TROUSSEAU ET LASÈGUE
et des gargarismes excitants (moutarde en poudre). Bientôt, tous les accidents disparurent, en même temps que la phlegmasie catarrhale, qui paraissait en avoir été le point de départ.
Période de Trousseau et de Lasègue ou de la paralysie vélaire. — En 1851, Trousseau et Lasègue publièrent dans Y Union médicale (p. 471) un article sur le nasonnement et la paralysie du voile, qui passa un peu moins inaperçu que l’observation de Sédillot quarante ans auparavant. « On est assez souvent consulté, disaient-ils, pour un accident bizarre qui est très rare chez l’adulte et, au contraire, assez fréquent chez les enfants. Un enfant nous est présenté, parlant du nez de la façon la plus déplorable. La première idée qui se présente à l’esprit du médecin est qu’il existe une division congénitale de la voûte palatine, ou tout au moins du voile du palais. On regarde l’intérieur de la bouche, on ne voit rien au palais, presque rien aux amygdales. Les parents nous disent que le nasonnement a paru tout à coup, que jusque là l’enfant parlait, comme tous les autres, d’une voix claire et parfaitement naturelle, et que subitement, après un malaise fébrile assez court, la voix est devenue nasonnée. D’autres fois on nous dit que l’enfant a eu pendant plusieurs jours de la peine àavaler sans autre chose. Quelques parents entrent dans des détails plus circonstanciés. Ils racontent que l’enfant a eu un mal de gorge des plus violents, avec fièvre, altération de la voix, que la médecine a dû intervenir avec énergie, et que durant la convalescence, le son de la voix était de plus en plus mauvais ». Après nous avoir montré ainsi toute la succession des possibilités morbides, depuis l’angine la plus larvée passant inaperçue jusqu’à l’angine la plus violente,
ANGINE DIPHTÉRIQUE
les auieurs attribuent les phénomènes parétiques à une \ pharyngite dont il serait le plus souvent facile de reconnaître « les traces récentes », après un exament attentif, notamment la tuméfaction des amygdales. On constaterait surtout « que le voile du palais est peudant, qu’il ferme l’arrière-bouchc à la manière d’un demi-voile, et que, durant l’examen, au lieu de se relever et de s’abaisser par des oscillations fréquentes, comme à l’ordinaire, lorsqu’on déprime la langue avec une cuiller, il reste immobile ou à peu près. Il y a donc une paralysie du voile, et les sons au lieu de passer tantôt par la bouche exclusivement, tantôt par la bouche et le nez en même temps, passent presque exclusivement par le nez et constituent le nasonnement ». Ce trouble de la mobilité du voile expliquerait aussi le rejet fréquent du bol alimentaire par le nez. Trousseau et Lasègue rappellent que des phénomènes semblables s’observent souvent au cours des phlegmasies gutturales intenses.
Quelle serait la pathogénie des phénomènes observés Plis font remarquer que les tissus peuvent être immobilisés par les produits interstitiels d’origine inflammatoire qui les encombrent, mais alors il n’ya pasvéritablementparalysie. « Cette immobilité n’est qu’une immobilité mécanique, une véritable rigidité inflammatoire analogue à celle des parties musculeuses envahies par exemple par un phlegmon ». D’autres conditions peuvent encore être invoquées. « Ce peut être une immobilité volontaire, comme celle à laquelle on condamne un muscle quand les contractions qu’il devrait éviter sont par trop douloureuses. Ici rien de semblable, il y a évidemment paralysie ; quelles que soient l’explication et l’hypothèse invoquées, le fait final reste entier ». Trousseau et Lasègue rapprochent cette