FABRICE D’AQUAPENDENTE
Le traité de chirurgie de Fabrice d’Aquapendente, si remarquable à d’autres points de vue par son érudition et son esprit clinique, a eu une influence plutôt déplorable, sinon sur l’ensemble des opérations pharyngées, du moins sur l’extirpation sanglante des amygdales hypertrophiées. C’est à lui qu’on doit ce long recul qui, pendant plus d’un siècle, relégua à l’arrière-plan l’ablation au bistouri, pour lui substituer les moyens médicaux, manifestement insuffisants, ou les caustiques.
11 fait ressortir avec raison les difficultés de l’extirpation avec le doigt. Mais, comme le lui reprochera plus tard Bordenave, il n’avait pas fort bien compris le procédé de Celse. Celui-ci ne parle point du tout d’arrachement brutal, mais d’énucléation progressive de la glande, qui, dit-il avec raison, est entourée par une capsule fibreuse. Si la tonsille est assez molle, comme il y en a, bien pédiculée, peu adhérente, avec beaucoup de patience, la séparation d’avec les plans profonds était en somme réalisable.
Quant à l’ablation par le bistouri, Fabrice d’Aquapendente n’en veut pas non plus, parce que, dit-il, elle est aussi dangerèuse que difficile. Il est malaisé en effet, étant donnée la situation profonde de l’organe, de le sectionner exactement dans le sens de la hauteur et de la largeur. On s’expose d’autre part à des hémorragies mortelles. Notons, à propos du passage où il commente Paul d’Égine, qu’il se trompe sur la disposition de l’instrument employé par ce dernier; comprenant mal le texte original, il croit que le chirurgien grec employait une pince tran-
FABRICE DE HILDEN
chante recourbée sur ses faces, coupant et écrasant à la façon (( d’un lien » le pédicule de l’amygdale, instrument en somme semblable à la pince qu’il inventa lui-même si heureusement pour l’ablation des polypes du nez.
Sà technique de l’ouverture des abcès amygdaliens est assez développée (Manget a inscrit ce passage dans sa bibliothèque chirurgicale). Les signes de la suppuration, les précautions d’usage, (scalpel à lame entourée, sauf à la pointe, d’une bande de diachylon), les soins à donner après l’incision pour ne pas la laisser dégénérer en ulcère, sont mentionnés avec précision, mais sans remarques nouvelles.
Bien qu’il ait formellement interdit de toucher aux polypes nasopharyngiens, qu’il considère comme des sortes de cancers, il a facilité considérablement le traitement chirurgical de ceux-ci, en familiarisant davantage les praticiens avec l’ablation des tumeurs nasales, grâce à l’instrument très ingénieux et très utile qu’il avait fait construire, comme nous l’avons dit plus haut, pour enlever les polypes muqueux.