‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IVChapitre 115 sur 170 · MILLARD · texte numérisé non relu

MILLARD

les doigts presque comme la sépia , et communique aux organes, qui en sont imprégnés, une teinte sa'e caractéristique ; lui-même est trouble et légèrement bourbeux.

« En présence d’une modification aussi profonde dans le principal fluide de l’économie, on s’explique parfaitement la gravité du coryza couenneux très étendu, et l’importance qu’il y a à reconnaître celte complication du croup, afin d’éviter des opérations inutiles.

« On n’oubliera donc jamais d’inspecter soigneusement l’intérieur des fosses nasales. On se défiera de tout écoulement nasal, surtout s’il est très liquide, séreux, très légèrement coloré en brun, d’odeur fétide, et s’il s’échappe sous forme de jet par la pression brusque exercée avec le doigt sur les ailes du nez. Je suis convaincu qu’en prenant ces précautions on eût pu reconnaître, avant la trachéotomie, la diphtérie nasale qui existait chez plusieurs de nos opérés.

« Ce n’est pas, dit Trousseau, qu’on doive toujours « porter un pronostic aussi fâcheux, quand l’inflamma- « tion diphtéritique n’a atteint seulement que superfi- « ciellement la membrane muqueuse; dans ce cas, la « guérison peut être facilement obtenue par les injecte tions cathétériques, et les accidents inhérenls à la tra- « chéotomie n’en sont pas aggravés. » Il n’existe pourtant jusqu’ici de publiés, que trois cas authentiques de croup compliqués de coryza couenneux, et guéris par la trachéotomie; dans les trois cas, la diphtérie est indiquée, mais sans détails.

<c Nous aussi, nous avons un succès, malgré cette complication ; le coryza m’avait d’abord paru purement inflammatoire, et ce n’est que le lendemain de l’opération que je pus détacher de la cloison une fausse membrane

angine diphtérique

triangulaire, longue de deux centimètres à sa base,, épaisse et gélatiniforme.

«Une circonstance bizarre et heureuse en même temps, et qui explique sans doute notre succès, c’est que la fosse nasale droite fut seule envahie et encore uniquement à sa partie antérieure ; la gauche fut constamment respectée, ou du moins, malgré la surveillance la plus attentive, je n’y aperçus jamais la plus petite trace de diphtérie ».

Coryza diphtérique. — Cet envahissement des fossesnasales sur lequel on insistait avec raison fit, de la part de Gervais, l’objet d’une thèse intéressante dont nous nous cnotenterons de rapporter les' conclusions qui ^cadrent bien avec les idées de l’époque1.

« Le coryza couenneux est une manifestation fréquente et toujours grave de la diphtérie ; en effet, dans le cours de l’année, trente-neuf cas se sont présentés à notre observation. Rarement, il est vrai, les fausses membranésont été limitées à la pituitaire; ainsi deux fois seulement l’écoulement séro-sanieux et fétide, qui est un des signes les plus ordinaires de la diphtérie nasale, exista seul et sans autre complication. Les manifestations de la diphtérie qui l’ont accompagnée le plus fréquemment sont l’angine couenneuse, que nous avons rencontrée trente fois, et qui, dans trois cas, s’est compliquée de gangrène ; le croup, vingt-trois; la diphtérie bronchique, neuf; et enfin, dans neuf autres cas, la diphtérie avait envahi soit les paupières, soit un des divers points de la cavité buccale ; dans quatre cas même, ces dernières complications étaient les seules ; la diphtérie cutanée ne s’est

1 . Le coryza fibrineux des auteurs allemands était totalement inconnu. Seul Bretonneau avait soupçonné que la diphtérie nasale peut simuler une rhinite vulgaire, dont il serait très difficile delà différencier.

GEHVAIS

montrée qu’une fois et sur un vésicatoire ; neuf fois enfin le coryza' était une des manifestations de la diphtérie secondaire.

«Le sexe ne nous a paru exercer aucune influence sur le nombre ni sur la mortalité de la diphtérie nasale. En éffet sur nos trente-neuf cas, nous trouvons dix-neuf filles ■et vingt garçons et le nombre de guérisons se trouve à peu près également réparti. Tous ces enfants étaient âgés de vingt-deux mois à treize ans et présentaient un âge moyen de quatre à huit.

« La . mortalité du coryza couenneux est considérable et se trouve être la même que celle du croup ; en effet, sur trente-huit cas, nous ne comptons que sept guérisons, soit un sur cinq ; quatorze à quinze enfants trachéotomisés ont été atteints de coryza et sur ce nombre nous citons deux guérisons (obç. 26 et 29); mais il faut dire que chez ces deux enfants, le coryza survint quelques jours après l’opération, fut-peu intense, et n’eut qu’une durée très courte1.

« Aucun des enfants atteints de coryza avant la trachéotomie n’a guéri. A ce sujet, il est bon de noter que le diagnostic du coryza, qui en général est très - facile, puisqu’en dehors de l’écoulement il est fréquemment possible d’apercevoir des fausses membranes sur les parois des fosses nasales2, ce diagnostic, disions-nous, ne peut pas toujours être, porté au moment où une opération doit être exécutée.

« En effet, il arrive fréquemment, quand l’asphvxie se prononce, que la sécrétion nasale cesse ; on croit opérer alors dans d’excellentes conditions, puis, quand la cyanose

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