‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IIChapitre 90 sur 174 · MERCADO · texte numérisé non relu

MERCADO

Mercado s’est occupé de l’angine diphtérique dans son petit traité des consultations médicales {Consîlia, Tome V, édition de Francfort, 1614). Il en parle comme d’un fléau récent, qui se faisait alors sentir dans les différentes provinces de l’Espagne, et n’en rapporte qu’un cas; mais il le fait suivre, comme d’habitude, d’un excellent commentaire, où il relève plusieurs particularités fort importantes.

Il note la grande contagiosité de l’afifection, sa prédominance chez l’enfant, a II y avait, dit-il, de la dyspnée et souvent de la dysphagie, avec courbature dans le dos et le thorax, qui semblaient comme comprimés par un poids énorme ; l’haleine était fétide ; la gorge devenait le siège d’une sensation de chaleur très intense ; elle était

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rouge dans toute son étendue et la teinte rougeâtre s’observait même sur le cou. La parole et la voix se trouvaient embarrassées ; la langue était paresseuse et le malade ressentait une soif inextinguible. » Cette maladie, que Mercado appelle une fièvre des plus malignes, ne se montrait pas, dit-il, toujours avec la même violence ; mais elle n’en était pas moins à craindre, même quand les principaux symptômes semblaient manquer. « Il ne faut pas se fier au manque de fièvre ou au peu d’intensité de celle-ci ; et souvent le malade succombe plus rapidement que d’habitude dans ces cas d’apparence bénigne. Fréquemment, en effet, la malignité des humeurs semble corrompre l’esprit et les troubles nerveux qui surviennent suffisent pour déterminer la mort. » Il note la teinte blanchâtre qui succédait à la rougeur érysipélateuse du début ; il l’attribue à une sorte de dissolution gangreneuse des parties atteintes, et fait ressortir dans quel état lamentable succombent les malades. « Les patients res- , pirent avec la plus grande difficulté et tendent pour cela tous les muscles, les narines fortement dilatées. Ils rendent de la sanie par le nez et la bouche ; leur gorge est le siège d’ulcères de coloration variée ; leur haleine d’une puanteur extraordinaire leur donne des nausées. Chez quelques-uns, on trouve sur les parties latérales du cou, au niveau du menton, des bubons qui démontrent la nature pestilentielle de la maladie. Le cou tout entier se tuméfie, et le gosier, devenu livide, ressemble à celui d’un homme qu’on vient de pendre. » Mercado croyait tellement à l’âcreté exceptionnelle des liquides qui s’écoulaient des soi-disant ulcères buccaux, qu’il rapporte le cas d’une nourrice, qui, ayant allaité un enfant atteint de Garrotillo, eut le bout du sein gangrené (plaques

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diphtériques de la peau). Il nous raconte aussi que le père de l’enfant, ayant mis souvent le doigt dans la gorge de celui-ci, pour en tirer le phlegme visqueux qui y était accumulé, eut ce même doigt enflammé, et qu’il fut pris de la même maladie.

Mercado ajoute que les médecins ne s’accordaient pas sur l’opportunité d’une saignée. Il remarque que certains enfants ont guéri sans l’émission sanguine et que plusieurs chez lesquels on l’avait pratiquée s’en sont montrés très affaiblis. On s’accordait à dire que, si l’on saignait, il fallait le faire de bonne heure et très peu. On devrait donner des purgatifs peu violents et d’une façon très précoce, si on voulait y avoir recours : généralement delà manne, de la rhubarbe, du séné, du tamarin. Pour modérer la fièvre, qu’il regardait du reste comme secondaire Mercado recommande le bol d’ar-

ménie, le bézoardj le jus de citron, de grenade, d’oseille, le vinaigre, etc., mais, surtout la décoction de la racine de contrayerva à l’intérieur et aussi à l’extérieur sous la forme de gargarisme. « Ce gargarisme, dit-il, faisait merveilleusement bien sur les dépôts de pituite blanchâtre, ainsi que j’ai pu le constater avec plusieurs de mes collègues. » La maladie ne montrant aucune trace de crise, les évacuants et les sudorifiques furent regardés comme inutiles et même nuisibles.

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