ETHMULLER
Le traité d’Ethmuller a, pour la fin du xviP siècle, la même valeur que celui de Sennert pour la Renaissance.
temps modernes
Il résume bien les travaux de ses contemporains et met au point l’état des connaissances.
étiologie que cet auteur assigne aux angines se ressent du iatrochimisme de l’époque, mis à la mode, après Paracelse, par Sylvius de le Boe à Leyde (Hollande) et par Willis à Londres. On ne parle plus guère de la bile, ni du phlegme, ni de l’atrabile, ni du sang échauffé, mais bien de la lymphe trop visqueuse (de nombreux travaux avaient été faits sur les lymphatiques depuis la découverte d’Aselli sur les chylifères), qui, en s’accumulant par exemple dans les amygdales, y arrête le cours du sang et y provoque ainsi l’inflammation. D’autre part, cette lymphe, qui s’écoule des tonsilles par des trous visibles à loupe et parfois à l’œil nu, devient trop âcre et trop acide, par l’altération de ses principes chimiques, quand il y a catarrhe, et ce liquide irrite encore ou même corrode par son acrimonie les parois de la gorge. Les corps étrangers, les mets trop chauds ou irritants, les liquides caustiques, tels que l’eau forte, peuvent aussi être la cause dumal, ainsi que le froid, les troubles menstruels, les frictions mercurielles et certaines constitutions épidémiques.
Précisant la topographie du mal, Ethmuller englobe dans l’esquinancie la glossite, que certains auteurs tendaient déjà à séparer de la pharyngite. Il admet avec ses prédécesseurs que son domaine comprend non seulement le pharynx, mais encore le larynx. Il adopte la vieille classification : synanche (lésions des parois ou muscles internes) ; parasynanche (lésions des parties périphériques de la gorge) ; cynanche ou laryngite ; paracynanche (périlaryngite). Cette division remonte, comme on le sait, non seulement à Galien, mais peut-être aux Alexandrins (Voy. fomel, p. 14.)i Comme Dodonœus et quelques autres, et
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contrairement à Sennert, il croit que les poumons peuvent être affectés d’une façon concomitante ; de là, dit-il, l’analogie que présente la dyspnée de l’esquinancie avec celle de la péripneumonie.
L’auteur admet une angine vraie et une angine fausse comme Sennert, variétés qu’il décrit comme ce dernier.
Dans Vangine vraie, les symptômes et les signes physiques (douleur, chaleur, rougeur, tuméfaction) n’auraient rien de particulier et seraient ceux de l’inflammation en général. Les phénomènes spéciaux (dysphagie et dyspnée) résultent simplement du trouble fonctionnel de la gorge. Selon lui, la difficulté respiratoire de la cynanche peut atteindre des proportions extraordinaires. La fièvre est plus ou moins intense suivant les cas ; quant au pouls, il en décrit les modifications d’après Galien. Comme gravité, il faut d’abord placer la laryngite, puis l’amygdalite, et enfin la pharyngite, l’angine la plus légère.
Parmi les modes de terminaison, il signale la guérison subite du mal à l’apparition d’un flux (doctrine des crises d’Hippocrate), par exemple des règles, ainsique Forestus en a publié un exemple. Les symptômes peuvent aussi disparaître brusquement, s’il survient une maladie analogue dans un autre point de l’économie, par exemple dans la plèvre. A ce propos, Ethmuller rapporte l’aphorisme bien connu d’Hippocrate. Enfin, dit-il, on a vu, malgré la guérison de l’angine, la fièvre persister et prendre un type continu ou intermittent. On connaît en effet le début par angine de certaines fièvres palustres- ou typhoïdes.
Le traitement comprend un assez grand nombre de drogues chimiques, telles qu’antimoine, phosphate de chaux, esprit doux, nitre (c’est l’esprit de nitre volatil qui constitue le principe actif des excréments d’animaux
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recommandé par Paracelse qui, en cela, imitait les anciens). Le phosphate de chaux était employé sous la forme de raclure de corne de cerf ou de dent de sanglier (à propos de son efficacité, Ethmuller rappelle une observation de Valeriola). Il recommande contre les affections catarrhales delà gorge; ainsi que contre tous les catarrhes, la myrrhe et le succin, alors réputés comme souverains.
Il est partisan de la saignée quand le mal est dû à une cause interne. Il la pratiquait d’abord au pied (pour amener une déplétion de tout le système), puis aux bras (déplétion des parties supérieures du corps). La phlébotomie des jugulaires, approuvée par Bartholin, Rivière et Zacutus Lusitanus, lui semblait dangereuse et réservée à un praticien adroit et expert. Celle des ranines ne devait intervenir qu’au moment précis où le mal est à la période d’état ; le sang qui s’écoule des ranines renseignait, disait-on, sur l’évolution de l’angine (Voy. Journal des savants à'Allemagne, III p. 376).
Les astringents violents en application externe, employés sans mesure ou en temps inopportun, pourraient, selon lui, en empêchant les humeurs de se répandre dans les parties voisines, amener une sorte d’étranglement des organes internes, ainsi que l’a soutenu Sylvius de le Boe. Au début, pour resserrer le pharynx et enrayer l’arrivée des humeurs âcres qui le corrodent, les iatrochimistes, dont Ethmuller faisait, jusqu’à un certain point, partie, recommandaient beaucoup les gargarismes astringents, comme les anciens humoristes grecs. Mais, contrairement à ceux-ci, ils rejetaient ceux de nature âcre, de peur d’enflammer outre mesure les parties malades. Ethmuller croit même avec quelques médecins que, si l’inflammation est très vio-
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lente, il vaut mieux s’abstenir des gargarismes et se contenter de placer dans la bouche quelques masticatoires, pour favoriser la sécrétion dé la salive.. Si l’esquinancie est liée aune fièvre ou à une épidémie maligne, on s’abstiendra de la saignée, des purgatifs et on se bornera aux sudorifiques et âux alexipharmaciques.
Etudiant quelques autres moyens dirigés contre l’angine, il soutient, ce qui est vrai dans un certain nombre de cas, que les vomitifs bien employés (antimoine) peuvent juguler au début le mal. L’antimoine est encore utile contre les angines avec membranes et pour faire crever les abcès de la gorge, quand on ne possède pas l’habilité nécessairè pour les inciser. Comme on le voit, les vomitifs jouaient le rôle des morceaux de bois, éponges et autres instruments barbares dont se servaient les médecins du moyen âge et même de la Renaissance pour rompre la collection purulente, en les passant de force dans la cavité du pharynx. Donnons en terminant ce détail, qu’il employait surtout comme gargarisme le jus de joubarbe et le suc de prunelle.
La prunelle, si estimée par Paracelse et nombre de ses contemporains, était souvent associée au suc d’oseille, de rose, de grenade, dans les diverses préparations recommandées par Ethmuller, qui, du reste, ne fait le plus souvent qu’emprunter les formules de ses prédécesseurs.
D. — lATROMÉCANICIENS.
Introduction.
Contrairement h Paracelse et à Sylvius de le Boe, qui basaient leur système médical sur la chimie, c’est sur-
tout par les hypothèses mécaniques que Borelli explique la contraction des muscles (1), la circulation, le développement des maladies, enfin tous les actes normaux ou anormaux dont l’organisme est le siège. Cependant, il s’y mêle quelques conceptions vitalistes (esprits vitaux ayant assez d’intelligence pour suivre les nerfs, qui constituent la voie la plus courte pour aller aux différents organes, et y provoquer en quelque sorte leur activité fonctionnelle) et chimiques (combinaison des esprits avec le sang déterminant une effervescence ou explosion, semblable à celle que produit le contact de l’eau sur la chaux vive). C’est à la chimie notamment que cet auteur emprunte ces notions d’âcreté, de pourriture dont serait frappé, suivant lui, le sang arrêté dans les vaisseaux. Du reste, cette stase est le point de départ de la grande majorité des processus morbides. En se ralentissant, le sang s’épaissit, s’altère. Comme il est chargé de la rénovation incessante des organes, si l’un de ceux-ci n’est plus normalement irrigué, il subit forcément par cela même des altérations morbides variées. En un mot, non seulement il tend à
(1) La contraction musculaire est due, selon lui, au changement de forme des cellules musculaires, dont l’ovoïde se gonfle de plus en plus dans le sens transversal, rapprochant ainsi les deux extrémités l’une de l’autre. Ce gonflement est le résultat d’une sorte d’explosion produite par la rencontre des esprits nerveux descendus du cerveau et arrivés dans le muscle avec le sang du vaisseau qui vient imbiber la cellule musculaire. La circulation provient de la contraction du cœur. La digestion n’est plus qu’une trituration mécanique, qui permet aux molécules nutritives de recevoir la forme nécessaire pour pénétrer dans les vacuoles, que laisse sans cesse dans l’organisme l’évaporation des moléifules vieillies dans l’intérieur de nos tissus. L’architecture de cette molécule nouvelle et sa nature sont commandées par le vide qu’elle doit ainsi remplir. La sécrétion s’explique par l’adaptation des molécules du liquide sécrété au calibre des trous de l’espèce de crible qui constitue 1 organe sécréteur. La respiration est destinée à rendre aux globules sanguins leur aspect normal et à tempérer la fougue des esprits vitaux.
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dégénérer, mais encore il s’enflamme. Un certain nombre de maladies (névroses) dépendent d’une obstruction des voies que suivent les esprit vitaux. Ceux-ci, ne pouvant plus s’échapper par les fibrilles nerveuses, stagnent et prennent une âcreté nuisible. D’un autre côté, lorsque des principes âcres s’accumulent vers les parois du cœur, ils déterminent de la fièvre ; celle-ci ne cesse qu’au moment où les âcretés ont été chassées par l’accélération du torrent circulatoire.
Borelli s’est livré surtout à des recherches de physiologie et de pathologie générales. Il a complètement laissé de côté les maladies locales et en particulier les affections du pharynx ; mais on sent combien la pathogénie de celles-ci se trouvait modifiée par les hypothèses de l’auteur italien. C’est par le raléntissement, puis pâr la stase du sang au niveau de la gorge que s’expliqueront maintenant la plupart des troubles morbides dont elle peut être atteinte, les autres (perturbations nerveuses telles que spasme, paralysie) résultant d’un empêchement à la circulation des esprits vitaux.
Baglivi, qui a composé une pratique médicale si remarquable, où il décrit un assez grand nombre d’affections diverses, pour montrer comment s’y adaptait l’iatromécanisme, ne s’est point occupé non plus des inflammations pharyngées (1).
Hoffmann au contraire et Boerhaave en ont parlé assez longuement. Malgré la part énorme que le premier de ces auteurs attribue au système nerveux dans la production des maladies, il reste un iatromécanicien beaucoup plus pur que Boerhaave et davantage éclectique.
(1) Il a signalé, dans sa description des fièvres exanthématiques, les déterminations secondaires qui atteignent le pharynx.