GERMAIN SÉE, BERNARD
Roger éleva quelques doutes sur l’exactitude des assertions de son collègue Germain Sée, objectant que celui-ci avait rencontré ces faits, très intéressants du reste, dans un milieu hospitalier, où les fièvres exanthématiques se montrentpour ainsi dire en permanence et viennent compliquer une foule de maladies. Il ne serait donc pas étonnant qu’un croupeux trachéotomisé ait contracté la scarlatine. Germain Sée a fait remarquer, il est vrai, le début précoce de ces manifestations, le lendemain ou le surlendemain de l’arrivée des malades à l’hôpital et quand ils n’avaient pas encore eu, semble-t-il, le temps matériel de contracter la scarlatine. Cependant, il ne faudrait pas oublier que la scarlatine peut avoir une incubation très courte. Roger se demandait si l’éruption ne serait pas le faitdela plaie du cou1. Entout cas, l’exanthème a été favorisé par la sudation, les petits trachéotomisés étant recouverts soigneusement pour éviter tout refroidissement.
Germain Sée répliqua que, quelle que fût la brièvëté de l’incubation de la scarlatine, l’apparition des accidents au bout de vingt-six à trente-six heures de l’entrée à l’hôpital, fut réellement trop courte -, pour qu’on puisse admettre une transmission de la fièvre exanthématique. D’ailleurs, l’éruption qu’il a observé présentait, comme on l’a vu, des différences soit avec celui de la scarlatine, soit avec celui de l’érysipèle. Il n’était pas davantage dénaturé sudorale; car il n’y avait pas de sudamina. Il conclut en demandant si l’on n’était pas, en conséquence, autorisé à voir là un érythème spécial survenant dans la diphtérie, cette maladie totius substantiæ.
1. On commençait à signaler des éruptions scarlatiniformes d'origine traumatique.
2. Trousseau a vu l’incubation de la scarlatine durer moins de trèntesix heures. .4 ce point de vue, l’argumentation de Sée n’est pas tout à fait concluante.
ANGINE DIl’HTÉüIQUE
Marolléappuya l’opinion de Germain Sée pour des motifs analogues à ceux que ce dernier venait de développer; et il en fut de même de Barthez.
Complications de T appareil respiratoire. — La diphtérie ayant une grande tendance à se propager, l’envahissement des fosses nasales, du larynx, de la trachée par exemple ne sont des complications qu’en ce sens qu’elles aggravent le pronostic; mais normalement elles font en quelque sorte partie de l’ensemble des manifestations diphtériques. Elles peuvent cependant, en amenant des lésions profondes et peu usuelles, attirer pour leur compte l’attention principale et devenir des complications dans le sens vrai du mot. Il en est ainsi dans les diphtéries nasales graves, mentionnées par exemple dans le dernier mémoire de Bretonneau, ou bien dans un cas signalé par Cruveilher et où les pseudomembranes laryngées s’accompagnaient d'œdème de la glotte. Tout cela a été convenablement décrit par les auteurs des périodes précédentes, nous n’avons plus à y revenir; mais il n’en est pas de même des lésions de la pneumonie lobulaire diphtérique. Elles furent entrevues, comme nous l’avons dit précédemment, par Bretonneau. Rilliet et Barthez en firent une étude plus soignée. Blache, Trousseau, puis Millard, notèrent quelques-uns de ses caractères ; mais c’est Peter qui, en définitive, les vulgarisa auprès du public médical. Il rencontra tous les degrés depuis la bronchite capillaire jusqu’à l’hépatisation grise, les foyers gangreneux, l’œdème. Dans quelques cas, il existait concomitamment un exsudât pleural.
Ophtalmie diphtérique. — C’est de Graef père qui mentionna le premier 1 envahissement des conjonctives au cours des angines pseudomembruneuses. Puis l’ophtal-
MAGNÉ, PETER
inie diphtérique fut signalée par Magne dans une communication à l’Académie des sciences, le 28 juin 1858. Il fit connaître quatre cas de cette maladie et termina par les conclusions suivantes, d’où il résulte qu’il n’a pas saisi les relations avec la diphtérie, mais a fait de l’affection une maladie banale, comme les angines croupales communes.
« 1° La diphtécite conjonctivale est une maladie de nature couenneuse comme le croup.
« 2° La diphtérite conjonctivale a des signes particuliers qui ne permettent pas de la confondre avec l’affection que l’on a signalée sous le nom d 'ophtalmie pseudomembraneuse.
« 3° La diphtérite conjonctivale affecte spécialement les enfants.
« 4° La diphtérite conjonctivale ne paraît pas être une maladie purement locale, elle semble liée à un état général ; aussi la prudence recommande-t-elle de s’abstenir d’employer, pour la combattre, les exutoires, qui, à leur tour, pourraient constituer une complication.
« 5° La diphtérite conjonctivale ne semble pas, en général, offrir le caractère contagieux ; l’affection n’a jamais occupé qu’un œil, bien que l’autre œil, malgré nos recommandations, ait toujours été exposé au contact des liquides sécrétés par la conjonctive malade.
« 6° La diphtérite conjonctivale est une affection très rare et assez grave, mais de nature curable ».
Bien plus exacte et plus intéressante est l’étude que Peter a donnée de cette affection dans sa remarquable thèse. « Au début, dit-il, la diphtérie de la conjonctive ressemblait,, dans les trois cas que j’ai observés, à une inflammation catarrhale de la membrane muqueuse : injection, sécheresse d’abord, puis larmoiement; mais au
ANGINE DIPHTÉRIQUE
bout de peu d’heures, sa marche était plutôt celle de l’ophtalmie purulente. Les paupières se tuméfiaient considérablement et recouvraient le globe oculaire ; la peau en était luisante et tendue au-dessus d’un tissu cellulaire infiltré de sérosité lactescente ; un stillicidium séro-muqueux était bientôt remplacé par un écoulement abondant de matières dont l’âcreté traçait un sillon rougeâtre et douloureux le long de l’angle du nez.
« Ces voiles membraneux étaient sensibles au toucher, et l’examen qu’on en voulait faire provoquait des cris violents et une énergique résistance. Ce n’était qu’au prix des plus grands efforts qu’on parvenait à vaincre l’obstacle qu’opposaient à l’exploration leur tension œdémateuse et leur spasme. Si l’on arrivait à les soulever. on voyait alors la conjonctive doublée d’une couche de couenne épaisse de un à deux millimètres ; au-dessous, la membrane muqueuse était parfois d’un rouge vit, comme .saignante; un mucus moitié séreux et moitié purulent, baignait les globes oculaires et comblait la gouttière oculo-palpébrale.
« Deux fois sur trois, j’ai vu cette matière dont l’âçreté était si vive qu’elle détruisait l’épiderme et excoriait la peau, envahir la cornée, s’infiltrer dans ses lames, en détruire la transparence et en déterminer la perforation. Cette conséquence, en quelque sorte physique, de la diphtérie palpébrale, rapprochait cette maladie de l’ophtalmie purulente.
« Deux fois sur trois encore, il y avait concomitance d’un coryza couenneux, et alors les paupières et la moitié inférieure du nez tranchaient fortement, par leur rougeur et leur tuméfaction, sur le reste du visage, d’une pâleur livide et parfois d’une maigreur squelettique.