AMBROISE PARÉ
Dans son chapitre sur les maladies du pharynx, Ambroise Paré s’est le plus souvent contenté d’exposer les notions que l’on retrouve dans les écrits de ses prédécesseurs. Il admet seulement trois variétés d’angine : l’une sans lésions apparentes à la simple inspection de la cavité buccopharyngée entr’ouverte, mais dont les altérations morbides apparaissent une fois la langue fortement déprimée, l’autre caractérisée par de la rougeur et de la tuméfaction constatables à la simple inspection, et enfin la troisième qui siège sur les parties externes de l’organe et dont quelques auteurs du moyen âge, notamment Brunus, avaient décrit les symptômes (il s’agit du rhumatisme pharyngien ou des lésions inflammatoires du voisinage
TEMPS MODERNES
OU des complications suppuratives externes de l’angine).
La cynanche, ou angine sans lésions visibles, est de beaucoup la plus maligne. Souvent elle tue les malades au bout de quelques heures; mais, dit-il, d’après Hippocrate, si le mal gagne les parties superficielles, la guérison peut survenir.
Le traitement est emprunté aux auteurs contemporains (Fernel par exemple), aux arabistes, à Avicenne, etc., et n’offre rien de spécial. Le manuel opératoire est indiqué en quelques lignes; mais la description des instruments employés par Ambroise Paré est assez intéressante. Il en est de même des figures qui accompagnent celle-ci. Il faut ajouter du reste qu’Albucasis semble avoir fourni la plupart des modèles de cet arsenal chirurgical et que Brunus signale déjà la lancette pointue et recourbée, ditil, comme les serres d’un oiseau de proie. La disposition du spéculum buccal est assez ingénieuse et devait rendre les services de nos mors actuels.
Dans le court paragraphe consacré aux apostèmes, Ambroise Paré insiste beaucoup sur la trachéotomie[Vj ; le procédé qu’il indique est celui d^Albucasis et de Paul d’Egine. Il en est de même de la méthode qu’il conseillait pour les ablations de la luette. Cependant, à propos de cette dernière opération, il décrit un instrument inventé, dit-il, par un de ses contemporains, Castellan, chirurgien de Paris. Sa forme était à peu près celle de nos serre-nœuds; aussi s’en servait-on également pour les polypes du nez.
Ajoutons qu’Ambroise Paré a signalé des destructions énormes de la voûte palatine d’origine syphilitique.
(1) Il la préférerait aux interventions aveugles préconisées pour les abcès profonds.
GUILLEMEAU