‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IVChapitre 142 sur 170 · LORRAIN ET LÉPINE · texte numérisé non relu

LORRAIN ET LÉPINE

et à Rindfleisch, toutefois avec des réserves que l’avenir devait justifier. Au point de vue symptomatique, tout en se déclarant nettement unicistes, Lorrain et Lépine n’hésitent pas à reconnaitre que l’aspect du mal est très polymorphe et que les cas sont loin de se ressembler.

« Si l’on se place au point de vue de la symptomatologie il n’y a pas un diphtérique, il y a un malade atteint d’angine, un malade atteint de croup avec menaces d’asphyxie, un malade affecté d’une diphtérie plus ou moins généralisée et dont l’action mécanique est moins redoutable que l’action toxique. Quand l’espèce est formée de variétés trop disparates, il -faut se résigner à décrire non l’espèce mais des types variés1. » Ils dépeignent donc, avec Trousseau, une forme simple localisée, une forme infectieuse et une forme toxique d’emblée (hypertoxique).

! Ces auteurs ont assez bien étudié la fièvre diphtérique dont ils marquent l’extrême variabilité et la courbe irrégulière. Ils passent soigneusement en revue l’albuminurie, la paralysie diphtérique. « Quanta cette dernière, elle a quelque chose de spécial dans son mode symptomatique. Èn d’autres termes, existe-t-il une paralysie diphtérique ? Telle est la question prévue qu’il faut actuellement agiter, maisà laquelle, disons-lepar avance, nous ne pouvons avoir la prétention de donner, dans l’état actuel de la science, une solution définitive. En fait il est impossible de nier que des angines franchement inflammatoires ont été suivies de paralysies du voile, identiques avec celles qui dépendent de la diphtérie. Trop d’observateurs ont eu des faits semblables pour que le doute soit admissible. Nous savons bien que l’absénce de la fausse membrane gutturale ne suffit pas

1. Lasègue avait émis la même idée dans son Traité des angines.

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pour faire écarter la nature diphtérique de l’angine1. Sans! doute il y a des cas douteux, mais il y en a aussi de tranchés où l’on peut exclure la diphtérie. Outre les caractères anatomiques, nous avons l’étiologie et les phénomènes concomitants pour nous renseigner. Ilnei reste que des paralysies du voile du palais consécutives à des angines non diphtériques. Ces angines peuvent-elles j amener à leur suite des paralysies généralisées ? cette question est plus délicate. Nous croyons cependant pouvoir la trancher affirmativement. .... A la suite d’autres maladies aiguës, de. la fièvre typhoïde, de lai pleurésie, on a observé, exceptionnellement il est vrai, des paralysies diffuses généralisées se conformant entièrement au type des paralysies diphtériques. »

Ils distinguent la diphtérie vraie non seulement des angines couenneuses vulgaires ou scarlatineuses décrites! par Bretonneau et ses disciples, mais encore de la stomatite ulcéro-membraneuse si bien décrite par Bergeron en 1859, de la gangrène phagédénique asthénique (Caillaud et Bailly , Gazette médicale, 1852), et de la pourriture d’hôpital.

Bamberger est encore imprégné des idées de Virchow et de Wagner2 ; c’est pourquoi il tient toujours pour la distinction établie entre les phlegmasies croupales et diphtéritiques. Mais, à l’exemple de plusieurs de ses ' compatriotes, il fait déjà des concessions importantes aux doctrines de l’école de Tours. Ainsi, il admet,

1. Les épidémiologistes avaient insisté sur cette particularité. Trousseau admet très catégoriquement des pharyngites diphtériques à allure d’angine simple et pouvant transmettre le mal dans sa forme ordinaire.

2. Bamberger fit paraître son article en 1866 ; mais la rédaction de celui-ci était probablement plus ancienne ; de là ses tendances un peu archaïques.

comme Niemeyer, un croup du pharynx identique à celui de l’organe vocal, bien que, le plus souvent, il reste cantonné à la gorge. Il se déposerait dans les parties les plus reculées de l’organe sous la forme de petits dépôts arrondis, de la grosseur d’une lentille, d’une consistance crémeuse ou parfois liquide, d’un blanc grisâtre quand il ne s’y mêle pas de sang, ce qui leur donne uneteinte brunâtre. Parfois, les pseudomembranes peuvent être beaucoup plus étendues. Au-dessous, la muqueuse apparaîtrait rougeâtre, gonflée, excoriée, parfois même, légèrement ulcérée. Les parties voisines des joues sont fréquemment envahies ; on remarquerait, assez fréquemment, une tuméfaction de la parotide et de la glande sousmaxillaire. La dysphagie semblerait proportionnelle à l’intensité des lésions. Bamberger insiste sur le sentiment de brûlure accusé par la plupart des malades. La terminaison habituelle serait la guérison, à moins d’envahissement du larynx, exceptionnel, ainsi qu’il a été dit plus haut. Les fosses nasales, par contre, se montreraient assez souvent atteintes.

Les causes que Bamberger assigne à l’ affection1 (pyohémie, pourriture d’hôpital, fièvre puerpérale, fièvre

1. 11 est certain, quand on examine de près les théories de l’école de Virchow, que la clinique est entrée pour une bonne part dans la conception qu’elles’est faite du croup. Celui-ci correspond en grande partie à l’angine eouenneuse vulgaire de Bretonneau et de ses successeurs, augmentée des lésions pseudomembraneuses qu’on observe dans certaines septicémies, par exemple dans la pourriture d’hôpital et la fièvre puerpérale. D’autre part, il yrentre certainement pas mal de cas de diphtérie vraie, remarquables par leur bénignité, leurs tendances peu envahissantes, le peu de-profondeur des lésions, qui restent presque localisées à la surface au lieu de présenter un caractère franchement interstitiel. Les différences si frappantes qu’offre la diphtérie légère avec la diphtérie habituelle et la diphtérie grave avaient conduit Lasègue, ainsi qu’on l’a vu plus haut, à en faire un type spécial, « l’angine diphtéroîde a, qui serait à la diphtérie ce que la varioloïde est à la variole. »

ANGINE DIPHTÉRIQUE

exanthématique, etc.) prouvent qu’il n’avait pas su faire le départ entre la diphtérie vraie et les septicémies à allures pseudomembraneuses; mais cette erreur était partagée par la plupart de ses contemporains.

Bamberger s'exprime ainsi sur la nature du mal : « Nous devons le considérer comme une sorte dé processus exsudatif croupeux qui a une grande tendance à la nécrobiose septique des parties sous-jacentes, bien que cette terminaison ne soit point fatale, mais seulement fréquente, et qu’elle soit peut-être déterminée par des conditions spéciales encore inconnues. Il en résulte que les uns le considèrent comme une inflammation croupale, les autres comme une phlegmasie gangreneuse. On peut le comparer, en somme, à certaines formes malignes de dysenterie où l’exsudât présente la même tendance au sphacèle. Ge qui distingue la, diphtérie du croup, c’est que les lésions ne sont pas seulement superficielles mais encore instertitielles. L’ensemble symptomatique l’a fait prendre aussi pour un typhus à localisation gutturale ; mais la ressemblance n’est pas plus grande avec le typhus qu’avec toute autre maladie générale fébrile, et on ne peut affirmer s’il existe, dans cette affection comme dans la précédente, un empoisonnement du sang, faute de preuves convaincantes. »

Si la diphtérie est souvent une maladie primitive, comme le prouve évidemment l’histoire de beaucoup de ces épidémies, parfois cependant, elle peut être secondaire. Il semble mettre en doute le caractère contagieux de la diphtérie. « Bretonneau, Trousseau, Guersant, Rilliet et Barthez la tiennent pour transmissible, affirmation qui se répète pour toute affection régnant d’une façon épidémique. » Il croit que les pays

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