VIGLA, BLACHE, GUERARD, TROUSSEAU
nelles fort importantes. Nous avons cru pouvoir utiliser ces données, en réalité toutes récentes, et tranchant par cela même avec les notions plus anciennes qu’on retrouve dans ses cliniques sur la diphtérie. Nous nous en servirons pour la période que nous allons maintenant étudier, ce qui nous permettra de ne pas fragmenter certains dés paragraphes qui vont suivre.
Données générales. — L identité des formes diphtériques atténuées et des formes graves fut l’objet, en août 1858, d’une discussion fort intéressante à la Société médicale des hôpitaux. Vigla raconta qu’il avait vu sévir, sur une famille de quatre enfants, des formes très différentes du même mal1. Blache mentionna une épidémie familiale ; des quatre filles d’un célèbre économiste, l’une n’eut qu’une angine pultacée et les trois autres une angine diphtérique des plus graves ; les conditions d’hygiène, de santé, d’hérédité, étaientpour toutes parfaitementidentiques. Guérard a noté des faits semblables. Chez un enfant, le mal fut des plus graves, puis il se propagea plus bénin à la grand’mère qui, seule, soignait le jeune malade. Le père fut atteint à son tour, puis une jeune fille de 22 ans, convalescente d’une fièvre typhoïde et qui eut une diphtérie maligne. Trousseau insista sur les différences qu’il avait notées entre l’épidémie d’Indre-et-Loire et de Sologne et l’épidémie de 1855, qui a eu, dit-il, une gravité que ni lui, ni Bretonneau ne connaissaient à l’affection. Mais il rejeta néanmoins le croup simple, le croup de Home, que quelquesuns voulaient ressusciter, s’appuyant sur sa bénignité et même sa guérison spontanée assez fréquente.
Nous avons déjà signalé, à propos de l’angine maligne
.1. Voir à ce sujet l’analyse que nous avons donnée des cliniques de Trousseau.
ANGINE DIPHTÉRIQUE
ou hypertoxiquè, les idées de Barthez, d’Isambert, de Bretonneau, de Trousseau ; il nous faut maintenant rapporter celles de Millaiid, que celui-ci a émises dans une thèse très remarquable. Il aurait vu, chez une petite fille âgée de trois ans, une diphtérie généralisée , c’est-à-dire éclatant simultanément sur plusieurs parties du corps. Cette forme, dit-il, révèle au plus haut degré l’intoxication profonde de tout l’organisme et coïncide le plus souvent avec des symptômes généraux d’adynamie tellement graves, que les désordres locaux ne sont plus qu’un accident ultime ou de second ordre. L’angine maligne proprement dite s’accompagnerait, comme l’a soutenu Trousseau, de diphtérie nasale et de gangrènes pharyngées plus ou moins étendues, « ainsi que j’en ai montré, reprend-il, cette année, plusieurs exemples à la Société anatomique. » Il croit que l’école de Tours a raison d’attacher la plus grande importance à l’énorme tuméfaction ganglionnaire. L’horrible puanteur de Thaleine serait également un symptôme de la plus grande valeur. « Le coryza couenneux, quand il occupe la totalité ou la plus grande partie des fosses nasales, donne lieu à des considérations de même ordre.
« D’ailleurs, dit-il, V état du sang prouve bien qu’on a affaire à une maladie générale du plus mauvais caractère. Cette apparence du liquide hématique avait échappé aux observateurs précédents et, chose curieuse, sur six autopsies de croup compliqué de coryza couenneux que je rapporte, elle n’a manqué qu’une seule fois. Elle consiste surtout dans un changement très particulier de la couleur du sang, qui, au lieu d’être d’un rouge plus ou moins foncé, est brun et comparable soit à du jus de pruneaux soit à du jus de réglisse. Il tache