‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IIChapitre 22 sur 174 · IV. — Lésions pharyngées syphilitiques · texte numérisé non relu

IV. — Lésions pharyngées syphilitiques

Paracelse est un des premiers auteurs qui se soient occupés de la syphilis, et l’on s’accorde à dire qu’il en a donné une assez bonne description. Il note soigneusement les accidents secondaires qui surviennent du coté de la cavité buccophai’yngée. Il voit là une véritable angine, qu’il appelle squinantia galHca, et confond, comme tous ses contemporains, les plaques muqueuses avec les ulcères. Il signale la fréquence de ces plaques sur les

(1) La constellation de l’écrevisse était censée influencer le cou;

(2) Meme remarque que pour le paragraphe : Diphtérie,

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lèvres, les gencives, le voile, etc. Il sait que le larynx est souvent pris d’une façon concomitante et localise les déterminations syphilitiques de cet organe dans sa couche musculaire. L’allure symptomatique, dit-il, rappellerait parfois celle du bronchus (amygdalite), avec laquelle l’affection peut parfois se combiner. Aucune manifestation syphilitique n’est aussi violente (1), ajoute-t-il, ni aussi prête à se putréfier que ces déterminations pharyngées? Paracelse parle même d’érosions profondes de l’os du palais et de l’os basilaire (?), entraînant le rejet par le néz des aliments liquides et même solides. S’agit-il de perforations palatines, ou de troubles dysphagiques? Si la première hypothèse est vraie, Paracelse aurait vu de véritables lésions tertiaires ; ce que ferait supposer sa remarque que les ulcères vénériens de la cavité buccopharyngée ont une grande tendance à se putréfier, c’està-dire à gagner en étendue et à amener des lésions destructives.

CONCLUSIONS

Nous venons d’exposer les vues émises par Paracelse sur les maladies du pharynx ; mais, pour dégager celle-ci de sa phraséologie si spéciale et si abstruse, il convient d’en faire un court résumé, en laissant de côté, bien entendu, la prunelle (diphtérie), dont nous avons longuement parlé et qui est une addition réelle et importante aux connaissances acquises.

Ce qui frappe, c’est que, malgré l’extrême concision des chapitres qu’il a consacrés à ce sujet, soit dans cette espèce d’aide-m'émoire qu’il a appelé sa petite chirurgiej

(1) Probablement à cause des accidents buccaux d'intoxication mercurielle;

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soit dans son traité de la peste et de la syphilis, il ait pu amener dans les conceptions traditionnelles des changements aussi notables, bien que ceux-ci d ailleurs ne portaient en réalité que sur deux points, capitaux il est vrai, la patliogénie et la médication.

En remplaçant la théorie humorale par une hypothèse chimique, il a modifié, pour ainsi dire de fond en comble, l’aspect des choses ; ce qui prouve une fois de plus quelle importance il faut ajouter à l’étiologie, même quand il s’agit de la vieille -médecine. En effet, en niant les humeurs peccantes, en supposant que l’angine était due à un processus local, il contestait par cela même toute utilité aux médications dérivatives (saignées, purgatifs, scarifications, ventouses, cataplasmes, vésicatoires, vomitifs), et il se trouvait forcément amené à l’usage, pour ainsi dire exclusif, des topiques pharyngés.

Du reste, en faisant disparaître les théories pathogéniques anciennes, on arrivait fatalement à concevoir autrement les symptômes, la marche et le pronostic, puisqu’on n’entrevoyait en somme tout cela qu’à travers des idées préconçues.

De plus, Paracelse, en admettant d’une part que l’esquinancie était une simple variété du charbon,. c’est-à-dire d’un processus dont il ne fallait pas troubler l’évolution naturelle, sous peine de faire courir aux malades les plus grands dangers, en soutenant d’autre part que la réparation des lésions morbides se faisait en réalité grâce au baume naturel qui imprègne nos tissus et les préserve de la putréfaction, restreignait singulièrement l’intervention médicale. Le médecin devait en effet se borner à favoriser la formation de l’abcès, terminaison nécessaire et en quelque sorte salutaire de l’affection, et.

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après l’ouverture de celui-ci, empêcher toute perturbation dans le phénomène de la cicatrisation qui lui échappait en réalité. On peut dire que le rôle du praticien n’était plus en somme qu’une expectation armée. Aussi la médication de Paracelse n’a rien de la complexité de celle des auteurs gréco-romains. Au début, il conseille les gargarismes adoucissants et, vers la fin, les gargarismes astringents.

La description du bronchus, affection produite par les humeurs excrémentitielles, engendréesp ar les pertubations morbides de l’économie, semble prouver aussi qu’il séparait ces lésions glandulaires de l’angine proprement dite, et, ici encore, Paracelse a un pressentiment exact de la nature intime des processus.

S’il a fait surtout œuvre de théoricien, à propos de l’esquinancie et du bronchus, il s’est, par contre, révélé bon clinicien, à propos des lésions syphilitiques de la gorge. Il a noté la constance, le siège, la persistance, les troubles fonctionnels intenses de& déterminations vénériennes secondaires, qu’il attribue aune sorte d’angine et à la présence d’ulcères. Il a constaté l’existence concomitante habituelle d’une laryngite ; enfin, il a su démêler, et ceci est très important, le caractère destructif des lésions syphilitiques buccopharyngées qui manquent, afïîrme-t-il, de baume naturel; ce qui les expose beaucoup à se putréfier. Elles peuvent se combiner avec le bronchus, terme qui chez lui paraît désigner l’amygdalite. Il semble en outre, comme nous l’avons vu plus haut, qu’il ait signalé les perforations palatines. .

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