‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IIChapitre 91 sur 174 · HERRERA · texte numérisé non relu

HERRERA

de piquer notre curiosité et de nous donner des renseignements assez précis sur la marche du fléau en Espagne. Ainsi, dit-il, en 1583, Saturne et Jupiter se mirent en conjonction mineure vers le signe du Poisson (qui commandait suivant les idées d’alors aux régions du cou). Saturne devait donc fournir la matière peccante et Jupiter lui donner sa caractéristique. En 1587, 1588 et 1589, la lune s’entoura d’un halo, en se rapprochant de la constellation du Poisson, et on vit survenir, comme il fallait s’y attendre, des épidémies angineuses extrêmement graves au cours de ces trois années. D’autre part, Jupiter et Saturne, vers 1590, se rencontrèrent à l’extrémité de la constellation du Scorpion, dans le voisinage du signe du Sagittaire. Cette conjonction si défavorable fit sentir ses effets désastreux sur les années 1590 et 1591, où d’ailleurs il y eut trois éclipses vers le signe du Cancer. En 1597, éclipse de soleil vers la même constellation ; aussi, 1598, 1599, 1600, eurent des épidémies de Garrotillo très funestes. En 1604, il y eut grande conjonction planétaire vers le signe du Scorpion. En conséquence, le mal sévit dans toute l’Espagne avec une rage inaccoutumée, frappant surtout les enfants et les jeunes gens; ce qui s’explique par la prédominance deux fois répétée de Mercure. On avait vu se produire également des épizooties sur les bœufs, les chevaux, les moutons, les chèvres, etc.

Herrera se demande aussi, si les démons ne doivent pas être incriminés. Il rappelle que Martin del Rio [Disquisitionum magicai'um, pars I, quæstio 5) soutient que certains ulcères peuvent avoir une origine démoniaque ; d’autre part, Vallesius, auteur d’une théologie renommée, aurait affirmé la même chose au chapitre xxviii de son ouvrage. Il se peut, croit-il, que le Garrotillo, avec ses lésions

TEMPS MODERNES

ulcéreuses de la gorge, rentre dans le cadre de ces affections engendrées par les mauvais esprits. Codronchus, Cesalpinus, Fernel, se sont occupés avec raison de l’action nuisible exercée par les démons sur la santé. Tertullien [Apologia), saint Jérôme, saint Jean Chrysostome (Homélie 53), Saint-Thomas (quest. 115, art. 5), sont également favorables à cette idée. Or, qu’y aurait-il d’étonnant à ce que l’esprit vital, troublé par des maléfices, se portant vers la gorge, y détermine de l’étouffement ? D’ailleurs, la substance qui forme le démon étant d’une nature plus élevée que celle de l’homme, peut, par cela même, quand le mauvais esprit s’introduit chez ce dernier, y causer des perturbations très graves, telles que crises épileptiques (hystérie), palpitations, étouffements, vomissements, etc. Cependant Herrera reconnaît vers la fin de ses considérations que tout cela est bien hypothétique et que, le mal pouvant guérir par les moyens naturels, il vaut mieux que le médecin tourne son esprit vers une pathogénie plus simple.

La symptomatologie du Garrotillo est assez bien esquissée. D’après l’auteur, des lésions morbides siègent non seulement dans l’isthme, mais encore dans le pharynx, l’œsophage, la trachée-artère, les bronches et bien souvent les poumons. En un mot, les organes de la déglutition et de la respiration peuvent être envahis en meme temps. Il y aurait à la fois processus ulcéreux et processus fébrile ; ceux-ci augmentent, restent stationnaires, ou diminuent suivant les stades du mal. Leur présence montre qu’il s’agit d’une affection essentiellement maligne et pestilentielle. La nature putride de l’affection explique pourquoi elle peut parfois se compliquer de frénésie (accidents ataxiques) ou de léthargie (accidents

FEREZ CASCALES

adynamiques). Même si la fièvre n’est pas apparente à l’extérieur, la peau restant plutôt froide (hypothermie), le malade ressent à l’intérieur une chaleur extrême. Le pouls est petit, misérable, fréquent, irrégulier (dépression cardiaque) ; ce qui montre bien le caractère malin du Garrotillo. Les sujets qui en sont atteints sont très inquiets, abattus, déprimés ; ils ressentent un malaise général [anxietas).

Le Garrotillo évolue rapidement et détermine ordinairement la mort en quatre à cinq jours par asphyxie. Mais il peut y avoir parfois décès moins précoce ou même guérison.

Herrera s’est beaucoup préoccupé de la gangrène à laquelle il fait jouer le rôle principal. Il en distingue sept degrés diflFérents. Il mentionne les teintes diverses de l’isthme, reconnaît l’existence de la fausse membrane et déclare même, remarque très importante, qu’il l’a constatée sur des plaies cutanées.

Comme la plupart des auteurs espagnols, Herrera est peu partisan des saignées et des purgatifs âcres.

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