HEISTER
Heister présente la même importance que Dionis. La lecture de celui-ci était indispensable pour connaître l’état de la chirurgie française à la fin du xvii® siècle ; Heister rend des services semblables pour la chirurgie européenne, cinquante ans plus tard. Comme Dionis, il appartient à la classe des esprits nets, pondérés, s’assimilant bien les idées des autres, mais y ajoutant peu de leur propre fonds, excellents en un mot pour résumer dans leurs œuvres les tendances d’une époque. Il faut reconnaître du reste que Heister, s’il est moins élégant, souvent moins clair, est beaucoup plus érudit et qu’il est très informé des progrès qui s’accomplissaient dans tous les pays de l’Europe. Son ouvrage n’est d’ailleurs plus un simple traité d’opération, mais une véritable chirurgie.
Il décrit (Tome I, cap. lxxxvii) l’instrumentation nécessaire à rexploitation buccopharyngée et cet examen lui-même. Les instruments sont ceux de Dionis, légèrement modifiés d’aspect, c’est-à-dire une spatule, un mors. Comme l’auteur français, Heister reconnaît le plus souvent qu’une cuillère suffit et qu’on n’avait pas besoin du glossospathe ou du spéculum oris (mors).
Les ulcérés du palais sont exposés avec assez de détails (cap. xli).IIs peuvent, selon lui, perforer les parties molles et même l’os sous-jacent et amener ainsi une communication anormale entre le nez et la cavité buccale. La cause de ces désordres si graves est le scorbut et surtout la syphilis. Quand ils attaquent le voile, celuici peut être détruit sur une grande partie de son étendue. Pour arrêter l’évolution, un traitement interne approprié
HEISTER
(spécifiques) est absolument nécessaire. On peut aussi employer des gargarismes détersifs à l’aigremoine, l’hypericum, l’alchemille et autres herbes vulnéraires bien Jaroyées et mélangées ensemble, puis longtemps bouillies pour en faire une décoction. Le nitre, l’alun, les sels de plomb, rendent aussi des services (Fallope). S’il y a carie osseuse, il faut se résigner à recourir au fer rouge, avec lequel on cautérisera les parties malades ; puis, on bouchera l’orifice de communication avec une lame d’argent soutenue par un appareil spécial.
Le chapitre xliii comprend les maladies de la luette. Heister résume les connaissances ou plutôt les préjugés de ses prédécesseurs sur les affections de ce petit appendice. Contre les inflammations, il recommande les lénitifs, contre les relâchements, les substances astringentes. Si néanmoins l’organe prend un développement anormal et gênant, il conseille l’ablation. Heister se prononce pour la ligature. Scultet et Fabrice de Hilden avaient inventé, à cet effet, des serre-nœuds encore rudimentaires et assez mal commodes, mais cependant mieux combinés que celui d’Ambroise Paré. Ils consistaient en deux lames recourbées et munies d’un anneau. Le fil étant placé dans le serre-nœud d’une façon convenable, on déprimait la langue, attirait fa luette à l’aide d’une érigne, puis on la passait dans l’anse du fil et oh liait solidement. On resserrait les jours suivants jusqu’à mortification complète. Heister parle aussi du fameux instrument norvégien signalé par Bartholin, Scultet et Dionis.
Les inflammations des amygdales (cap. xciv) sont regardées comme très fréquentes et parfois comme très dangereuses. Pour éviter la gangrène qu’on croyait beaucoup plus fréquente qu’elle ne l’est en réalité, on
TEMPS MODERNES
continuait à peu près le traitement local traditionnel des siècles passes, et on recourait tout autant à la saignée. Les scarifications locales des anciens avaient même été reprises avec succès par un chirurgien anglais. Garengeot en avait reconnu ensuite Tutilité, sous l’influence probablement de son maître J.-L. Petit. Heister s’en montre également partisan. On avait inventé (Petit, Garengeot, Scultet) une sorte de lancette longue et courbe pour ces incisions de l’isthme et on lui avait donné le nom de paresthia, à cause de la région où il devait agir.
Quand il s’était produit un ahcès tonsillaire, la règle était de l’ouvrir au plus vite, pour amener la détente des symptômes morbides. On se servait d’un phlébotome (lancette) à lame longue, étroite, garnie de diachylon, sauf à sa pointe, comme l’indique Dionis. Mais, dit Heister, l’instrument à lame cachée de Petit, qui n’épouvante pas les malades par la vue du tranchant du fer, est préférable chez les gens pusillanimes et surtout chez enfants. On se servira, ajoute-il, pour déterger, d’une infusion de thé et de miel rosat, etc.
Contre Vhypertrophie des amygdales (cap. xcvi), Heister recommande les caustiques dont il ne se dissimule pas du reste les inconvénients (mauvaise localisation de l’action, désordres graves s’ils tombent dans l’intérieur de la cavité et sont déglutis), l’ablation avec le scalpel qui est rarement usitée, ajoute-t-il, actuellement à cause de sa cruauté, et enfin la ligature qu’il regarde comme la méthode de choix. Il conseille le môme serre-nœud que pour l’ablation de la luette. Si le pédicule est trop gros, on passera, comme Cheselden, un double fil dans le pédicule, à l’aide d’une aiguille, et on liera les deux moitiés isolément.
RECOLIN '
C’est avec le serre-nœud qu’on traitera aussi, si cela est nécessaire, les excroissances ou polypes qu’on peut voir sur les amygdales ou dans leur voisinage.