ÉCOLE DE MONTPELLIER
La décadence de Salerne allait s’accentuant avec la création des centres nouveaux d’instruction, en particulier de l’université de Naples établie dans la capitale, c’est-à-dire aux sources même de la richesse et dü pouvoir dans l’État napolitain. L’école de Montpellier devait lui porter des coups plus sérieux encore.
Très ancienne, puisque, en 1141, l’évêque de Mayence, Adalbert, signale le grand nombre des .médecins illustres établis là depuis fort longtemps et les nombreux élèves accourus de tous les côtés à son enseignement, louée par Jean de Salisbury en 1160 (selon lui Montpellier et Salerne étaient deux principaux centres médicaux), elle était établie dans une cité prospère. Assez loin des bords de la mer pour ne pas craindre les pirates, mais assez rapprochée de la Méditerranée par son petit fleuve le Lez pour prendre part d’une façon active au commerce maritime, Montpellier servait d’entrepôt à tous le bas Languedoc et ses marchés étaient fréquentés par les Grecs, les Italiens et les Sarrasins eux-mêmes. Les juifs y étaient aussi en assez grande quantité et ce nombre augmenta encore, lorsque leur religion commença à être persécutée par les souverains musulmans de l’Espagne. Or les juifs, comme nous l’avons dit plus haut, avaient cultivé de tout
moyen AGE OCCIDENTAL
temps la médecine et comptaient, dans leurs communautés, des praticiens familiers avec les écrits d Avicenne, d’Hali-Abbas, de Rhazès, etc., qui avaient été traduits en hébreu, ainsi que plusieurs traités d’Hippocrate et de Galien. Il semble, si l’on s’en rapporte à des documents récemment découverts, que les médecins juifs prirent une part importante à la fondation de l’école de Montpellier et contribuèrent beaucoup à y implanter l’influence des Arabes. Ceux-ci auraient ainsi agi sur la médecine occidentale par deux voies différentes : Salerne et Montpellier.
Quoi qu’il en soit, dès qu’elle commença à être connue, la médecine arabe éblouit tous les esprits. Fondée sur un système rigoureux, celui de Galien, qui, encore que bien artificiel, semblait donner réponse à tout, enrichie d’ouvrages d’une ampleur encyclopédique, tels que le Canon d’Avicenne, renfermant une grande quantité d’observMions justes, propres aux praticiens orientaux, elle étonnait d’autant plus les esprits des médecins italiens, français, allemands, etc., que ceux-ci étaient, en fait de livres, réduits à une disette lamentable. Si l’on en exceptait les bibliothèques à peu près inacessibles des couvents, la plupart ne possédaient que quelques mauvaises traductions des traités les plus célèbres d’Hippocrate [Aphorismes, par exemple). Galien n’était bien connu qu’en Italie, grâce aux relations de la péninsule avec l’empire byzantin.
Or, les traductions se multiplièrent au point que la plupart des auteurs importants de la médecine arabe furent connus en moins d’un siècle. Gérard de Crémone [Canon d’Avicenne) se distingua beaucoup dans cette voie. H resta quarante ans à Cordoue, capitale de