‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IVChapitre 125 sur 170 · PRÉCURSEURS · texte numérisé non relu

PRÉCURSEURS

Paralysie diphtérique. — Parmi les complications causées par la diphtérie, les médecins de l’époque accordent, avec raison, une place très importante aux troubles moteurs et sensitifs. Trousseau avait signalé le premier, scientifiquement parlant *, avec Lasègue en 1850, daus un mémoire rédigé en commun et paru dans les Archives générales de médecine la paralysie du voile du palais. Rappelons à ce sujet, et à titre purement de curiosité, qu’il avait eu des prédécesseurs, ces troubles parétiques étant loin d’être rares, et parfois prenant un aspect tout à fait caractéristique ; mais les constatations qui vont suivre n’eurent aucun effet sur le public médical, et n’ôtent rien au mérite de Trousseau et surtout de Maingault, qui, le premier, fit comprendre l’importance, ainsi que l’allure clinique de ces troubles ner-

1. Orillard a nettement signalé, dans les Bulletins de la Société médicale de Poitiers, en 1837, les paralysies diphtériques localisées au voile pu généralisées, comme Bourgèoise, Bourgeois, Ghisi, Samuel Bard et Chomel l’ancien. « Quelques malades conservent longtemps beaucoup de gêne dans la déglutition et rendent par les fosses nasales une grande partie des liquides qu’ils veulent avaler ; cette difficulté est quelquefois le résultat d’une perte de substance assez considérable éprouvée par le voile du palais ou par la luette, plus souvent elle semble dépendre d’un état de relâchement de ces mêmes parties. Certains malades restent frappés de surdité ou d’amaurose ; ces divers accidents ne sont le plus ordinairement que passagers et cessent par le rétablissement complet des forces. Des désordres plus graves ont été encore observés dans le système de l’innervation ; toute altération avait cessé du côté de la gorge ; les fonctions digestives avaient repris leur activité ordinaire et le sommeil était régulier. Cependant les fonctions locomotrices ne se rétablissaient pas, les mouvements de préhensions ne pouvaient s’exécuter qu’avec un tremblement considérable, et les doigts ne' pouvaient exercer la moindre pression ; les malades, s'ils essayaient quelques pas, chancelaient comme pris d’ivresse et avaient besoin d’être soutenus pour éviter la chute. Quelques-uns resséntaient en même temps de vives douleurs dans les membres. Ces symptômes pouvaient persister pendant plusieurs mois et disparaître ensuite graduellement. Chez les sujets affaiblis par l’âge ou par les .privations, la mort pouvait terminer ces accidents ». { Bulletin de la. Soc. méd. de Poitiers, 1837).

ANGINE DIPHTÉRIQUE

veux, comme le reconnaît avec une entière franchise le grand clinicien.

Précurseurs. — Dans l’épidémie de Périnthe, rapportée dans Y Encyclopédie hippocratique , on trouve signalés d’une façon fort obscure, il est vrai, des phénomènes paralytiques à la suite d’angines graves. Mais, ni les méd< cins de la période grecque, ni ceux de l’époque arabe ou du moyen âge, ne s’en occupèrent, et il faut descendre la Renaissance pour les voir décrits à nouveau. Lepois, qu écrivait en 1580, semble les avoir entrevus, si l’on s’en rapporte à la phrase assez caractéristique qu’il écrit à ce sujet : « Paralyticis ah angina non totum corpus resoloitui sed usque ad manus duntaxat ».

Les médecins espagnols qui ont si fidèlement décrit a xvne siècle le garrotillo, principalement Hérédia et Hei rera ont beaucoup insisté sur l’adynamie, sur l’impotence fonctionnelle des organes, sur la faiblesse persistante lors de la convalescence, etc. Bellini a parlé des paralysies survenant dans les angines et invoqua, pour expliquer leur production, une compression des carotides. Ghisi, lors de l’épidémie de Crémone, nota l'existence de la paralysie du voile du palais. <c Remettant, dit-il, a la patience et à l’habileté de M. Ch. Scotti, docteur en chirurgie, la cure des vastes ulcères qui occupaient les deux tonsilles, une portion du voile du palais et de la luette, je lui confiai également le traitement d’une tumeur grosse et douloureusè qui, à l’instant où l’intérieur de la gorge était presque guéri, commença à poindre extérieurement et abcéda un peu au-dessous de l’angle de la mâchoire, sous le muscle mastoïdien. Nous laissâmes à la nature le soin de remédier aux étranges effets de cette maladie, effets qui se remarquaient chez beaucoup de ceux

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