‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IVChapitre 130 sur 170 · FAURE · texte numérisé non relu

FAURE

fille que l’on tint éloignée de son frère, la plaque membraneuse disparut d’elle-même. » Mais la guérison n’était qu’apparente. En réalité la diphtérie revêtit ici la forme larvée et traînassante que l’on observe assez souvent au grand dommage des malades. « Trois semaines après E et A. étaient complètement rétablis. Mais la petite A. était tombée dans un grand état de langueur. On la voyait s’affaiblir et pâlir en quelque sorte à vue d’œil et sans qu’il fut possible d’en découvrir la raison. Un jour on remarqua qu’il était venu une sorte de bouton à la lèvre supérieure droite, c’était de la diphtérite. Elle en avait aussi dans la narine et un ganglion s’était développé sur la mâchoire. Cette éruption n’eut pas de suite ; elle s’effaça seule pour ainsi dire. Mais l’état général devenait de plus 'en plus inquiétant. Au commencement on avait pu se faire illusion; l’enfant grandissait; elle se plaignait de douleurs articulaires ; on avait pu croire aux effets d’une croissance répétée principale, mais actuellement il y avait de la fièvre. L’ensemble était bien different d’un affaiblissement ordinaire. Le 15 septembre, état suivant: la peau est d’une blancheur mate et cireuse ; les yeux sont profondément enfoncés et cernés dans un cercle bistre. L’amaigrissement est extrême. L’allure générale du corps est profondément changée, toute la partie supérieure du tronc est rejetée en arrière ; la tête au contraire retombe en avant et roule sur la poitrine ; il s’en suit que le cou et le dos font à leur point de rencontre, en arrière, un angle des plus aigus. La petite malade ne pouvait plus redresser sa tête. Le voile du palais était paralysé, les mâchoires parésiées, le larynx presque aphone et la voix indistincte, papille dilatée à droite avec strabisme du même côté. Résultat : l’enfant ne put plus même se tenir assise. » On

ANGINE DIPHTÉRIQUE

appela Trousseau en consultation. « Quand il sut ce quiétait arrivé, le professeur rapporta immédiatement ces divers accidents à la diphtérite ; c’est là, me dit-il, un accident assez commun et pourtant fort méconnu. J’en ai vu plusieurs exemples; on peut en mourir. Mais malgré sa gravité il n’a encore été décrit nulle part. » Comme malgré le régime tonique le mal ne faisait qu’empirer, Faure la soumit aux immersions rapides, et obtint une amélioration constatée par Trousseau lui-même. Les membres abdominaux, qui avaient été atteints les derniers, guérirent les premiers ; les portions de l’organisme les premières paralysées ne reprirent leur mouvement que les dernières. Chez le frère d’A. qui avait eu une diphtérite aussi grave il y eut paralysie également du. voile du palais avec nasonnement; mais les troubles nerveux se bornèrent à cette unique manifestation et la santé générale n’en fut pas autrement altérée. Faure cite ensuite deux observations de Maingault recueillies dans le service de Blache. Il rappelle que cet auteur a attribué dans sa thèse les phénomènes parétiques à un trouble général de la nutrition, tandis que Bretonneau pense qu’ils sont déterminés par l’intoxication diphtérique arrivée à l’état chronique. Il s’agirait en somme de manifestations ultimes analogues aux accidents delà syphilis tertiaire. Faure trouve l’idée ingénieuse, mais n’ose se prononcer. Il pense que l’hydrothérapie, principalement la douche et les bains froids, peuvent rendre les plus grands services (cas de Herpin).

Vers la même époque que Faure, Dehenne, . de Dunkerque, envoyait, au directeur de T Union médicale , sa propre observation qui présente des particularités intéressantes et qui a été d’autant mieux prise qu’il s’agissait de symptômes; observés par un médecin sur lui-

DEHENNE

même. Le 24 juin 1856, il fut pris d’angine diphtérique en soignant un enfant atteint de la même affection. Le 26, il remarqua, en outre de la dysphagie, de l’énervement, des douleurs dans la nuque, une éruption abondante d’herpès labialis, prouvant qu’herpès et diphtérie pouvaient coïncider, quoiqu’on eût affirmé sur ce sujet1. Après des manifestations gutturales assez sérieuses avec fièvre, rêves effrayants, engorgement glandulaire notable, il y eut amélioration dès la première quinzaine de -juillet; mais la dysphagie s’accentua et prit un type nettement parétique ; le larynx était manifestement intéressé, ainsi que l’indiquait laraucité de la voix. Du 15 au 30 juillet, l’angine ayant disparu, ces troubles moteurs continuèrent à occuper la scène morbide. Il y eut régurgitation des matières par le nez quand la déglutition se faisait trop rapidement. Sa voix enrouée, nasillarde, devenait presque éteinte à la seconde fatigue vocale. Le 6 avril la raucité reparaissait encore à la moindre conversation un peu longtemps prolongée. A partir du 21 août, l’amélioration s’acccentua et le 6 août la dysphagie et l’enrouement avaient presque complètement disparu. Dehenne qui ne connaissait pas les travaux antérieurs de Bretonneau, Trousseau, Maingault, etc., trouve ces accidents très singuliers. Il est bien étonnant que les médecins qui ont | observé et décrit l’angine couenneuse, n’aient pas fait connaître d’une façon plus claire des accidents consécutifs aussi remarquablement tranchés. Chez deux jeune filles, il a observé des phénomènes identiques, ce qui le porterait à croire que les perturbations observées sont en réalité | assez fréquentes.

1. On avait beaucoup trop séparé l'herpès (angine couenneuse simple) de la diphtérie, négligeant l'herpès symptomatique de la diphtérie, afin de mieux diagnostiquer les deux affections.

ANGINE DIPHTÉRIQUE

En 1858, Pératé consacra une thèse remarquable à l’étude de la nouvelle complication (parésies consécutives à la diphtérie). Comme historique, il ne remonte qu’à Trousseau, à Maingault età Faure. Il déclare qu’il ignorait complètement ces faits, lorsqu’en 1856, un praticien de province distingué lui signala un cas de paralysie chez un de ses malades convalescent de diphtérie. Grâce à son obligeance, il put en réunir sept observations inédites. Ceci n’aurait pas lieu d’étonner ; car Trousseau luimême déclarait que l’affection était beaucoup plus fréquente qu’il ne l’avait supposé tout d’abord lors de la publication du mémoire rédigé en commun avec Lasègue. Il s’efforce de faire ressortir que plus la diphtérie a été diffuse et plus les troubles nerveux de la convalescence sont à redouter. La diphtérie nasale y exposerait tout particulièrement. Suivant lui, les enfants les présenteraient plus souvent que les adultes et les hommes que les femmes. Il insiste sur la présence dans l’urine de l’albumine qui, par la généralisation de la diphtérie qu’elle indique, peut faire redouter l’arrivée de la paralysie. Presque toujours celle-ci débuterait par le voile du palais. Elle serait surtout fréquente dans la convalescence, mais se montrerait parfois aussi pendant les derniers jours de la maladie, le plus habituellement dans les huit jours qui suivent sa disparition. Dans un cas., elle ne se serait produite que quinze jours après. Profitant de la publication d’un fait observé par Trousseau (celui de l’américaine)', il signale la yenue possible de l’amaurose après la paralysie du voile. Ce trouble, dit-il, peut aller d’une amblyopie légère à une perte de la vue complète, il y aurait une dilatation énorme des pupilles. Quand les phénomènes parétiques diffusent, la paraplégie serait la

PÉRATÉ, CORBEL

paralysie la plus ordinaire ; elle s’annoncerait par des fourmillements débutant par les orteils et gagnant ensuite de proche en proche. Parfois, ils ne dépasseraient pas les genoux. A ces fourmillements succéderaient de l’engourdissement et de la pesanteur, de la fatigue à la marche, surtout quand le malade veut courir ou monter un escalier. Cette paralysie pourrait tellement s’accuser que toute station verticale deviendrait impossible. Sa durée serait fort variable, puisqu’elle peut persister de un à six mois (cas de Herpin). Son accroissement est lent et il en serait de même de sa diminution. Bien que moins fréquente que la paraplégie, la paralysie des membres supérieurs ne seraitpoint rare; mais, sauf dans un cas, elle aurait toujours été postérieure à la paraplégie. Comme celle-ci, elle est précédée de fourmillements dans les doigts qui peuvent s’arrêter au coude ou remonter jusqu’à l’épaule. Sa durée paraîtrait à peu près la même que celle de la paraplégie; ses degrés sembleraient variables, comme cela s’observe au niveau des membres inférieurs. Pératé remarque que les phénomènes parétiques ne sont pas toujours égaux des deux côtés et le plus souvent même l’un est plus affecté que l’autre. En même temps que les perturbations motrices, on observerait le plus souvent des perturbations sensitives (Trousseau, wMaingault). La paralysie des muscles spinaux et cervicaux serait relativement rare (cas de Faure), et apparaîtrait presqu’en même temps que la paralysie des membres. Les paralysies de la face, de la langue, des muscles oculaires, de la vessie, du rectum, devraient être regardés comme tout à fait exceptionnelles, bien qu’on en ait eu des exemples.

Chez le malade de Corbel (lettre au directeur de la

ANGINE DIPHTÉRIQUE

Gazette hebdomadaire de médecine , 1859, p. 521), l’angine diphtérique, après avoir déterminé la* gangrène du pilier gauche du voile, avait disparu quand, peu de jours avant la guérison, survinrent des phénomènes paralytiques du côté du voile, des jambes, puis des bras, enfin des organes de la respiration, et le malade succomba à une asphyxie rapide. Vingt-et-un jours seulement s’étaient écoulés entre la mort et le début des phénomènes pharyngés. « Cette mort, dit Corbel, je ne l’avais pas prévue ; aucune observation d’un cas de maladie semblable ne pouvait me la faire prévoir. » Donc, le pronostic n’était ! pas toujours aussi bénin que l’avait supposé Trousseau.

L’article de Bernard ( Gazette des hôpitaux , 1859} î est consacré surtout à l’historique. Il montra que les troubles parétiques n’étaient pas de connaissance ] si récente qu’on l’avait supposé, puisque Chomel et Ghisi en ont parlé sans conteste possible; Samuel Bard aurait également cité le cas d’une petite fille qui, à la suite d’une angine couenneuse, eut de l’aphonie et une parésie généralisée. Pinel, à l’article Spasme, du Dictionnaire en soixante volumes, rapporte aussi l’histoire d’une Femme de yingt-cinq ans qui entra à la Flèche en 1814 et qui ne pouvait plus remuer à la suite d’une angine gangreneuse; les liquides refluaient par les narines. Ozanam, en 1829, Orillard en 1836, semblent avoir observé cette gravecomplication. Quand Trousseau et Maingault firent connaître les faits qu’ils avaient observés, Bernard se rappela en avoir vu des exemples : « l’un chez un enfant, en 1846, avec le Dr Vasseur; et trois autres, en 1849, avec le Dr Dewulf. De ces enfants tous avaient été atteints d’angines graves. »

Bouchut parlant des paralysies consécutives, ter-

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