HOFFMANN
Hoffmann définit l’angine une inflammation du gosier avec dyspnée, dysphagie, douleur, tuméfaction et rougeur, engendrée par une altération du sang ou de la lymphe, déterminée par la stase de ces liquides dans les vaisseaux. Par ce dernier membre de phrase, l’auteur se range parmi les partisans de l’hypothèse iatromécanique. D’autre part, il regarde, avec tous ses prédécesseurs, l’élément dyspnée comme indispensable ; ce qui lui permet d’éliminer certaines phlegmasies du gosier, où les troubles respiratoires sont inconstants et en quelque sorte accidentels. L’amygdalite pour lui n’est pas une angine. Il restreint donc beaucoup plus l’emploi de ce terme qu’Ethmuller par exemple, Boerhaave, Sauvage, Cullen, etc, rentrant ainsi davantage dans la tradition gréco-romaine et arabe.
L'étiologie est fouillée avec beaucoup de soin. Mais, bien qu’Hoffmann recommande ailleurs de ne pas confondre avec l’angine certaines perturbations, par exemple les troubles hystériques, il n’a pas toujours su se mettre à l’abri de cette cause d’erreur. Il insiste tout particulièrement sur les angines en quelque sorte répercusswes, survenant à la suite de la suppression des règles, des flux hémorroïdaires, ou des saignées, ou encore des purgatifs, auxquels certaines personnes recouraient à époque fixe. Les troubles pharyngés d’origine menstruelle étaient connus depuis longtemps. Hoffmann n’a pas su démêler leur nature habituellement congestive, et inflammatoire seulement par exception. Il incrimine aussi, après Fabrice de Hilden et quelques autres, certaines
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perturbations - intestinales (dysenterie) qui, en réalité, agissent bien plutôt sur la vascularisation et sur l’innervation de l’organe. Sans doute l’angine véritable peut parfoisenrésulter ; mais, dans ce cas, il y a vraisemblablement infection secondaire du gosier, et alors, fait curieux que signalait déjà Ethmuller (1), l’apparition de ces angines semble atténuer ou même peut supprimer les phénomènes primitifs. La disparition des lochies paraît à Hoffmann une antre cause d’angine ; la n’y a-t-il pas un commencement d’infection septique? Du reste, Hoffmann cite, seulement en passant, cette angine puerpérale où il devait voir certainement un simple dhénomène de métastase desdites lochies sur la gorge. L’angine qui suit Vivresse est bien plutôt due à une stase qu’à une phlogose et ne tarde pas, ce qu’oublie Hoffmann, à se dissiper. Fait exact et peu connu, les douches ou même les bains très chauds peuvent, selon lui, entraîner l’apparition d’un mal de gorge ; en effet la réaction peut être incomplète ou dépasser les limites, d’où moindre résistance de l’organisme affaibli à l’invasion des microbes pathogènes qui peuplent normalement le pharynx. Un de nos malades était pris à chaque douche ou même après un bain trop chaud d’amygdalite et dut renoncer à l’hydrothérapie. Il y a, du reste, probablement là de l’idiosyncrasie ; car ces accidents pharyngés inflammatoires sont peu fréquents ; on observe plus souvent un peu de dysphagie transitoire. Hoffmann signale l’angine, d’ailleurs exceptionnelle, liée aux excès de fonctionnement du larynx. A côté de troubles pharyngés exacts, ceci semble indiquer dans son
(1) Rappelons que les abcès artificiels, déterminés de parti pris au cours des pneumonies graves, constituent à l'heui-e actuelle une méthode qui jouit d’une certaine vogue. (Fochier, de Lyon.)
TEMPS MODERNES
esprit une certaine confusion entre la laryngite et la pharyngite. Il invoque encore comme causes les ingesta: mets âcres ou trop chauds, remèdes violents (ellébore, par exemple) les corps étrangers (étiologie bien connue des anciens. — Cælius Aurelianus, Arétée(Voy. textes, vol. I). — Tulpius, que cite seul l’auteur, n’a fait qu’ajouter un fait nouveau aux observations des Gréco-Romains. Ethmullcr et Hoffmann connaissent, ainsi que leurs prédécesseurs immédiats, les troubles pharyngés liés à Vempoisonnement par les champignons vénéneux et par la belladone. Les médecins du moyen âge semblent les avoir, les premiers, bien étudiés, bien que la dysphagie ait été signalée déjà par les médecins arabes. Rieji de nouveau sur l’influence du refroidissement, surtout pendant la transpiration. La rage citée par l’écrivain retentit, comme la belladone, sur le fonctionnement de l’organe, mais ne l’enflamme pas. Plus exacte est la constatation que le mal peut régner épidémiquement ; nombre d’écrivains l’avaient faite déjà et avaient même noté les conditions climatériques habituelles. Les accidents pharyngés secondaires àes^^evve?,, entrevus déjà par Hippocrate, bien étudiés par Avicenne (Voy. Tome 1, p. 109), avaient fait l’objet de recherches nombreuses dès le xvi® siècle ; mais Hoffmann a eu le mérite (1) de noter un des premiers les accidents inflammatoires qui peuvent survenir au cours du typhus (exanthématique ?), qu’il appelle fièvre hongroise.
Hoffmann /oca/fsel’angine principalement dans la partie de la gorge qui fait suite à l’isthme, c’est-à-dire dans le pharynx proprement dit, là, dit-il, où les narines et le larynx viennent déboucher dans l’organe. Cette ten-
(1) Surtout dans son traité des fièvres
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dance à reculer le plus possible en arrière le siège du mal pour faire comprendre l’absence dans certains cas de lésions apparentes et la coïncidence habituelle de la laryngite avec la pharyngite, date surtout du moyen âge et ne fit que s’accentuer à la période que nous étudions.
Hoffmann, suivant l’exemple de quelques-uns de ses prédécesseurs, comprend d’une façon toute spéciale l’angine sans lésion matérielle apparente, si grave par ses symptômes ; elle occuperait les couches profondes des parois du pharynx (ce qui fait que les lésions ne peuvent être aperçues), tandis que l’angine visible se cantonne dans les couches superficielles voisines de la cavité de l’organe. Cette explication avait déjà été donnée, même par des anciens ; mais on se rappelle (Voy. Arétée) que beaucoup d’auteurs, à cette époque déjà, expliquaient l’absence apparente de tuméfaction et de rougeur par le siège très inférieur des altérations morbides. Galien luimême Avait fait de la fameuse cynanchè une laryngite. Hoffmann parle du reste de celle-ci dont il fait une troisième variété d’angine, caractérisée surtout par des troubles phonateurs et respiratoires. La symptomatologie de l’angine occulte (à lésions invisibles) est empruntée tout entière à Arétée. A propos de l’esquinancie à altérations visibles, il distingue l’angine vraie et l’angine bâtarde, celle-ci liée à une stase de la lymphe. Cette distinction remonte à Sennert. C’est à son rival Boerhaave qu’est due l’admission, dans le cadre nosologique de cette époque, de l’angine sèche ; cette dénomination groupait un grand nombre de faits disparates [rhumatisme pharyngé, pharyngite sèche aigue (?), certaines angines interstitielles (?) des troubles purement dysphagiques].
L’angine pseudo-membraneuse est rapidement décrite sous le nom de prunella alba : des matières muqueuses se concréteraient en couche continue sur les parois de l’organe. Hoffmann fait ressortir en quelques mots le caractère épidémique, le danger et la tendance a l extension de cette affection qui descend, dit-il, jusqu’au niveau du cœur ; aussi les Allemands l’appellent-ils Herzhraune (pourriture du cœur).
Hoffmann ne veut pas qu’on confonde avec l’angine proprement dite les aphtes, les déterminations pharyngées de la variole, de la rougeole, de la syphilis, les spasmes et autres troubles de même nature qu’on voit survenir chez les gens nerveux.
H passe à peu près sous silence les complications, la marche et le pronostic, donnant ainsi un nouvel exemple de ces parties faibles qui avoisinent si souvent les choses excellentes que contiennent ses écrits.