Idée iatromécanicienne transmise par la tradition
BOISSEAU
tissu à toute celle qui tapisse cette cavité, et les nausées sont provoquées par l’inflammation de la luette ou par son contact sur la base de la langue, et souvent par ces deux causes réunies. Ce qui prouve bien épie l’irritation de l’estomac est étrangère à la production de ces symptômes, c’est l’absence complète de fréquence du pouls, de chaleur anormale de la peau et de l’épigastre en particulier, de sensibilité de cette partie, et de soif. Des nausées aussi fréquentes (car c’est surtout ce symptôme qui en impose), si elles dépendaient réellement d’un état de phlogose de l’estomac seraient nécessairement accompagnées de quelques-uns des symptômes dont nous venons de signaler l’absence. Nous verrons bientôt que ces distinctions sont de la plus grande importance pour le traitement. »
Adepte fervent de Broussais, mais ne méconnaissant pas les droits de la clinique, bon observateur, érudit, Boisseau nous a laissé une description fort complète et véritablement remarquable des affections de la gorge. Entre autres particularités intéressantes, on y trouve une peinture très exacte des formes aiguës et chroniques de la pharyngite sèche, dont la connaissance passe généralement pour bien plus récente; mais c’est là une erreur. Les auteurs du xviii® siècle nous avaient déjà du reste signalé quelques traits de cette maladie gutturale si caractéristique.
Comme facteurs étiologiques principaux de l’angine et de l’amygdalite en particulier, la plus fréquente et la plus importante, dit-il, des phlegmasies du gosier, il mentionne le froid, les poussières irritantes les ingesta, le surmenage fonctionnel, la cessation des fonctions de la peau, la disparition brusque des dartres et sur-
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tout des ulcères des parties génitales L Il incrimine aussi les rhinites, les affections dentaires dont les lésions se propageraient volontiers au pharynx. Ainsi qu’il fallait s’y attendre, étant données les idées de l’époque, il accuse la gastro-entérite, source de tant de maux suivant l’école physiologique. « Elle peut coexister, dit-il, avec une affection de l’estomac ». Le mal serait très fréquent chez les enfants et les jeunes filles vers l’époque de la puberté ou avant l’époque du mariage. Ceci se rapporte manifestement aux troubles gutturaux d’origine dysménorrhéiques signalés depuis longtemps déjà, et auxquels on rapportait d’ordinaire certaines pharyngites périodiques.
Contrairement à beaucoup d’auteurs, Boisseau soutient que l’angine tonsillaire, s’observe plus souvent chez les hommes que chez les femmes. Il croit que la constitution lymphatique et les cheveux roux prédisposent beaucoup à l’affection. Sans parler d’épidémie proprement dite, il reconnaît que l’amygdalite aiguë sévit maintes fois vers la même époque sur un grand nombre de personnes. Il va même jusqu’à admettre la contagion. « On peut la contracter en inspirant l’haleine d’un sujet qui en est affecté. C’est ce qui arrive aux médecins en explorant de trop près la bouche ». Cette idée assez étrange était, du reste, en corrélation avec celles de Broussais2, ainsi qu’on le verra plus loin. Il admet que' l’inflammation tonsillaire légère passe très souvent inaperçue et qu’elle n’est reconnue que lorsque la douleur et la dysphagie ont acquis un certain degré
1. L’auteur a-t-il en vue des chancres syphilitiques méconnus, suivis d’accidents secondaires ?
2. Pour celui-ci, il est vrai, l’halitus détermine une inflammation quelconque et non une angine de même nature.
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d’intensité. Lorsque la trompe d’Eustache participe à l’inflammation, la douleur s’étendrait à l’intérieur de l’oreille. Dans les formes ordinaires, les symptômes se borneraient aux phénomènes habituels de toute inflammation et à un gonflement modéré des tonsilles ; mais, si la phlegmasie s’aggrave, ce qui arrive quelquefois, l’afFection gagnerait le pharynx, rendant la déglutition pour ainsi dire impossible. Le gonflement tonsillaire deviendrait tel queles deux amygdales arriveraientpresque au contact en même temps que leur rougeur se foncerait singulièrement et que l’angle sous-maxillaire se tuméfierait au dehors et deviendrait sensible à la pression, rendant très malaisé l’abaissement de la mâchoire. Boisseau signale lui aussi les dépôts blanchâtres qu’on observerait souvent sur les tonsilles. « Quand, dit-il, la diminution des symptômes permet de nouveau d’ouvrir convenablement la bouche, on voit alors une ou les deux amygdales tantôt couvertes d’une pellicule mince et blanchâtre ou épaisse, opaque et grisâtre qui ne doit pas faire méconnaître le caractère inflammatoire de la maladie, tantôt parsemées de grumeaux de même aspect, placés manifestement dans les lacunes de ces glandes, et que des personnes peu exercées pourraient prendre facilement pour des escarres superficielles 1. Souvent une partie saillante, fluctuante, indique qu’il s’est formé un abcès. » Lorsque celui-ci ne s’est pas développé, les couches membraniformes ne tarderaient pas à se détacher, mais seraient fréquemment remplacées par d’autres jusqu’à ce que la guérison s’établisse. Si la collection purulente s’est formée, le pus toujours épais et fétide finit par se frayer un
1. Al’époquedela RenaissanceFallope, Riolan et plusieurs autres avaient signalé la béance des cryptes et la confusion possible avec un ulcère.
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passage au dehors; mais si la rupture a lieu la nuit, le liquide purulent peut envahir les voies Respiratoires et déterminer une suffocation mortelle l. Insistant sur les récidives, Boisseau admet l’existence très contestée des amygdalites périodiques. Enfin il rappelle qu’en temps d’épidémie l’affection peut se signaler par des phénomènes généraux tels que fièvre intense, grand malaise et diarrhée 2 *.
Sa description de l’angine pharyngée aiguë est encore plus remarquable que celle de l’amygdalite. L’auteur reconnaît pour cause de cette phlegmasie les ingesta irritants, la propagation de l’angine isthmique et celle d’une inflammation des fosses nasales . Parfois cependant elle succéderait à une suppression des fonctions de la peau déterminée par le refroidissement. « Souvent elle coexiste avec l’inflammation de l’estomac, mais alors elle est chronique. » Les gros mangeurs en seraient également les fréquentes victimes, surtout quand il y a disparition des phlegmasies des organes sexuels. Boisseau insiste sur la gêne que le malade ressent au passage des aliments, sur une vive sécheresse, sur un sentiment insupportable de cuisson et des douleurs profondément située du côté de l’arrière-bouche, tous phénomènes qui cadrent assez bien, comme on le voit, avec ceux des poussées aiguës de pharyngite sèche ; il en est de même des signes physiques indiqués. « Si le pharynx seul est enflammé, le voile du palais, les piliers et les amygdales sont dans l’état normal, mais la paroi postérieure du pharynx est plus rouge qu’à l’ordinaire, injec-