‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IIChapitre 92 sur 174 · FEREZ CASCALES · texte numérisé non relu

FEREZ CASCALES

Francisco Ferez Cascales n’a consacré au Garrotillo qu’une petite partie de son traité sur les maladies des enfants. Il rappelle que les uns veulent y voir un processus ulcéreux, les autres une véritable inflammation avec tuméfaction des parties, et que les deux opinions sont soutenues par beaucoup de praticiens d’une grande érudition et d’une valeur professionnelle hors de tout conteste. Il cite ensuite les passages d’Arétée, de Galien, de Gelse, d’Aétius qui ont trait aux aphtes. Il invoque

TEJVIPS MODERNES

aussi Trincavella, Mercuriali, ses contemporains, qui avaient écrit sur le même sujet.

Pour lui, on aurait tort de confondre les aphtes avec l’angine vulgaire ; ce sont deux affections distinctes. La tuméfaction inflammatoire n’apparaît nullement comme dans l’esquinancie. Mais, dit-il, il faut reconnaître différentes espèces à cette affection ; la cynanche par exemple évolue sans lésions apparentes. En tout cas, il faut, ainsi ■qu’Arétée, distinguer nettement les aphtes pestilentiels des tonsilles des aphtes vulgaires qui sont sans danger. La contagion du mal met un nouveau caractère différentiel entre le Garrotillo et l’angine ordinaire. En somme, suivant Ferez Cascales, il s’agit d’une esquinancie d’un type spécial, engendré non par la pituite, mais par une humeur âcre et brûlante (bile brûlée), qui étrangle en quelque sorte les parties, en les resserrant outre mesure. Du reste, selon lui, si le processus était uniquement ulcéreux, il ne pourrait obstruer le passage de l’air ; or le Garrotillo le fait sans conteste. A ce sujet, l’écrivain rappelle l’opinion des principaux auteurs sur les troubles respiratoires que peut déterminer l’angine. D’autre part, la nature putride de l’inflammation explique facilement l’ulcère, la gangrène, la fétidité de l’haleine, etc. Les symptômes sont brièvement esquissés dans sa controverse avec les différents auteurs qui ont écrit sur les aphtes vulgaires. Nous n’y relevons rien de spécial. Il en est de même du traitement, quoiqu’en aient pensé certains historiens ; car le nitre, le sulfate de fer, l’alun, etc., avaient depuis longtemps été préconisés contre les ulcères buccopharyngiens. En somme, travail de compilation peu intéressant ; notons cependant que cet auteur a bien vu que la tuméfaction des

HEREDIA

régions malades ne fait point partie essentielle de la symptomatologie du Garrotillo.

8 — HEREDIA

Heredia a consacré au Garrotillo une étude assez détaillée, mais qui n’a pas la clarté et le relief de la brève esquisse de Mercado. Cependant cet auteur mérite d’être consulté, d’abord parce qu’il résume bien les travaux de ses prédécesseurs (Mercado, Herrera, Nunez, etc.) et aussi parce qu’il a bien vu l’importance de -certains faits, et su les mettre en relief.

Ainsi, sa définition du mal n’est point trop mauvaise, quand il l’appelle avec Mercado, angine maligne ; malheureusement-il ajoute ensuite ulcéreuse. Si on ne tient compte, dit-il, que des ulcères, on ne comprend pas comment une perte de substance, même si elle occupe les voies respiratoires, puisse amener l’étouffement. Celui-ci s’explique au contraire facilement, si on admet qu’il y a esquinancie, c’est-à-dire tuméfaction inflammatoire. D’autre part, l’angine ordinaire, même intense, n’a pas ces escarres et cette marche si particulière au Garrotillo. Quant à la malignité de l’affection, tout la démontre : le tableau symptomatique, l’évolution, les ulcérations gangreneuses à type serpigineux, l’abattement des forces, et la faiblesse du pouls. La nature du mal est donc double ; il y a inflammation et tendance à l’ulcère. Cette dualité rend compte de toute la symptomatologie.

L’auteur décrit le tableau morbide d’une façon assez .complète et assez saisissante. L’ulcération isolée des amygdales et de la luette, ou plus souvent concomitante et

jointe à l’angine avec fétidité de l’haleine, ainsi qu’avec rejet des matières sanieuses par la bouche et le nez, forment un ensemble absolument pathognomonique dans le plus grand nombre des cas. A ces phénomènes s’ajoutent de la dysphagie et de la dyspnée. Les troubles de la respiration et de la déglutition peuvent être plus ou moins accentués ; tantôt les uns et tantôt les autres prédominent. Chez beaucoup de sujets, on trouve des plaques blanchâtres, qui ne tardent pas à devenir grisâtres et même parfois noirâtres ; l’aspect de l’escarre est donc très variable, suivant les cas et suivant la période. Les forces sont abattues, le pouls défaillant et la fièvre généralement peu intense, parce qu’il s’agit d’une gangrène froide et torpide chez des organismes épuisés. Si le mal continue à s’accroître, la respiration s’embarrasse de plus en plus ; les patients étouffent. Le thorax se livre à des inspirations pénibles, le cou gonfle, les aliments ne peuvent plus passer dans des organes sans force et comme pai-alysés. Ils sont rejetés par la bouche ou par le nez. La voix s’éteint de plus en plus. Des matières fétides, purulentes, sanieuses, comme crues et étalées (fausses membranes), sont expectorées. La gangrène peut atteindre la luette tout entière, qui est généralement pendante ; le pouls devient de plus en plus misérable, et le malade succombe au bout de quatre à cinq jours.

Heredia remarque que certains sujets ne présentent aucune trace de lésions dans les parties accessibles à la vue, et que néanmoins les symptômes, en particulier les troubles respiratoires, montrent assez de quelle affection il s’agit (croup de Home),

Dans certaines formes traînantes, il y a surtout des troubles de la déglutition ; les malades ne peuvent rien

HEREDIA

avaler ; tout leur revient par le nez (paralysie du voile), ou bien ils vomissent, l’estomac paraissant également envahi.

Le pronostic est extrêmement incertain. En effet, l’amélioration de l’élément ulcère (fausse membrane des amygdales) n’a pas d’importance réelle, le mal pouvant se propager aux parties occultes (trachée) et tuer le patient, bien que la cavité buccopharyngée ait à peu près repris son aspect normal. D’autre part, quelle que soit la bénignité apparente de l’élément inflammatoire, il ne fa:ut pas oublier l’absence de réaction franche et la tendance à envahir les parties les plus profondes ; car, comme l’a dit Hippocrate, l’esquinancie sine materia est toujours très naauvaise. Les craintes doivent redoubler, si les lésions prennent un aspect livide ou même noirâtre et si le cou se gonfle. Le grand danger consiste, en somme, dans le caractère envahissant du mal, qui tend à gagner la trachée et à se porter dans le thorax au i^eau du cœur. Il faut tenir compte aussi de l’état du pouls, de l’afifaiblissement des forces qui peut être extrême (diphtérie asthénique de Trousseau). L’écoulement du sang par les narines est un signe avant-coureur de la mort.

Heredia qui a conservé les traditions arabistes, comme tous les auteurs espagnols-, cherche à expliquer par la théorie humorale les faits observés. L’escarre noire, le pouls dur, la sécheresse des parties relèveraient de Tatrabile ; l’escarre molle, blanche, humide, le pouls défaillant de la pituite âcre et subtile. Comme les enfants sont très pituiteux, et que leurs tissus lâches sont aisément distendus par les humeurs, on s’explique la prédominance de l’affection à cet âge.

Le mal est manifestement contagieux par l’air, mais

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à une petite distance^ parce que les lésions engendrées par une pituite épaisse, visqueuse, n’ont que peu de tendance à provoquer des vapeurs qui se répandent au loin.

. Heredia ne veut ni de la saignée, ni des purgatifs, il penche pour les toniques.

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