‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IIChapitre 25 sur 174 · SENNERT · texte numérisé non relu

SENNERT

Le traité de Sennert est certainement l’ouvrage médical le plus étendu (il est comparable comme ampleur au

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Canon d’Avicenne), le plus complet, le plus sérieux qui ait paru pendant la Renaissance et les premières années du xvii“ siècle. Il résume, pour ainsi dire, les doctrines de l’époque. Doué d’une érudition immense, Senncrt relate tout ce que les anciens avaient écrit d’intéressant, sur les angines par exemple. C’était en même temps un excellent clinicien (1), et il ne haïssit pas d’instinct les nouveautés, comme Massaria et quelques autres. 11 prête, notamment à propos des affections du pharynx, une grande attention aux travaux de ses contemporains et cherche h ajouter personnellement au trésor des connaissances acquises.

Comme la plupart de ses contemporains, il montre volontiers combien il est versé dans la langue grecque, en fiÉsant étalage de mots de cette langue, dont il discute ensuite le sens avec la rigueur d’un grammairien. Il en est ainsi pour sa définition de la synanche.

Il divise d’abord les angines en deux grandes classes : l’angine vraie, et l’angine bâtarde. Cette dernière n’est autre que l’angine phlegmatique des anciens. Galien avait déjà signalé le caractère moins aigu et l’allure traînante des' synanches dues au phlegme. Les auteurs arabes, surtout Avicenne (Voy. Tome I, p. 256), avaient particulièrement insisté sur cette marche torpide, remarque répétée ensuite par la plupart des écrivains du moyen âge. Mais, s’ils admettaient que les phénomènes inflammatoires locaux et généraux étaient moins intenses, ils n’allaient pas jusqu’àdire qu’ils faisaient défaut. Cependant l’on marche visiblement vers cette conception extrême, avec quelques auteurs de la Renaissance, notamment

(1) Il a le premiei’ décrit complètement la scarlatine.

TEMPS MODERNES

Baillou. Ce sont probablement les cas d’angine sèche de ce dernier auteur qui ont poussé Sennert à admettre cette variété d’angine bâtarde, qui sera depuis reproduite par la plupart des nosologistes du xvii® et du xviii® siècle.

Angine vraie {exquisita). — Dans la partie étiologique qui est très développée, Sennert, tout en se montrant jusqu’à un certain point partisan de Paracelse, conserve cependant les bases fondamentales de la théorie humorale, et cite les opinions émises par Hippocrate, Galien, Rhazès, Avicenne, etc. Il tâche d’expliquer la fréquence des inflammations pharyngées par le voisinage du cerveau, qui, froid et résistant, chasserait les humeurs peccantes vers les organes du voisinage : gorge, larynx, yeux, nez, oreilles (1) ; le pharynx, lâche et imbibé naturellement d’humeurs âcres et visqueuses, serait plus apte à s’enflammer. Sennert trouvait ainsi vraisemblablement une explication de ce fait curieux que, sous l’influence d’un refroidissement par exemple, des organes très divers peuvent être atteints chez certains individus, et restent indemnes chez d’autres.

D’après Cælius Aurelianus, il note la prédominance de l’angine chez l’homme, plus exposé selon lui aux intempéries. En outre de cette explication rationnelle, il invoque le tempérament de la femme plus froid et conséquemment moins apte à l’inflammation, puis l’étroitesse et la petitesse de son pharynx et de son larynx, disposition qui, dit-il, le rendent moins perméable aux humeurs. Les autres causes déjà connues (mets âcres ou trop chauds, champignons, fruits irritants, froid, humidité, etc.) sont exposés d’une façon complète.

(1) Sennert ébauclie donc, avec Sylvius, la fièvre catarrhale du xviiie siècle.

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La notion d’épidémie est reprise, Sennert, après avoir signalé les intéressantes remarques de Forestus à ce sujet, ajoute que lui-même a vu, certaines années, le mal frapper un grand nombre d’individus en Allemagne.

Sennert insiste sur ce fait que, dans Vangine véritable, il faut que les voies aériennes supérieures (pharynx, larynx) soient enflammées. Il rejette donc la variété admise par Dodonœus, où les lésions siégaient dans le parenchyme pulmonaire, bien que, d’après cet auteur, la toux et l’expectoration fissent défaut et qu’il y eût une sensation de gêne et même de douleur au niveau du pharynx, du larynx et de la trachée.

Comme les auteurs de la période gréco-romaine, il se base d’abord sur la topographie des lésions, pour établir la classification des angines ■, \\ admet les quatre variétés de Cælius Aurelianus, Galien, etc. Il insiste surtout sur l’aspect clinique des affections appelées par les Grecs, l’une cynanche, l’autre synanche, et naturellement trouve. aussi la première la plus dangereuse. Il ajoute que l’intensité des symptômes et la durée de l’affection sont assez variables et pourraient servir à l’établissement de formes cliniques diflerentes.

Le diàgnostic est fondé sur les signes physiques et les symptômes rationnels. La dysphagie et la dyspnée sont les deux traits fondamentaux. La rougeur et la tuméfaction ne se Amient pas dans la cynanche où, par contre, l’étouffement et la douleur sont à leur maximum.

Angine bâtarde. —- Sennert est assez bref sur l’angine bâtarde dont nous avons déjà rappelé l’origine, selon lui, phlegmatique. Il l’assimile à l’œdème des anciens. L’absence de signes et de symptômes inflammatoires, avec un peu de dysphagie, est sa caractéristique.

Mais si le tableau morbide est effacé, par contre la marche est beaucoup plus lente que dans 1 angine vraie, et le mal peut persister pendant fort longtemps.

Affections des amygdales. — Selon Sennert, les amygdales peuvent parfois se tuméfier d’une façon durable (1) et même changer de couleur, sans qu’il y ait inflammation. Dans ce cas, les glandes se laisseraient gonfler comme une éponge par la pituite, sans réagir.

Il n’en est pas de même quand les humeurs sont âcres et salées (hypothèse de Paracelse, Voy. textes). Il en résulte des phlegmasies bien plus intenses et bien plus gênantes que les inflammations de la luette. Comme Arétée, il avait constaté que le mal est fréquent chez les jeunes filles aux approches de la menstruation. Les symptômes de Taffection sont assez bien exposés ; la description en est empruntée en grande partie à Paul d’Egine. Dans le commencement de la maladie, surviennent souvent des ulcères caractérisés parleur aspect, leur couleur cendrée ou même blanche ; on dirait des sortes de taches. Souvent ils se recouvrent de véritables croûtes (pseudo-membranes). Comme terminaisons possibles, Sennert signale :

1“ La résolution plus ou moins rapide ;

2“ La suppuration et la formation d’un abcès avec menace de suffocation, etc. ;

3“ L’induration ;

4“ La gangrène (?) qu’on voit, dit-il, survenir dans certaines épidémies et qui est le plus souvent mortelle (gangrène véritable et diphtérie) ;

5“ L’ulcère ; certains sont assez bénins et guérissent

(1) Ceci est une des premières mentions bien nettes de l’hypertrophie adénoïde yraie de l’amygdale.

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vite, tandis que d’autres sont rebelles et souvent accompagnés de symptômes très menaçants (diphtérie). Souvent de petites ulcérations se fusionnent pour former un gros cratère unique. Parfois, les pertes de substances noirâtres sont entourées d’un halo rougeâtre ; ce qui les fait ressembler beaucoup au charbon ;

6“ L’invasion des voies aériennes, telles que trachée, bronches, poumons ; ce qui s’annonce par la toux, l’expectoration, etc.

En outre des ulcères d’origine inflammatoire, Sennert en admet d’autres qui n’ont rien de phlegmatique dans leur origine et sont dus à des réactions vicieuses des sels de l’économie (sel vitriolique, arsenic,,etc.)

Enfin, il décrit assez complètement les indurations amygdaliennes, reliquat de phlegmasies anciennes le plus souvent multiples, qui, dit-il, peuvent amener une telle augmentation de volume qu’elle gêne considérablement la déglutition et même la respiration. Il a comparé ces lésions au gonflement chronique des ganglions scrofuleux du cou. Il en recommande l’ablation d’après les procédés de Paul d’Égine.

Notons en terminant tout l’intérêt que nous présente la partie dont Sennert fait suivre habituellement les chapitres les plus importants de son traité, et où il discute les questions d’intervention. Il recommande la laryngotomie, rappelant, d’après Albucasis, que les plaies de la trachée ne sont pas incurables.

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