‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IVChapitre 128 sur 170 · TROUSSEAU ET LASÈGUE · texte numérisé non relu

TROUSSEAU ET LASÈGUE

impuissance des muscles staphylins de celle des muscles scapulaires à là suite d’ une arthrite rhumatismale des épaules. « On s’aperçoit aisément que les faisceaux musculaires se contractent mollement. Il n’y a plus de douleur, l’impuissance n'e peut donc tenir qu’à la paralysie. Cette paralysie tiendrait soit à une altération de la fibre musculaire ou des vaisseaux qui leur porte la nourriture, soit à une pklegmasie des nerfs moteurs qui modifie les aptitudes fonctionnelles des conducteurs nerveux, ce qui est le plus probable ». Et ils ajoutent: « Est-il donc alors si difficile de comprendre qu’après des angines phlegmoneuses graves, lorsque des abcès se sont développés dans l’épaisseur du voile du palais, ce voile membraneux reste pendant quelque temps complètement paralysé ». Ils ne songeaient pas que cette explication bonne pour les inflammaions interstitielles graves et encore! ne valait rien pour les cas légers qu’ils avaient mentionnés éux-mêmes au début de leur travail, l’intensité du processus phlegmasiques ayant pour ainsi dire été nulle. La cause spécifique, c’est-à-dire la diphtérie, qui aurait pu leur donner des arguments plus probants même dans ces cas larvés, leur échappait. Cependant ils avaient reconnu une aualogie évidente entre cette paralysie staphylienne et certaines manifestations qui surviennent pendant la laryngite pseudomembraneuse chez les sujets opérés. « C’est une cause de ce genre, qui, chez les enfants atteints de croup et guéris par la trachéotomie, amènent si fréquemment un accident assez sérieux sur lequel nous avons les premiers appelé l’attention des médecins, nous voulons parler de la paralysie des jnuscles destinés à fermer l’ouverture supérieure du larynx, paralysie qui laisse les boissons pénétrer dans les voies aériennes ».

ANGINE DIPHTÉRIQUE

Ils attribuèrent malheureusement cette perte de la mobilité des muscles laryngés à l’irritation inflammatoire déterminée par l’entrée directe de l’air et par la présence delà canule dans l’intérieur del’organe. Ils déclarent que la paralysie staphylienne guérit rapidement au bout de quelques jours, ou de deux ou trois semaines au plus, et ; sans aucun moyen thérapeutique. En cas de persistance, on pourrait cependant recourir aux attouchements avec ) une solution de nitrate d’argent. Cependant quelques cas ne se passeraient pas d’une façon aussi simple. « Tout récemment nous voyions avec le DrVosseur une petite \ fille de six ans, qui deux mois auparavant avait eu une angine diphtèritique grave dont elle avait été bien guérie.

Il ne lui restait que de la faiblesse et une très notable pâleur, lorsque tout à coup la voix devint nasonnée, la | déglutition des liquides presqu’impossible, parce qu’ils pénétraient presqu’en entier dans le larynx. En examinant J la gorge, on ne voyait rien que cet abaissement du voile du palais signalé plus haut, mais il y avait du strabisme , ]

du mal de tête, des douleurs dans un bras, en un mot tous les signes d’une affection cérébrale ». Ce cas si typique, où la diphtérie avait été reconnue d’une façon incontestable, ne frappa pas les auteurs aveuglés par leur hypothèse phlegmasique qui les séduisait probablement par sa simplicité. Ils n’y virent qu’une chose, la confusion possible avec des lésions du système nerveux central dont la valeur pronostique aurait été tout autre. Ils rappellent en effet avec raison que certaines altérations de l’encéphale peuvent amener du nasonnement par paralysie staphylienne et rapportent à cette étiologie (tubercule cérébral) le nasonnement survenu chez unjeune sujet de quatorze ans, atteint en même temps de convulsions éclamptiques.

MORISSEATJ

Peu après, Morisseau publiait aussi dans Y Union médicale , 1854 (p. 499), un article sur ces symptômes parétiques. « Depuis longtemps, dit-il, j’avais fait les mêmes remarques (que ces auteurs) et mes notes étaient réunies pour les livrer à la publicité. Ces messieurs m’ont devancé, et je me trouve très honoré d’être d’accord avec des médecins aussi renommés et aussi judicieux observateurs ». Cependant, contrairement à Trousseau et Lasègue, il déclare avoir observé la paralysie vélaire surtout chez l’adulte, attribuant cette dissemblance aux situations différentes d’observation médicale dans lesquellés il se trouvait. « Sur cinq cas que j’ai observés avec attention, quatre ont trait à des adultes, et tous du sexe féminin. Qu’on me permette de donner quelques détails. Sur ces cinq cas, quatre sont le résultat d’angine couenneuse et ont ététraités par moi, et le cinquième était un mal de gorge que je n’ai pas vu. Les cinq malades nasonnaient, ne pouvaient souffler parla bouche, rendaient en buvant les liquides par le nez. L’enfant de huit ans, le seul que j’aie à noter pour l’âge, fut soumise pour son nasonnementetses suites, aux gargarismes excitants, aux titillations de la luette, et même à la poivrade de cet organe ; tout fut inutile. J’avoue que je n’employai pas le grand moyen, le moyen héroïque prôné par nos charlatans et même par de nobles personnages, moyen qui consiste à relever la luette tombée en arrachant violemment une mèche de cheveux du sommet de la tête.

« Ma petite fille reste donc avec sa paralysie du voile du palais, paralysie qui jusqu’à ce jour a été en diminuant, puisque aujourd’hui âgée de dix-sept ans, elle n’a plus qu’un léger nasonnement.

« Mes quatre autres malades avaient de vingt-cinq à

ANGINE DIPHTÉRIQUE

trente-quatre ans ; trois J’entre elles, traitées par moi pour des angines couenneuses graves ; Tune cautérisée avec l’acide chlorhydrique étendu, guérit lentement, la fausse membrane reparaissant toujours. Les deux autres, dont une à l’hôpital, menacées plusieurs fois le jour de suffocation par l’épaississement de la fausse membrane qui envahissait les amygdales, la luette, le voile du palais et toute l’arrière-bouche, fausse membrane que l’acide n’enlevait pas; ces deux malades, dis-je, furent soumises par moi aux cautérisations avec une solution concentrée de potasse caustique. Ce traitement me fut suggéré par l’idée que les acides durcissaient certains tissus organiques, et que les alcalis les ramollissaient, et en effet, dès la première cautérisation, la fausse membrane se réduisit en bouillie, et la muqueuse mise à nu ne se recouvrit pas. Je recommande aux observateurs ce mode de cautérisations à expérimenter ; je devais cette petite digression avant d’aborder le sujet principal de ma note, le traitement.

« Sur cinq malades dont je viens de parler, quatre sont complètement guéris, les quatre adultes. Le traitement que j’emploie est fort simple, c’est la pile de Volta. Dix paires de 9 centimètres ont été suffisantes; piles à auges remplies d’eau vinaigrée1. »

Après un court historique, Maingault, étudiant dans sa thèse inaugurale les paralysies vélaires, dont Trousseau et Lasègue venaient d’esquisser assez sommairement l’histoire, commence par montrer que l’affection, tout en étant restée inconnue jusqu’en ces derniers temps, n’était point cependant unerareté. « Au mois de juin 1851, j’ai

1. Le traitement électrique consécutif remonte donc à Morisseau et non à Duchenne.

MAINGaULT

eu l’occasion d’observer un cas de paralysie du voile du palais, puis j’en vis un second au mois d’octobre de la même année, depuis j’en ai vu deux autres dans le service de mon excellent maître le docteur Blache, enfin un cinquième m’a été communiqué par un élève des hôpitaux qui en avait été atteint ». Sa monographie est basée sur ces cinq faits personnels et sur ceux contenus dans l’article de Trousseau et de Casègue. Il admet comme possibles des causes purement locales, telles que les altérarations musculaires sous l’influence de la phlegmasie de la muqueuse sous-jacente. Mais, il croit plutôt à une affection portant sur les nerfs du voile du palais et analogue h la paralysie faciale. Il insiste sur ce point important, que les troubles parétiques du voile surviennent quand la diphtérie semble avoir guéri. « C’est, dit-il, toujours plus ou moins longtemps après la disparition de l’angine, lorsque la douleur a complètement disparu, quand la déglutition se fait facilement, enfin quand les malades sont en pleine convalescence, que surviennent tout à coup deux phénomènes nouveaux dont l’ensemble caractérise l’affection que nous étudions ». Le nasonnement paraîtrait d’abord, qui prendrait une intensité croissante, puis la dysphagie, qui est d’autant plus frappante, dit-il, qu’elle amène sans qu’il y ait la moindre douleur le reflux des liquides par le nez, si la déglutition se fait sans précautions. « Pour parer à ces inconvénients, les malades emploient certains artifices; mais en vain boivent-ils gorgée par gorgée. Tout ou partie de ce qui pénètre est rejeté par les fosses nasales ». Les aliments solides par contre seraient déglutis plus aisément. Par suite de la paralysie du voile, empêchant le vide buccopharvngé de se produire, la succion deviendrait impos-

ANGINE DIPHTERIQUE

sible malgré l’intégrité du muscle orbiculaire. Les malades ne pourraient pas non plus se gargariser, le liquide tombant dans le larynx. Le voile serait souvent encore congestionné et rouge par le fait de la phlegma.sie gutturale antérieure. Il serait flasque, pendant, facile à déprimer avec le doigt. « Il n’exécute plus aucun mouvement, aucune contraction ». Maingault note avec soin les perturbations sensitives. « La sensibilité est complètement abolie ; on peut toucher, titiller la luette sans produire de nausées. L’analgésie est portée au plus haut degré; les piqûres, quelque profondes qu’elles soient, ne causent aucune douleur. On peut percer de part en part le voile, sans que la malade en ait conscience ». La sensibilité gustative serait également abolie. Quant à la contractibilité électrique, elle paraîtrait intacte; sauf les troubles vélopalatins, la santé générale demeurerait excellente. « Du reste, au bout de huit, douze, quinze jours, trois semaines, les liquides reviennent de moins en moins par le nez, et la déglutition finit par se faire normalement». Le nasonnement, le premier venu, s’en irait le dernier. Ainsi, le pronostic ne serait pas trop mauvais, bien que parfois un abattement assez intense puisse faire croire aune maladie grave des centres nerveux, comme l’ont fait remarquer Trousseau et Lasègue.

En 1855, Trousseau, dans une brillante leçon sur l’angine diphtérique, exposa et discuta à peu près tous les cas qui avaient été publiés jusqu’alors. Il cita entre autre celui d’une américaine, convalescente d’une diphtérie pharyngo-nasale, qui, quinze jours après la disparition des pseudomembranes, fut atteinte d'une amaurose double avec parésie généralisée de tout le corps et insensibilité partielle concomitante. Six mois après, tous ces

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