FABRICE DE HILDEN
Bien que l’attention de Fabrice de Hilden ne se soit pas beaucoup portée vers les affections du pharynx, on doit à ce grand chirurgien quelques observations intéressantes sur les maladies de cet organe. Elles se rapportent surtout aux ulcères et aux corps étrangers ; mais il y a aussi quelques cas d’angine. N’oublions pas, d’ailleurs, que c’est à lui que l’on doit la connaissance des perturbations pharyngées qui accompagnent certaines lésions intestinales.
1 ° Ulcères. — On trouve (centurie I, obs. XXXVII) l’histoire d’une femme atteinte d’un ulcère remontant déjà à
TEMPS MODERNES
plusieurs années et qui avait détruit la plus grande partie du voile et des amygdales. La déglutition était devenue difficile et la parole presque inintelligible. La santé générale demeurait bonne ; l’appétit était conservé et même la malade présentait une véritable boulimie. Elle ne voulut pas se soumettre au régime prescrit par Fabrice de Hilden, ni renoncer aux crudités et mets âcres dont elle abusait; aussi, dit-il, la guérison ne put-elle être obtenue. C’est à ces erreurs de régime que notre auteur a l’air d’attribuer la persistance et le progrès du mal. Il est impossible, d’après les quelques lignes qu’il consacre au sujet, de savoir s’il s’agissait d’un lupus (la femme avait quarante ans), ou d’une vérole tertiaire. Bien entendu l’idée d’un cancer doit être éliminée.
2° Corps étrangers. — Le manuel opératoire pour l’extraction des corps étrangers de la gorge a été bien étudié et longuement décrit dans l’obs. XXXVI, centurie 1. En raison des dangers que fait courir la présence de ceux-ci, Fabrice de Hilden conseille l’extraction immédiate. Pour la faciliter, il avait soin de graisser le pharynx et l’œsophage avec du beurre et de l’huile d’amandes douces ; puis, il provoquait le vomissement, en titillant la luette à l’aide d’une plume; on réussit, dit-il, très souvent avec ce simple moyen. S’il échouait, il recommandait de déprimer la langue avec une spatule et d’enlever le corps étranger (esquille osseuse, arête) avec une pince courbe, si celui-ci était visible. Au cas où il se trouvait trop profondément placé pour être vu et atteint, il recourait au procédé de l’éponge, de la balle de plomb (déjà décrit par les chirurgiens du moyen âge, par Jean de Vigo, Ambroise Paré, etc.), retenues par un fil, qu’on faisait o-lisser au-dèssous de l’obstacle, puis qu’on retirait avee force.
MANGET
comme on le fait aujourd’hui avec le panier de de Graeff. Pour faciliter le passage de l’éponge, il avait inventé un instrument, sorte de tube fendu dans toute sa longueur et renfermant une éponge delà grosseur d’une amande. Elle était suspendue par un fil et on la poussait dans le tube au-dessous de l’obstacle, sans rencontrer ainsi la résistance qu’auraient olFerte les parois du pharynx et de l’œsophage (celles-ci se contractent, comme on le sait, très énergiquement). Pour éviter d’entrer dans le larynx, Fabrice de Hilden conseille de suivre la colonne vertébrale. Il recommande de procéder avec douceur à l’extraction. Son procédé lui a parfaitement réussi dans un cas où une esquille osseuse était fixée à la hauteur de la septième vertèbre cervicale et occasionnait une obstruction absolue. Afin de montrer quels dangers peuvent faire courir ces corps étrangers, il rapporte (obs. XXXV, centurie l)une série d’accidents rapidement mortels. On avait déjà du reste, dans des écrits précédents (Bartholin), montré tous les périls que couraient les malades.
3° Angine. — Fabrice de Hilden a opéré quelque abcès pharyngiens et sauvé ainsi ses patients. Mais, les observations qu’il rapporte n’ont rien de bien intéressant, ni de bien nouveau. Il en est autrement des soi-disant esquinancies qu’il a mentionnées dans son traité de la dysenterie ; il insiste beaucoup sur l’état' spécial de la langue, qui, dit-il, est sèche et gercée, et, dans les périodes ultimes, se recouvre, ainsi que l’isthme, de fuliginosités.