‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IVChapitre 159 sur 170 · Terrains dégénérés acquis ou héréditaires · texte numérisé non relu

Terrains dégénérés acquis ou héréditaires

AMYGDALITE CHRONIQUE

Tous n’y sont pas également exposés : ceux dont les amygdales ont naturellement un volume considérable, y sont beaucoup plus sujets que les autres. Je connais, à Paris, une famille dont tous lés individus ont, par première conformation, ces glandes très grosses. Le père, après plusieurs angines tonsillaires, fut attaqué d’un gonflement chronique des amygdales; à mesure que ces glandes acquéraient plus de volume, l’angine se renouvelait plus fréquemment et devenait chaque fois plus intense. Je fis la rescision de ces glandes, et le malade s’est trouvé, en même temps, délivré de la gêne causée par leur gonflement excessif et de la disposition au retour fréquent de l’angine tonsillaire. Un de ses enfants, fillette de 15 à 16 ans, sans avoir été attaqué d’inflammation de la gorge, avait les amygdales si volumineuses que sa -voix en était altérée1. Je fis la rescision de ces glandes et la voix devint douce et naturelle. »

Les complications auriculaires , qu’on voit si souvent survenir chez les adénoïdiens, furent attribuées par Samson et Bégin au développement exagéré de l’amygdale palatine. « Si, chez l’adulte, disent-ils, l’engorgement chronique de ces glandes est, en général, une affection simple qui constitue plutôt une incommodité qu’une véritable maladie, il n’en est pas de même chez les enfants très jeunes. Outre que, chez eux, l’altération de la voix et de la parole est beaucoup plus marquée, le gonflement est parfois si considérable que l’oblitération de la trompe d’Eustache2 et la surdité peuvent en être la

1. Voir plus loin ce que dit Lasègue du volume de ces glandes chez le nouveau-né.

2. IL est certain que plusieurs auteurs avaient constaté, dès cette époque, l’encombrement du cavum. L’adossement en arrière assez fréquent des végétations adénoïdes de dimensions anormales aux amygdales palatines,

suite. » Itard, Ménière, se montrèrent du même avis, et cette notion fut rapidement admise par la majorité des praticiens.

Les déformations thoraciques regardées comme consécutives à l’hypertrophie des amygdales palatines furent d’abord décrites par Dupuytren. Il déclare cette affection très fréquente « Il ne se passe guère de mois que je ne rencontre plusieurs exemples de cette déformation. » Il marque ainsi son importance : « elle porte sur les parois d’une cavité qui renferme deux des appareils d’organes dont les fonctions sont les plus nécessaires à la vie ». Il cite comme ses devanciers Van Swieten, J.-L. Petit, Levacher1. Chez les enfants afîectés de ce vice de conformation, le sternum ferait en avant une saillie en carène, la colonne vertébrale se relèverait en dos d’âne, et les côtes ne seraient pas seulement aplaties, mais encore enfoncées vers l’intérieur, à peu près comme si, étant molles, flexibles et susceptibles de prendre toutes les formes et toutes les courbures, elles avaient été comprimées d’un côté vers l’autre, « ainsi qu’on le fait lorsqu’on veut étouffer des pigeons en passant les doigts sous leurs ailes et en comprimant les côtes du thorax. Cette déformation est portée si loin chez quelques enfants, qu’on peut embrasser les deux côtés de la poitrine avec les doigts de la même main. Les rapports ordinaires des diamètres de cette cavité sont alors tellement changés, que ceux qui s’étendent d’un côté à l’autre perdent un

peut-être l’existence de végétations des parois latérales, avaient donné naissance à l’idée que l’amygdale palatine pouvait remonter très haut en arrière. Robert expliquait au contraire la fermeture de l’orifice de la trompe par le refoulement en haut du voile.

1. il montre du reste que ces auteurs ont mal compris et mal décrit ce qu’ils ont vu. Ils n’auraient pas saisi les causes ; notamment ils se bornent à invoquer le rachitisme.

amygdalite chronique

quart, un tiers, et quelquefois la moitié de leur étendue, tandis que les diamètres verticaux s'accroissent d’autant; il semble, qu’en ôtant à la poitrine et aux poumons leurs dimensions dans un sens, la nature ait voulu compenser ce défaut en agrandissant la poitrine dans un autre sens.

« Il s’en faut cependant qu’il y ait compensation entière tant sous le rapport de la capacité de la poitrine, que sous le rapport de l’action des organes; en effet, soit que la poitrine ne gagne pas, dans certains sens, ce qu’elle perd dans d’autres, ou que quelques organes de la respiration et ceux de la circulation mis dans des conditions de situation et de rapports différents de celles que prescrit la nature, ne puissent plus exercer leurs fonctions comme dans leur état normal, cette déformation produit constamment une oppression très grande, une brièveté habituelle de la respiration et de la voix, un état d’anxiété et d’angoisse inexprimables ; chez le nouveau-né, il y a difficulté très grande dans la succion du mamelon, menace de suffocation, lorsque celui-ci est gardé quelque temps dans la bouche, nécessité de la quitter avec de grands cris, au bout de quelques instants; plus tard, la parole est brève, entrecoupée et comme saccadée. Ces symptômes augmentent toutes les fois que les malades prennent un peu d’exercice, qu’ils montent ou descendent un escalier, qu’ils veulent parler avec action et chaleur, à peu près comme des individus qui seraient affectés de maladies de cœur. Le désordre des mouvements de cet organe, les irrégularités du pouls qui se ralentit et se précipite tour à tour, pourraient faire croire à une maladie du cœur, si l’observation attentive des phénomènes n’apprenait que ces désordres et ces irrégularités sont en rapport avec les mouvements de la respiration seulement et qu’ils sont un des effets de la gêne qu’elle éprouve.

DUPÜYTREN

k Pendant le sommeil, la respiration, gênée par défaut de conformation de la poitrine et par le gonflement des amygdales, se fait toujours la bouche ouverte et avec grand bruit. Ce sommeil lui-même est fréquemment agité par des rêves pénibles qui sont presque toujours relatifs à l’état de la respiration, et il est fréquemment interrompu par des cris et par des réveils en sursaut.

« Les symptômes ci-dessus et notamment la difficulté de la respiration et de la circulation peuvent être portés au point d’empêcher le développement de fonctions vitales et de causer la mort dès les premiers moments de la vie. Lorsque ces difficultés ne causent pas la mott immédiatement, elles peuvent la causer plus tard en empêchant l’allaitement ou même en altérant la nutrition et en empêchant le développement des forces; et alors que ces difficultés ne causent la mort ni primitivement ni consécutivement, elles retiennent les enfants qui en sont affectés dans un état de maigreur, de faiblesse et d’incapacité d’agir, qui les prive de la majeure partie de leurs facultés ». Les relations avec l’hypertrophie tonsillairesont mentionnées dans les lignes suivantes : «Une chose remarquable est que ce vice de conformation est presque constamment accompagné 1 d’un gonflement considérable des amygdales , gonflement dont la liaison avec la dépression de la poitrine tient h une cause qui nous est encore inconnue. On sent tout ce que ce gonflement doit ajouter à la difficulté que les malades éprouvent à respirer par le fait de la dépression latérale des parois de la poitrine. » Comme on le voit, l’auteur n’ose pas établir un lien pathologique trop direct entre les deux affections. Samson et Bégin,

l. Dans ses cours, l’auteur se montrait plus hardi, comme on le verra pins loin.

AMYGDALITE CHRONIQUE

insistant sur les troubles respiratoires graves que peut entraîner une hypertrophie amygdalienne exagérée sur le ronflement pendant le sommeil, que la dyspnée rend pénible et agité, ajoutent : « Mais ce qu’il y a surtout de fort remarquable ehez ces sujets, c’est une coïncidence presque constante entre cette maladie1 et une déformation particulière du thorax, qui s’arrondit, et se voûte en arrière, et se rétrécit en devant, en s’aplatissant sur les côtés. Cette déformation, que Dupuytren attribue à l’effet des contractions énergiques auxquelles les musclesinspirateurs sont obligés de recourir pour vaincre les obstacles qui s'opposent à l’entrée de l’air dans la poitrine, se rencontre si fréquemment en même temps que l’engorgement tonsillaire, que nous avons vu souvent le praticien que nous venons de nommer, annoncer que l’une de ces affections devait exister seulement parce qu’il avait constaté l’existence de l’autre. Il est donc important de remédier de bonne heure à une pareille maladie, en pratiquant à temps l’opération, et il faut employer tous les moyens pour y déterminer les malades en bas âge. » ■

Coulson, de Londres, insista beaucoup, après Dupuytren, sur l’importance de ces malformations thoraciques d’origine amygdalienne et publia un assez grand nombre de faits probants.

La communication de Warren est un peu plus connue. Sur vingt hypertrophies amygdaliennès qu’il examina, quinze se retrouvaient chez des enfants dont onze avaient des déformations thoraciques caractéristiques ; les adultes au contraire en étaient exempts. lien rapporte plusieurs observations caractéristiques, notamment celles d’un enfant de cinq ans, d’une fillette de douze ans. Il nota

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