Des cas semblables avaient été publiés au xvm6 siècle
2. Huxbam, Stoll et Frank avaient déjà signalé des épidémies d’angine
simple singulièrement intense.
BOISSEAU
tée, pointillée de rouge, luisante , sèche ou recouverte d’une couche de mucus grisâtre très adhérente. » Gomme la plupart des auteurs de cette période, entraînés par des considérations fausses sur la physiologie des muscles du pharynx supposés intéressés et considérés comme seuls capables de déterminer la déglutition1, Boisseau insiste beaucoup sur la dysphagie absolue, le rejet des aliments par la bouche ou par le nez. La fréquence de la toux, les démangeaisons qui poussent à cracher sont plus exactes. Les malades dit-il, rejettent avec peine un liquide d’abord limpide et visqueux puis opaque, jaunâtre et consistant. La voix serait un peu altérée; cette remarque avait été déjà faite par plusieurs de ses devanciers. Il se formerait aussi des dépôts d’aspect blanchâtre sous forme de bandelettes verticales à la surface de la muqueuse pharyngée. Rarement la couenne se moulerait sur toute l’étendue de ce conduit. La suppuration et la gangrène seraient des terminaisons très rares.
La pharyngite inférieure admise par la généralité des écrivains de cette époque et de la fin du xvme siècle se caractériserait, suivant Boisseau, par une douleur siégeant en arrière de la 'portion supérieure du larynx, et si l’on presse en cet endroit, la souffrance augmenterait ; il en est de même quand on appuie sur les parties latérales dii cou. Les signes rationnels sont absolument incertains dans les parties du gosier inaccessibles à la vue. Quand l’abcès crève, on en est averti par une expulsion purulente fétide et par la disparition de la dysphagie très accentuée qui caractérise cette forme d’angine. La
1. L’action capitale du. plancher de la bouche est de connaissance toute récente.
ANGINE SIMPLE AIGUE
persistance de laphlegmasie gutturale s’observerait fréquemment avec diminution notable bien entendu de la réaction locale. « L’inflammation du pharynx passe souvent à l’état, chronique. Alors les phénomènes diminuent d’intensité ; il ne reste que de la rougeur , de la chaleur et de l 'injections sa paroi postérieure. La fonction se rétablit, à peu de chose près, dans l’état ordinaire, »
Dans son cours de médecine chronique, Rostan se montre nettement uniciste comme Pinel. Il rejette les distinctions artificielles, suivant lui, qui reposeraient sur un prétendu cantonnement des lésions. « La nature produit peu de maladies parfaitement isolées et circonscrites, et lorsqu’une inflammation commence par un point, elle s’étend ordinairement aux parties voisines. C’est ainsi que l’inflammation du palais se propage au pharynx, et que celle-ci s’étend fréquemment dans les voies aériennes. Il est, par conséquent, très difficile de traiter chacune de ces maladies d’une manière particulière, et nous pouvons ajouter qu’il est peu conformé à la nature de le faire. Ainsi, Boerhaave a fait, un abus condamnable de l’analyse lorsqu’il a, non seulement distingué les espèces de phlegmasies dont nous parlons, mais lorsqu’il a cherché des différences de siège plus minutieuses encore. Dans un traité de diagnostic surtout, il serait peu raisonnable d’exposer dans des lieux séparés, des signes d’affections qui ont entre elles tant de connexions et tant de rapports. » Et c’est pourquoi il fait un exposé assez bref et d’ensemble, d’après les données de ses devanciers, sur la phlegmasie pharyngée.
Broussais s est occupé des maladies du pharynx dans ses leçons de pathologie générale. Il est très intéressant
BROUSSAIS
à étudier à cause de l’influence si marquée et si connue qu’il a exercée sur la plupart de ses contemporains. Ainsi qu’il fallait s’y attendre, il émet bien des idées contestables que lui inspire son système médical; mais, à côté de considérations théoriques manifestement erronées, on trouve çà et là des remarques plus certaines1. Rappelons que pour lui l’inflammation est à peu près la seule origine des différentes affections de l’organisme; le processus phlegmasique de nature irritative, comme dans le système de Brown, est déterminé par des causes vulgaires et bien connues, qui sont ici les ingesta, le froid, le surmenage. Il ne nie pas du reste l'existence des angines secondaires aux maladies générales, telles que la scarlatine, et admet que bien souvent la gastro-entérite retentit consécutivement sur le pharynx, la pharyngite sèche et même l’amygdalite relevant souvent, ainsi qu’on le sait aujourd’hui, de lésions digestives sous-diaphragmatiques. L’inflammation gutturale pourrait même se transmettre ; . en effet, Broussais admet que les phlegmasies peuvent exhaler des vapeurs capables de produire une inflammation chez un individu sain. Après avoir essayé de démontrer que les conditions atmosphériques, quand elles sont très accentuées, suffisent à déterminer une même affection chez un grand nombre de sujets qui y sont plus ou moins prédisposés, il ajoute, en discutant les vues de Bretonneau sur la diphtérie : « Peut-être même que l’halitus d’une muqueuse phlogosée peut en enflammer une autre. Ici, il est vrai, le dit halitus n’est qu’une forme nouvelle d’irritation et ne serait point un contage; car il ne reproduirait point cons
1. Il a fort bien mis en reliefl’ angine érythémateuse de Boerhaave et l’a comparée à l’exanthème rouge foncé de certaines scarlatines.
ANGINE SIMPLE AIGUE
amment le même type morbide, l’angine ainsi déterminée pouvant être fort différente de la première ».
Il y aurait en effet des variétés dans le processus inflammatoire qui est en réalité toujours le même, et qui ne diffère que par l’importance prise par quelques-uns de ses éléments. C’est ainsi qu’il admet une angine sèche, en quelque sorte érythémateuse, caractérisée par une rougeur intense et dans laquelle l’élément sanguin joue le premier rôle, une forme sécrétoire caractérisée par l’irritation des follicules muqueux, etc. Si cette dernière dépasse certaines limites, l’exsudât deviendrait tout à fait dense, membraniforme et prendrait la consistance d’une croûte épaisse, adhérente, méritant ainsi le nom d’angine couenneuse. Aussi la grande querelle qu’il fait à Bretonneau est de négliger par un traitement trop peu énergique la transformation d’une phlegmasie sécrétoire simple en phlegmasie pseudo-membraneuse. Sa description de la forme inflammatoire suraiguë ou suppurée est concise, assez complète et dépeint bien l’intensité de la réaction générale.
Hufeland, qui a composé du reste ses traités au début du xixe siècle, se rattache franchement à la tradition de Stoll et de Franck, c’est-à-dire qu’il décrit des formes bilieuse, gastrique, nerveuse, rhumatismale, a frigore, etc. Si ses descriptions portent évidemment les traces d’un esprit observateur et éminement clinique, par contre ses remarques théoriques offrent peu d’originalité. Cependant il a bien mis en relief l’importance des troubles congestifs, qu’il attribue non seulement à des ralentissements circulatoires, mais encore à une hématose imparfaite.
Neumann est également un traditionaliste ; les variétés de phlegmasies gutturales qu’il admet sont véritable-