‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IIChapitre 48 sur 174 · RECOLIN · texte numérisé non relu

RECOLIN

[Mémoire sur Vesquinancie inflammatoire, Académie de chirurgie. Tome IV, p. 429)

Recolin est l’auteur d’un excellent mémoire sur l’esquinancie inflammatoire, dont il étudie avec beaucoup de compétence lé traitement.

Il fait remarquer que l’angine est, à proprement parler, une affection chirurgicale, et que c’est aux chirurgiens que le public vient demander du soulagement. Ce sont eux notamment qui pratiquent la saignée, dont l’efficacité était encore admise par tout le monde. Recolin s’en tient aux conseils donnés par les anciens sur la phlébotomie, parce qu’il les trouve excellents. Mais, vers la fin du XVIII® siècle, on ne s’était pas complètement mis d’accord sur le choix de la veine à inciser. Beaucoup tenaient pour les pédieuses et les saphènes, prétendant qu’on débarrassait ainsi plus complètement les parties supérieure^. Il ne faut pas cependant, dit-il, demander tout à l’émission sanguine, ni épuiser le malade, pour éviter une suppuration souvent fatale, justement à cause de ces déperditions de sang exagérées, qui peuvent par trop affaiblir l’organisme. L’auteur croit même que, dans certains cas malheureux, une saignée intempestive du pied amène par métastase un dépôt dans le poumon; a'cet effet, il rapporte l’observation d’un jeune homme qui, à la suite d’une phlébotomie de la pédieuse, fut pris d’une péripneumonie

à laquelle il succomba, le septième jour après le début de l’angine. Recolin cite à ce sujet Hippocrate, Arétée, Aétius, les commentaires de Duret sur les aphorismes d’Hippocrate et le commentaire de Van Swieten sur l’aphorisme 802, de Boerhaave, où se trouve rapporté un cas semblable au sien. Suivant Van Swieten, qui aurait vu plusieurs faits analogues, même lorsque l’esquinancie laisse la respiration indemne, la métastase pulmonaire peut se produire. C’est, dit Recolin, parce qu’on saigne au pied qu’on s’expose à cette déviation du mal. On l’attire, pour ainsi dire, en bas, comme l’a soutenu Bertrando, à propos des abcès du foie qui succèdent aux plaies de la tête. L’auteur a vu lui-même ces sortes de phlébotomies s’accompagner souvent de douleur et de gonflement à l’hypocondre droit; on risque donc de compromettre le foie aussi bien que le poumon en pratiquant aussi bas l’extraction sanguine. Cependant, il rappelle que Guy de Chauliac voulait qu’on saignât d’abord au pied, mais que Laurent Joubert blâme fort cette pratique et préfère qu’on pique au pli du coude. Comme on le voit, dit-il, la question reste encore en suspens.

En tous cas, la phlébotomie n’aurait guère de contreindication ; Recolin rappelle que Rivière, après Nicolas Tulpiüs, la pratiquait même au cours de la grossesse.

La saignée des jugulaires et celle des veines sublinguales était à peu près tombée en désuétude. Cependant, à propos de cette dernière. Recolin rappelle que Sydenham l’approuvait, mais que Tulpius, ainsi que Van Swieten, conseillent, sous peine d’accident, de n’en pas faire un usage prématuré. D’ailleurs, comme l’a dit Lanfranc dans sa grande chirurgie, le malade pourrait périr de

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cette saignée, quand elle n’a pas été précédée par celle du bras.

hes gargarismes astringents âcres ne contribuent pas peu, affirme Recolin, à la production des métastases. II a vu une jeune dame de vingt-cinq ans prise d’une violente affection de gorge, avec gonflement considérable des amygdales, etc., qu’il saigna deux fois aux bras, puis deux fois aux pieds. Le mal ne s’améliorant pas, on fit une troisième saignée aux pieds, qui soulagea un peu la malade. Malheureusement, il se produisit le lendemain des taches livides sur les amygdales. Le médecin, craignant la gangrène, fit cesser les gargarismes adoucissants qu’il remplaça par des gargarismes astringents au camphre ; il survint une pneumonie grave, dont on eut beaucoup de peine de venir à bout. Du reste, reprend-il, les anciens et les modernes (Bonnet, Dodonœus, etc.) ont compris le danger de ces gargarismes froids et répercussifs, dont ils blâment l’emploi. Il cite le cas d’une femme âgée de trente-sept ans atteinte d’esquinancie à laquelle on prescrivit cette médication intempestive ; elle contracta une phtisie qui l’emporta au bout de quatorze ans(!). Hel-wich, médecin de Breslau, aurait vu, dans un cas de fausse angine {angina notha) et par conséquent très bénigne, l’usage des répercussifs amener un délire mortel.

Recolin avoue que les ventouses scarifiées, préconisées par Hippocrate, étaient tombées de son temps en désuétude ; cependant, dit-il, en attirant le mal au dehors, elles présentent une utilité évidente. Il cite une observation d’Elgard à ce sujet. Il s’agit d’une femme de quarante-huit ans qui fut prise à Lima d’une esquinancie à la suite d’une violente colère. Comme elle menaçait de

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suffoquer et que les saignées ne la soulageaient pas, Elgard, n’osant faire la trachéotomie dans un pays où elle était encore totalement inconnue, fit placer une ventouse scarifiée au cou, de chaque côté delà ligne médiane; la malade fut immédiatement soulagée et guérit rapidement peu après.

Si, malgré tous les soins apportés à ces cas d’esquinancie inflammatoire, les signes de la suppuration s’annoncent, il faudra recourir aux maturatifs, et, si le malade est menacé de suffocation, intervenir aussitôt, sans attendre l’ouverture spontanée. A ce sujet, Recolin rapporte l’observation de Lan franc (Voy. textes). 11 cite un cas personnel fort intéressant chez un jeune homme de vingt-deux ans, d’un tempérament robuste, que les saignées successives au bras et au pied n’avaient guère soulagé. Comme il ressentait des élancements au côté du cou, le long du cartilage thyroïde, l’auteur proposa de sectionner à ce niveau pour aller à la recherche de la collection purulente présumée. En effet, en faisant ouvrir la gorge au malade, il constata à droite, fort au-dessous de l’amygdale et du pilier, l’existence d’un abcès. « Tout le cou de ce même côté était gonflé, dur et douloureux, sans que la peau fut changée de sa couleur naturelle. En faisant ouvrir la bouche au malade et lui baissant la langue, on ne voyait que le boursouflement de toutes les parties du gosier. Les médecins, après avoir beaucoup parlé dans la consultation sur le peu d’effet des remèdes employés jusque-là, conclurent pour proposer encore une saignée. » Ils lui laissaient le choix entre une saignée du cou et une saignée du pied. Le malade se décida pour le cou; mais le résultat en fut négatif. Le neuvième jour, la déglutition était

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totalement impossible et le malade ne respirait qu’avec peine; l’état général devenait également très mauvais. 11 n’y avait, ditRecolin, pasun instantà perdre. Or la situation de la tumeur ne permettait pas de l’atteindre avec le pharyngotome, parce qu’elle était masquée par la base de la langue, l’amygdale et le pilier droit. Cependant, en abaissant fortement la langue et en glissant sous l’index un petit bistouri qu’on fit pénétrer aussi loin que possible, on parvint à inciser la collection purulente située fort bas.

Chez un autre malade âgé de quarante-cinq ans, atteint d’esquinancie suppurée, et auquel les saignées répétées du pied n’avaient apporté aucun soulagement, l’auteur remarqua sur le côté droit du cou une tuméfaction fluctuante. La base de la langue et l’isthme étaient le siège d’un gonflement énorme qui en altérait complètement l’aspect normal ; mais, avec l’index enfoncé au delà des amygdales, on distinguait, à travers le boursouflement général, une tumeur molle sur la paroi latérale droite du pharynx, qui communiquait manifestement avec celle du cou. Son incision fut faite, comme dans le cas précédent, et sauva le naalade d’une mort certaine.

« L’amygdale, dit Recolin, peut conserver en partie son aspect et sa grosseur et cependant l’abcès peut exister derrière elle. » Ce fut le cas chez une malade âgée de trente ans, qui eut, au sixième jour de l’esquinancie, une sensation de tension et de battements à la hauteur de l’amygdale droite. Il reconnut l’existence d’une tumeur purulente à la partie supérieure de la glande au niveau du voile. La collection purulente fut incisée, et Recolin retira une cuillerée de pus au grand ébahissement du médecin, qui ne se doutait pas de la présence de l’abcès.

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