BOUTIN
mine^par ces mots : « j’ai observé quelques faits du même genre à la suite de l’angine couenneuse, soit la paralysie du voile du palais, soit des paralysies générales ou partielles dans les membres ; c’est ce qu’on appelle la paralysie diphtérique. »
« Ces dernières années auraient été prodigues •d’exemples de cette affection ; mais c’est surtout celle de 1859 qui les a disséminés par toute la France avec le plus de libéralité.
« Ainsi que plusieurs de nos amis, nous en avons vu quelques-uns en province, et depuis notre retour à Paris il s’en est présenté plusieurs cas dans les hôpitaux ; en sorte que l’un pourrait presque dire maintenant qu’il est de règle de voir la paralysie partielle ou générale se montrer à la suite de la diphtérie.
« En somme, notre but a été de prouver qu’il y a une paralysie diphtéritique; avec ou sans symptômes de paralysie locale du pharynx. »
La thèse de Boutin (Paris, 1859) est utile à consulter parce qu’elle renferme les différentes observations de paralysie diphtérique qui avaient été publiés jusqu’à lui, auxquelles il ajouta quelques cas personnels recueillis dans le service de Trousseau, notamment l’histoire clinique détaillée de la malade américaine que l’illustre professeur avait résumée précédemment en quelques mots. On retrouve dans son étude la plupart des vues émises par Trousseau et Maingault. Ainsi pour lui la paralysie du voile est encore l’accident essentiel. Il en distingue deux sortes, dont l’une succéderait immédiatement à l’inflammation ou même se produirait au cours de l’angine et pour laquelle on pourrait admettre, comme le soutinrent autrefois Trousseau et Lasègue, des altérations
musculaires de nature inflammatoire. Quand l’apparition est plus tardive, la cause des accidents vélopalatins serait la même que celle de la paraplégie par exemple. Les muscles volontaires sembleraient principalement atteints; tous peuvent, dit-il, être pris sans exception aucune, et les troubles parétiques présentent tous les degrés possibles de la perte de mouvement. Les paralysies les plus fréquentes sont celles du voile, du pharynx, de la région postérieure du cou, du tronc, des membres. Il y aurait assez souvent du strabisme. En même temps que les désordres d’ordre moteur, il en existerait parallèlement de sensitifs. Il a remarqué (comme Pératé) que les symp. tomes parétiques ne sont pas également accusés des deux côtés.
L’observation1 de Rogers n’est guère à retenir que par l’intensité de la paralysie du voile. L’âge du malade, qui était un adulte, n’est pas indiqué. A la suite de dévoiement, il fut pris de mal à la gorge et on constata dans celle-ci la présence de fausses membranes; puis la voix, au moment de la convalescence, devint rauque et les liquides avalés refluèrent par les fosses nasales. Le malade, continuant à ne pouvoir pas se nourrir, on passa une sonde œsophagienne qui ne rencontra aucun obstacle, atteignit l’estomac et on en profita pour y faire passer des aliments liquides. On pensa à une paralysie œsophagienne. L’alimentation artificielle ayant été continuée, au bout de huit jours on constata une amélioration évidente de la déglutition et peu à peu l’afifection eut une issue favorable.
1. Présenté à la société médicale de Londres en 1859, ce cas est important à noter parce qu'il montre qu’on commençait à se préoccuper en Angleterre des paralysies diphtériques.
MARQUÈS, DECHAMBRE, MAINGAULT
En 1860, Marquès (Haut-Rhin) publia un travail clinique très important sur la question dans la Gazette médicale de Strasbourg. Il fit remarquer que les angines, suivant leur caractère septique plus ou moins accusé, devaient agir différemment sur le système nerveux. Deux de ces cas sont à rappeler; car si la pharyngite semblait maligne, elle n’était pas diphtérique. Leur grave caractère infectieux fut prouvé par l’apparition d’accidents gangreneux sur les amygdales et les piliers. Chez une petite fille de sept ans qui paraissait bien guérie, il y eut, comme dans le fait si connu 1 de Trousseau, de graves troubles visuels (amblyopie "avec presbytie et diminution du pouvoir de distinguer les couleurs). Chez un jeune garçon, il se produisit de la chute des paupières sans strabisme concomitant. Tous ces malades guérirent de leurs accidents parétiques.
Au sujet de ce travail, Dechambre soutint que l’angine n’était pas en cause localement, mais par la perturbation du système nerveux qu’elle détermine et qui peut avoir pour conséquence des accidents très caractérisés.
Quelqu’intéressants que fussent les observations et même les travaux plus complets que nous venons d’analyser, le public médical ne prêtait, il faut le dire, qu’une attention assez distraite à toutes ces nouveautés ; il lui manquait encore la monographie qui résume la question, soulage la paresse des esprits et leur fournit de la besogne toute faite. Ce fut l’œuvre du mémoire bien connu de Maingault, qui, reprenant la description qu’il avait esquissée déjà dans sa thèse en 1855, en élargit les contours et surtout leur donna une conclusion plus ferme, puisque, rejetant l’hypothèse de la myosite, il se rallia