III. — Diphtérie
Contrairement aux opinions courantes, Paracelse, le premier, a rappelé l’attention sur les angines diphtériques, profondément oubliées depuis Arétée et Aétius ; et cela, bien avant les médecins espagnols et italiens du commencement du XVII® siècle, avant Forestus et même avant Bâillon, qui fit paraître seulement vers la fin du xvi® siècle son célèbre ouvrage sur les épidémies parisiennes.
Sous le nom de prunella, il décrit en réalité la diph* térie huccopharyngée. En effet, dans un passage fort
(1) Ce paragraphe devrait se trouver au chapitre Diphtérie; mais cette disposition enlèverait beaucoup de son intérêt a notre étude sur Paracelse.
PARACELSE
intéressant de sa grande chirurgie, où il étudie les maladies infectieuses qui peuvent compliquer les plaies dans les camps en temps de guerre, il signale chez des soldats, en même temps que la prunelle, des pseudo-membranes (cuticulæ) identiques à celles de la gorge. Les manifestations gutturales ne permettent pas de penser qu’il s’agissait de la pourriture d’hôpital.
Paracelse est, comme d’habitude, très bref dans sa description. Il y a, dit-il au début, chaleur intense dans la gorge, avec rougeur très marquée, analogue à celle de l’érysipèle ; puis, la teinte tourne au blanc grisâtre, au gris et même au noir ; la couleur n’est pas toujours uniforme. Le mal siège au niveau de la racine de la langue.
Dans un autre passage de son traité sur les maladies engendrées parles sels [malatartai'ea), il en fait le résultat d'une mauvaise digestion du foie ; les sels se déposeraient dans cet organe et l’encrasseraient au point que l’air élémentaire (l’un des éléments de l’univers), appesanti, épaissi, ne peut plus circuler dans le corps, comme il le devrait; il finit cependant par s’échapper du viscère hépatique ; il remonte à la gorge où il détermine, par l’âcreté vitriolique dont il est imprégné, tous les phénomènes qui caractérisent la prunelle. On ne peut pas dire que le foie détermine l’affection ; mais c’est un trouble survenu dans le foie qui lui donne naissance. En ce sens, c’est une maladie hépatique. Dans sa grande chirurgie, Paracelse dit que la prunelle peut être considérée comme une perturbation de Varsenic. Or l’arsenic est pour lui un sel et même un sel caustique, jouant par là le rôle d’ün vitriol (les chirurgiens employaient l’acide arsénieux pour détruire les chairs surabondantes ; cette pratique se continua jusqu’au xviiP siècle). Nous avons vu d’ail-
TEMPS MODERNES
leurs que, suivant Paracelse, c’est aussi à une variété d’arsenic, au réalgar (sulfure d’arsenic) qu’est attribuée la propriété de déterminer l’angine, quand ses réactions dans l’organisme sont troublées.
Le traitement qu’on peut diriger contre la diphtérie buccale, dit Paracelse, est le plus souvent impuissant. Il recommande l’eau de prunelle. Autre part {Traité de la peste), il conseille un remède secret, un de ces arcanes qui agissent mystérieusement par des sympathies cachées (entre les corps astraux des deux êtres ?). Prenez, dit-il, six à huit écrevisses (1), pilez-les et nettoyez avec ce suc la langue et le reste du gosier. L’auteur veut en effet qu’on frotte à diverses reprises cet organe de façon à le nettoyer et à lui restituer sa couleur rouge, parce qu’il faut, dit-il, le désencrasser des substances nocives que le mal y dépose sans cesse au cours de la maladie.
Notons enfin en terminant que Paracelse, dans un passage de son traité sur la maladie du tartre, dit formellement qu’il s’agit d’une maladie nouvelle.