PETER, LABOULBÈNE ET DELANGLARD
Alors aussi, de chaque côté de la ligne médiane, on voyait sur la lèvre supérieure comme à l’angle du nez, le même sillon inflammatoire déterminé par l’écoulement d’un liquide de même nature.
« Dans deux cas, il y avait complication d’angine côuenneuse.
« Dans trois, l’état général était des plus graves.
« Deux fois, la perte de la vue fut occasionnée par la propagation du mal aux cornées.
« Dans ces deux cas, la mort fut la conséquence de la maladie générale.
« Chez deux individus, la marche fut très rapide; la durée fut de quatre jours une fois, de douze l’autre, et dans le premier cas, le malade guérit. Une troisième fois, l’ affection fut relativement chronique, et, après une douzaine de jours, les cornées furent définitivement perdues. Toujours les voies aériennes furent respectées. »
Peter a insisté, comme on le voit, sur la ressemblance frappante du mal avec l’ophtalmie purulente. Le diagnostic, dit-il , ne pourrait guère être établi que grâce aux commémoratifs, et à l’existence simultanée d’un coryza et d’une diphtérie. Le pronostic serait grave puisque souvent la perte de l’œil est complète. Dans les cas qu’il a étudiés, 1 affection oculaire s’est toujours montrée dans les formes malignes.
Contagion. — Même à une période déjà très rapprochée delà nôtre, la contagion de la diphtérie trouvait des incrédules sous 1 influence, plus persistante qu’on ne serait d abord porté à le soupçonner, des doctrines de Broussais, mais aussi par suite des contradictions apparentes qui se remarquent dans la transmission du mal. Bien que les dis-
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sidences fussent de moins en moins nombreuses 1 , il fallait, de temps à autre, se livrer h des affirmations nouvelles basées sur des faits cliniques bien observés. L’observation de Laboulbène et Delanglard est de ce nombre. « Dans une famille comptant un enfant de sept ans, un autre de cinq ans et deux jumeaux allaités alternativement par la mère et une nourrice, l’un des jumeaux fut atteint d’une diphtérie grave, caractérisée par des fausses membranes couenneuses dans le pharynx et les fosses nasales, ainsi que par de petites plaies. L’enfant mourut en trois jours. Le second jumeau présenta immédiatement 1rs mêmes symptômes et les mêmes lésions, mais guérit. Pendant la maladie, l’enfant avait communiqué l’affection à sa mère, qui, d’une constitution vigoureuse, guérit avec deux cautérisations au nitrate d’argent et des gargarismes au chlorate de potasse.
« Il communiqua de plus la diphtérie à son fi ère aîné et à sa sœur qui présentèrent des plaques grisâtres it couenneuses à l’isthme du gosier et même dans les fosses nasales ; ils éprouvèrent encore une grande prostration de forces.
«Les cautérisations et un régime tonique triomphèrent du mal. Le médecin envoya ses deux malades à la campagne chez une dame C. et ils se rétablirent, mais communiquèrent la diphtérie aux deux filles de cette dame, à un léger degré heureusement.
« Le père des malades, peu robuste, éprouva un malaise inexprimable, une très grande faiblesse, des nausées et un changement dans le timbre de la voix. La gorge examinée, nous y trouvâmes des plaques grisâtres sur le
1. Bouchât émettait encore des doutes, en 1855, dans son Traité des maladies des enfants.
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voile clu palais, les piliers et les amygdales. Malgré tous les moyens employés, le malade mourut au bout de trois jours. »
Diphtérie secondaire. — La diphtérie secondaire fut étudiée par Peter avec beaucoup de soin. Cet auteur, tout en s’inspirant de Rilliét et Barthez, compléta sur des points importants la description de ces auteurs.
Il rappela que, contrairement à la diphtérie primitive, la diphtérie secondaire s’accompagnait souvent d’altérations assez graves du chorion sous-jacent aux pseudomembranes. Ilpourraitmêmese produire des ulcérations et parfois du sphacèle, comme le prouvent les observations qu’il a recueillies et que nous croyons devoir rapporter.
« Un enfant âgé de deux ans meurt le troisième jour environ d’une diphtérie survenue dans le cours d’une rougeole et l’on trouve à l’autopsie les amygdales comme gangreneuses , la membrane muqueuse de la base de la luette et du pharynx, d’une rougeur noirâtre, - et tapissée de faussés membranes grisâtres ; il y avait, également une injection vive du larynx et de la trachée et des bronches, avec fausses membranes assez consistantes, du larynx à la bronche droite. »
Le cas suivant, emprunté, à la thèse de Millard, où il y eut gangrène du pharynx, du larynx et d’une partie de la trachée, n’est pas moins significatif : Une petite fille, âgée de trois ans et deux mois, meurt au trentesixième jour environ d’une diphtérie secondaire à marche insidieuse et anormale, survenue consécutivement h une fièvre éruptive assez mal caractérisée; l’autopsie fait reconnaître une gangrène très étendue de la partie inférieure du pharynx, de toute la partie antérieure du larynx, des premiers anneaux delatrachée
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et des parties molles voisines. Dans le larynx, tout était frappé de sphacèle;la muqueuse, les muscles et jusqu’à la presque totalité des cartilages. A l’exception de l’épiglotte, du demi-anneau postérieur du cricoïde, de l’aryténoïde gauche, le tout était réduit en une matière mollasse, fétide, de couleur jaune cuir de bufle ; on n’y" sentait aucun fragment dur, aucun séquestre.
A propos des fausses membranes, Peter a remarqué que lorsque l’enfant a été atteint, avant de contracter le croup, de maladies générales ayant débilité profondément l’organisme, les fausses membranes molles , blanc grisâtres ou jaunâtres , prennent la forme de « pellicules ou de lambeaux peu épais et à peine adhérents. »
Notons que, dans son travail, Peter ne partage pas l’avis de ses devanciers1. Il ne doute pas que la diphtérie puisse produire à elle seule une pareille allure septique,
Quaut au siège, il présentait les particularités suivantes ï « Dans le plus grand nombre des cas, la diphtérie secondaire occupe à peu près les mêmes points de l’arbre respiratoire et dans une étendue presque exactement la même que dans la diphtérie primitive, à l’exception du pharynx que nous avons trouvé moins fréquemment envahi.
« Voici quelques chiffres à l’appui de notre assertion :
« Dans trente et un cas, quatorze fois l’angine diphtéritique manquait. Dans ces quatorze cas, une fois la diphtérie occupait exclusivement le larynx, sept fois elle s’étendait du larynx à la trachée et six fois du larynx aux bronches.
a Dans les dix-sept cas où il y avait de l’angine diphtéritique, une fois la diphtérie s’était étendue du pharynx
1. Barthez supposait qu’une diathèse ou un virus septique s’ajoutait a la diphtérie : aujourd’hui nous penserions à une affection mixte.
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au larynx, huit lois du larynx à la trachée, et huit fois du pharynx aux bronches. On voit qu’il y avait moins souvent que dans la diphtérie primitive, coïncidence de l’angine diphléritique avec le croup et tout aussi fréquemment coïncidence de la bronchite pseudomembraneuse. En effet, quatorze cas de bronchite diphtéritique sur trente cas de diphtérie sont dans le rapport de dix à vingt-trois et nous en avons trouvé dix-huit à vingtquatre comme le rapportde cette bronchite avec la diphtérie primitive. »
La symptomatologie serait modifiée, comme l’aspect anatomique. Il y aurait atténuation évidente dans la netteté des phénomènes qui accompagnent la diphtérie primitive. « Cette atténuation, dit-il, résulte probablement, soit de la prédominance des phénomènes de la maladie antérieure, soit de . la faiblesse organique qu’a laissé après soi la maladie première. Le plus souvent, la période initiale de la diphtérie secondaire n’est pas même soupçonnée; et ce n’est parfois qu’au moment où se manifestent les troubles fonctionnels du croup confirmé qu’on s’aperçoit de l'existence de la maladie nouvelle.
« On comprend facilement qu’il en doive être ainsi ; nous savons, par l’étiologie, que la diphtérie secondaire survient le plus habituellement dans le cours ou pendant la convalescence de maladies qui présentent des déterminations morbides vers les membranes muqueuses de la gorge ou des voies respiratoires ; il s’en suit que les phénomènes initiaux de l’angine, ce qui revient à dire que la scarlatine, maladie dans laquelle il y a une détermination morbide vers l’arrière-gorge, crée par ce fait une opportunité pour le développement de là diphtérie sur le pharynx.
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« Ainsi quand la rougeole a précédé la diphtérie, l’angine pharyngée a manqué dans presque la moitié des cas, et dans près de la moitié des cas, il ya eu croup d’emblée. Ce qui revient à dire que la rougeole; maladie dans laquelle l’angine pharyngée n’est pas la règle, ne crée pas, en cas de diphtérie secondaire, d’opportunité morbide pour le développement de l’angine pharyngée diph— téritique, tandis qu’au contraire cette rougeole où il y a toujours du catarrhe laryngé, appelle vers le larynx les manifestations de la diphtérie1.
« Nous avons rencontré la bronchite pseudo-membraneuse aussi souvent dans le croup secondaire que dans le croup primitif : ainsi quatorze fois sur trente et une dans la première forme, et cinquante-deux fois sur douze dans la seconde. Dans ces quatorze cas, neuf fois les bronches étaient malades par le fait de l’affection qui avait précédé la diphtérie : ainsi quatre fois par suite de la rougeole, deux fois par la fièvre typhoïde, une fois par la coqueluche, une fois par la bronchite, suite de rougeole, une fois enfin par bronchite simple».
On doit aussi à Peter d’avoir fait nettement ressortir, dans un article paru, en 1863, da ns Y Union médicale, non seulement la possibilité, mais la fréquence relative de l’envahissement des voies aériennes inférieures.
« Trousseau, dit-il, décrit avec soin les localisations diverses de la diphtérie ; toutefois des recherches qui me sont propres m’autorisent à croire la diphtérie bronchique plus fréquente qu’il semble le penser, car je l’ai notée dans près de la moitié des cas, soit cinquante-quatre
1. En d’autres termes, il y aurait croup d’emblée, ou du moins les choses sembleraient se passer ainsi, si on exclut la possibilité de lésions du cavum. Les auteurs allemands et anglais contemporains se montraient du même avis.