‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IVChapitre 120 sur 170 · PETER, ROGER · texte numérisé non relu

PETER, ROGER

fois chez cent vingt-et-un sujets. » Cette constatation était delà plus grande importance pour fixer la valeur de la trachéotomie. L’auteur continue ainsi: « Je puis affirmer aussi que la diphtérie s’étend aux bronches avec une rapidité incroyable, ce qu’on était loin jusqu’ici de connaître. En quatre jours, la membrane muqueuse des bronches peut être tapissée par la. fausse membrane dans une étendue considérable. C’est même le plus habituellement du deuxième au quatrième jour de la diphtérie que les bronches sont envahies, quand elles doivent l’être. Il ne faudrait pas cependant s’exagérer outre mesure la gravité du pronostic dans ce cas, ni voir dans la diphtérie bronchique une contre-indication formelle à la trachéotomie ». En effet, dit-il, on a vu guérir des malades qui avaient rendu des fausses membranes ramifiées et manifestement bronchiques.

Inoculation et incubation de la diphtérie. — Malgré le mérite évident des communications diverses de Peter sur la diphtérie, ce que les contemporains apprécièrent surtout, de la part de cet auteur1, cè furent ses tentatives courageuses pour fixer d’une façon précise la durée d'incubation de la maladie. Bergeron avait relaté avec quelques réserves le cas du Dr Loreau qui, s’étant piqué au doigt avec un bistouri dont il venait de se servir pour une trachéotomie, ressentit consécutivement u:i peu dé gonflement et de douleur locale, puis au bout de quinze jours eut une angine couenneuse. Trois ou quatre jours après, sa femme contracta également la diphtérie et tous deux présentèrent des phénomènes

1 . Bartels et Œrtel ont signalé toute une série d’inoculations volontaires ou accidentelles qui résolvent assez bien la question- de la durée de l’incubation.

parétiques graves. Incités par ces faits, Peter et son maître Roger étudièrent la question et firent paraître sur ce sujet un mémoire important.

Pour fixer la durée de Y incubation, Roger a analysé, dit-il, quinze observations qui comprennent des groupes de deux, trois, quatre personnes atteintes dans une même famille et qui se rapportent à un ensemble de quarantesix individus. « Dans ces observations, je donne l’indieationdujour de la première manifestation de la maladie et chez le sujet qui a été comme le support de l’agent contagieux et chez ceux qui ont subi successivement l'atteinte du poison morbide ». Chez plusieurs, par exemple dans le sujet de la première observation, le maximum de durée de l’incubation n’a pu être déterminé, la contagion dé la mère ne remontant certainement pas au-delà de cinq jours. « Dans quelques autres cas, on peut assigner un maximum et un minimum. Ainsi dans l'observation VIII, l’enfant n° 2 ayant été séparé de son frère, malade a pu être contagionné douze jours au plus et neuf jours au moins avant d’offrir le premier symptôme de la diphtérie». Pour plus de sûreté et afin d’établir des termes comparables, il n’a tenu compte que des maxima. « Il y a donc eu pour une incubation de deux à sept jours, douze cas. Pour une durée plus longue (huit à neuf jours), on ne peut retenir que cinq cas seulement. La première catégorie de faits serait donc de beaucoup la plus fréquente, d’autant plus qu’il est à peu près impossible quand le contact a été prolongé entre membres d une meme famille, de fixer rigoureusement un chiffre quelconque. Cette durée de deux à cinq jours ressemblerait beaucoup à celle de beaucoup d’autres maladies infectieuses. Le pouvoir contagieux.de la maladie

ROGER

ressortirait très nettement dans tous les groupes observés. A ceux qui voudraient contester la réalité de la transmission par contagion, en invoquant l’action d’une épidémie coïncidente, nous répondrons que les personnes qui furent successivement atteintes avaient eu avec lés malades les rapports les plus fréquents et les plus immédiats». Roger ne nie pas V inoculation, mais affirme avec Bergeron qu’elle n’est pas démontrée. Les faits cliniques., observés, celui de Germain Sée et celui de Trousseau, où la diphtérie s’inocula au mamelon, puis à la bouche du nourrisson ne seraient pas aussi probants qu’on l’a dit.

« Dans ce cas encore, les petites plaies auraient pu se recouvrir de diphtérite, sans qu’il soit besoin d’invoquer l’inoculation. Pour admettre cette dernière, il faudrait aussi, comme dans le cas précédent, supposer que le poison morbide réside dans la salive.

« Admettons pourtant ce fait comme favorable à l’idée de l’inoculabilité, il en est par contre un assez grand nombre d’autres qui sont négatifs : bien souvent des mères ou des nourrices ont continué d’allaiter des enfants atteints d’angine ou de coryza couenneux sans que la diphtérite se soit propagée au sein; pour notre part, nous avons observé deux faits d’allaitement dans des conditions semblables, sans qu’il en soit résulté aucun accident.

«Bretonneau1 a rapporté, d’après Herpin de Tours, un fait assez extraordinaire, et qui, depuis, a été plusieurs fois cité sans commentaires. Il s’agit d’une petite fille affectée de diphtérite pharyngo-laryngée et qui avait déjà communiqué une angine pharyngée pseudomembraneuse à la bonne qui la soignait. L’enfant, raconte Herpin, qu’on

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