gênés ou impossibles ; la déglutition et la respiration sont entravées et la racine de la langue est comme repoussée en avant (saillie prévertébrale dans le gosier ?). La dyspnée et la dysphagie étant les deux symptômes fondamentaux, suivant que le pharynx ou le larynx sont principalement lésés, l’une ’ ou l’autre de ces perturbations morbides prédominera. Les altérations laryngées se révèlent en outre par des troubles vocaux, comme l’a montré Galien. Qnand l’affection est très intense, le malade ne peut ni fléchir la tête, ni respirer librement ; sa voix est comme brisée (Hippocrate). Cependant, rien n’apparaît à l’intérieur du gosier ou sur la peau du cou (cynanche). Dans la synanche, la gorge se tuméfie au contraire et rougit ; si c’est la parasynanche, ces symptômes s’accusent au cou lui-même. D’autre part, les aliments, s’il y a inflammation gutturale, reviennent par le nez ; l’épistaxis, lorsqu’elle survient, est d’un très mauvais présage (angines septiques, hémorragiques?). Plus les parois pharyngiennes ou laryngées sont infiltrées, plus les troubles morbides s’accentuent. Les plus dangereux sont, sans conteste, ceux qui se produisent du côté de la respiration ; malheureusement, dans ces cas, l’engorgement inflammatoire est si consistant et si dur qu’il résiste à toutes les médications. L’intensité de la fièvre, la saillie des yeux, la congestion de la face, l’abattement des forces n’indiquent que trop dans ces cas la variété de la maladie (cynanche). D’autre part, le début foudroyant de l’angine doit faire
PARACELSE
mal augurer de la terminaison. Les humeurs sanguines ou biliaires sont le plus à redouter parce qu’elles aflFectionnent les parties internes (cyr,anche), tandis que la phlegmatique se porte davantage sur les régions externes ou visibles. Cependant la pituite, elle aussi, a ses inconvénients. Elle est parfois remarquablement tenace : elle peut amener des tuméfactions périlleuses. Elle gagne souvent les viscères voisins (métastases) ; c’est ainsi qu’on peut voir se produire subitement par exemple une pleurésie, une péripneumonie.
Le traitement des angines indiqué par Mercado est complet et clairement exposé ; mais il n’offre pas de nouveautés et c’est pourquoi nous le passerons sous silence.
B. — lATROCHIMISTES.