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Chez les névropathes

amygdalite chronique

malade est à genoux devant lui, engage l’amygdale droite dans l’anneau du premier amygdalotome et y implante la petite fourche. Pendant qu’il tient encore de là main gauche le premier amygdalotome, il engage l’amygdale gauche dans le second amygdalotome et' fait également pencher la petite fourche dans le tissu de la glande; jusque là il ne s’écoule point de sang dans le fond de là gorge et il y a un temps d’arrêt pendant lequel on s’assure du placement exact des deux instruments. »

Dans ses notices sur la chirurgie des enfants parues en 1864, Guersant fait remarquer qu’une hypertrophie même assez notable des tonsilles peut s’observer à tous les âges, «même à un an1.» Leur forme serait loin d’être constante, quelquefois elles se montreraient déformées, divisées en plusieurs lobes, « Dans certains cas, elles paraissent comme enfoncées entre les piliers, malgré leur volume, et alors elles élargissent ces bandes musculaireset semblent comme s’en recouvrir, principalement en avant. Quand elles remontent en haut elles arrivent à oblitérer plus ou moins complètement l’orifice de la trompe d’Eustache. Le tissu est le plus souvent ferme et constant, quelquefois ramolli, et même se déchiré facilement; les vaisseaux de la substance des amygdales sont d’autant plus développés que l’hypertrophie est plus ancienne. « Elles sont parfois adhérentes ; je n’en ai pas trouvé de dégénérées ou de cancéreuses, comme chez l’adulte 2 ; cette maladie est bien plus fréquente chez l’enfant que chez l’adulte. Il s’én présente plus d’une centaine par an au

1. Robert et Lasègue ont fait la même constatation, après Boyer néanmoins.

2. Le cancer avait été signalé par Boyer, puis par Velpeau, mais ces néoplasmes malins n’étaient guère connus. Voir vol. V, tumeur des. amygdales.

GUERSAXT

service de chirurgie de l’hôpital des enfants ; il n’y a pas d’année où nous n’opérions Quatre-vingts à quatrevingt-dix enfants à l’hôpital, et vingt à vingt-cinq dans notre pratique en ville. » L’origine serait parfois si obscure que Fauteur n’invoque, pour beaucoup de cas, que le tempérament strumeux, bien que, dans d’autres cas, l’influence des pharyngites répétées soit évidente. « L’hypertrophie caractérisée par l’augmentation permanente et non passagère des amygdales ne reconnaît souvent pour cause que la constitution lymphatique, quelquefois cependant elle dépend de fréquentes angines ». Les symptômes assignés par Guersant à l’affection sont en grande partie ceux de l’adénoïdisme. «Le plus ordinairement les enfants ont presque constamment la bouche béante; ils ont la parole un peu embarrassée et nasillarde, souvent même un peu de surdité. Dans le sommeil, ils ronflent plus ou moins , ils sont plus ou moins agités, dorment la bouche ouverte, et, par suite, la langue est sèche ; quelques-uns ont la poitrine étroite parce qu’ils dilatent mal leurs poumons. » Quant aux signes physiques, les amygdales seraient d’ordinaire plus saillantes qu’à l’état normal, mais parfois, comme ou l’a dit plus haut, elles peuvent être cachées par les piliers. « C’est ce que nous appelons amygdales enchatonnées. Elles sont en effet tassées dans les fosses amygdaliennes et remontent plus ou moins haut. » Les angines seraient fréquentes et très pénibles chez les sujets qui sont porteurs de ces hypertrophies tonsillaires.» Abandonnées à elles-mêmes, elles diminueraient souvent avec le temps, surtout si l’on combat la constitution lymphatique et quand arrive l’âge de la puberté, vers douze ou quatorze ans chez les jeunes filles, et vers seize ou dix-huit ans chez

AMYGDALITE CHRONIQUE

les garçons. Les abcès indolents, les lésions cryptaires qui tuméfient l'organe sans grandes réactions peuvent parfois, comme on le sait, en imposer pour l’affection. Le fait n’avait pas échappé à Guersant. « On peut si on n’apporte pas d’attention, confondre quelquefois les abcès des amygdales avec l’hypertrophie. » La même erreur, dit-il, peut être causée par une collection rétropharyngienne, qui ferait saillir la paroi postérieure du pharynx, gênant la parole, poussant les amygdales en avant et donnant une voix nasillarde aux malades, v Le. développement plus rapide de cette dernière affection et l’examen attentif permettent de rectifier le diagnostic. » Quant au pronostic de l’hypertrophie des amygdales, il est d’autant plus grave que l’individu affecté est plus jeune. « En effet, plus l’arrière-gorge est étroite et plus les amygdales s’opposent à l’entrée de l’air. » L’hémorragie opératoire serait surtout à redouter chez les individus de dix-huit à vingt ans au plus, parce que chez eux, le mal étant ancien, on rencontre les vaisseaux tonsillaires plus développés que d’habitude. Du reste, sur plus de mille opérations chez de jeunes sujets, il n’a observé que trois fois à peine des écoulements de sang un peu inquiétants. « Au contraire j’ai opéré douze ou quinze adultes et je dois dire qu’au moins quatre ou cinq m’ont donné de l’inquiétude et que je n’ai pu arrêter chez eux l’hémorragie que par le fer rouge à blanc ou le perchlorure de fer ; je pourrai donc dire, d’après une expérience que l’opération est d’autant plus utile que les enfants sont plus jeunes, et d’autant plus grave1 qu’ils

1. Certains auteurs attribuaient à une vascularisation exagérée les phénomènes hypertrophiques ; c’est l’opinion que Blandin exprimé à propos de l’hypertrophie tonsillaire, dans le Dictionnaire en 30 volumes,,

CHAMPOUILLAC

sont plus âgés. » Il insiste sur ce fait que l’on peut aisément éviter la résistance de l’enfant en l’opérant pour ainsi dire par surprise1.

Dans une communication à l’Académie des sciences, lue par J. Cloquet, en 1866, Champouillac s’est efforcé, comme les auteurs précédents, défaire ressortir les nombreux inconvénients pour la santé des enfants, qu’entraîne l'hypertrophie amygdalienne. « Ce serait une cause permanente de tracas, de malaises ou même de souffrances cruelles. J’ajoute qu’elle peut devenir un obstacle à l’essor des constitutions les mieux préparées à une brillante évolution. En effet, lorsque les tonsilles ont acquis un volume considérable, elles poussent devant elles et immobilisent le voile du palais, ainsi que la luette habituellement déformée. Elles bouchent plus! ou moins complètement T orifice postérieur des fosses nasales , et elles se rapprochent quelquefois sur la ligne médiane au point de transformer l’orifice guttural en une simple fissure perpendiculaire. » On se préoccupe, comme on le voit, de plus en plus, à cette époque, de l’oblitération du cavum et des conséquences désastreuses qui en résultent pour la respiration et l’audition. Du reste, l’auteur, dans les lignes qui suivent, ne fait guère que répéter les affirmations de ses devanciers. « Ces changements de rapports anatomiques altèrent le timbre de la voix et apportent une gêne extrême dans les mouvements de déglutition. Pendant le sommeil, la respiration s’accompagne de râles ou d’un ronflement insurmontable. La

1. Il faut se rappeler qu’on n’usait de l’anesthésie générale encore peu répandue que pour les grosses opérations ; d'ailleurs le chloroforme a ici des inconvénients évidents et l’on comprend que l’on ait attendu pour endormir lesenfan’s qu’on possédât un anasthésique plus maniable, tel que le bromure d’éthyle, à supposer que l’anesthésie soit nécessaire.

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bouche est ordinairement sèche et l’haleine fétide. La trompe d’Eustache participe presque toujours à l’irritation chronique qui a envahi les amygdales. Sa membrane muqueuse, devenue turgescente, occasionne souvent une surdité plus ou moins prononcée 1. » Il insiste sur la déformation thoracique, mais sans détails nouveaux.

Laségue a consacré à l’hypertrophie des tonsilles, qu’il appelle amygdalite chronique, un, des passages les plus importants de son Traité des angines. Il s'efforce d’abord de démontrer qu’il est faux de tout localiser dans cette glande. « Il est beaucoup plus rare qu’on ne le croirait, d’après les opinions reçues, que l’angine catarrhale chronique ait pour siège exclusif ou prédominant les amygdales. L’erreur vient de ce qu’on se borne trop souvent à l’examen des amygdales, sans tenir compte de l’état des parties voisines; en limitant l’observation, on limite artificiellement la maladie». Les lésions de l’hypertrophie sont si visibles qu’elles s’imposeraient même à un examen rapide; mais il n’en est par de même des altérations eirconvoisines plus difficiles à observer. « Je crois qu’il suffit, pour réduire à ses véritables proportions l’amygdalite catarrhale chronique, de la mettre en regard des deux catarrhes chroniques, diffus et pharyngien, sur la description desquels j’ai longuement insisté. Donc on ne doit pas, comme les anciens et comme beaucoup de modernes, faire, de l’amygdalite chronique, le synonyme d’angine chronique. »

1. Sous l’influence des idées d’Itard et de Kramer surtout, on regardait l’otite moyenne comme rare ; on incriminait donc la trompe au lieu de la caisse. D’ailleurs, l’oblitération mécanique de celle-ci par les végétations joue, dans beaucoup de cas, un rôle incontestable, que l’on attribuait alors aux amygdales palatines. •

LASÈGUE

Comme Boyer, comme Robert, comme Guersant, comme tous les médecins un peu attentifs et à large clientèle, il avait pu se convaincre que l’affection peut exister sans cause apparente chez de très jeunes sujets. Lasègue en tirera, un peu plus loin, cette conséquence très importante, que l’hypertrophie tonsillaire n’a rien à faire avec la scrofule et que c’est un vice de conformation le plus souvent congénital. « Les amygdales ont des conformations extrêmement variables , et se présentent sous des aspects très différents. Lorsqu’on examine la gorge d’un grand nombre d’enfants, il est facile de constater ces variations congénitales. Elles consistent non seulement dans le volume plus ou moins augmenté de l’organe, mais dans sa coloration et dans sa conformation apparente. Sa surface est presque lisse ou présente des anfractuosités, des saillies, des déchirements, que l’on attribue à tort à des lésions pathologiques, puisqu’on les retrouve même chez des enfants du premier âge qui n ont jamais souffert d' angines. Les amygdales sont, comme la langue lisses, inégales, rugueuses, fendillées 1 2, en dehors de toute cause maladive, et on peut dire qu’il est difficile sinon impossible de définir leur état vraiment normal. » Insistant sur l’étendue des cryptes, beaucoup plus considérable qu’on ne serait tenté de le supposer, il insinue que les lésions de ces cavités « pourraient bien être plus fréquentes et plus importantes qu’on ne l’a pensé jusqu’ici ; mais la difficulté de l’examen fait qu’elles sont encore très mal connues. » Le catarrhe tonsillaire ne serait pas la cause constante,

1. Ces variations d’aspect, fort bien connues des anatomistes et des médecins instruits de l’époque, tiennent à l’hypertrophie de l’amygdale linguale. On en voyait les effets sans en connaître la cause.

2. Orifices cryptaires en forme de fente, béants et à cavité lacunaire profonde. Voir plus haut Chassaignac.

amygdalite chronique

bien plutôt l’effet de l’hypertrophie amygdalienne, au moins chez les enfants. L’amygdalite catarrhale ferait à peu près défaut chez l’adulte. « Les affections tonsillaires sont nombreuses, mais elles appartiennent à d’autres formes, et lorsque l’inflammation catarrhale chronique a lieu, elle n’est pas primitive, mais secondaire ; elle continue et termine une affection mieux définie, qui a perdu, en s’éteignant, ses caractères spécifiques. » Il est évident que, pour l’enfant, les choses ont l’air de se passer comme ledit l’auteur; mais nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer qu’en réalité, il n’en est rien. Chez les très jeunes sujets aussi, l’amygdalite hypertrophique succède aune infection aiguë', mais celle-ci est rarement phlegmoneuse, et si les troubles de la déglutition ne sont pas assez marqués pour entraver la succion, le mal passera inaperçu parce que l’enfant ne peut pas expliquer ce qu’il ressent. Or, à cet âge1 2, la cavité buccopharyngée, comme les fosses nasales, comme les bronches, présente souvent une tendance à la résolution incomplète, à la terminaison en quelque sorte catarrhale des inflammations aiguës. En tout cas, il est certain que Lasègue a eu raison de distinguer aussi nettement l’hypertrophie amygdalienne de l’adulte de celle de l’enfant, séparation qui avait été, du reste, déjà en partie esquissée par Robert et Guersant. Il a été heureusement inspiré en tenant le plus grand compte du moment d’apparition des troubles morbides, et, ici comme autre part., il en tire

1. Celle-ci est très souvent dentaire, comme l’avait vu Robert; mais elle peut provenir par exemple d’un petit fendillement des lèvres, d’une manifestation à forme aphteuse d’un point quelconque de la muqueuse.

2. Principalement chez les nourrissons tarés héréditairement ou p'ar une alimentation mauvaise ou mal dirigée. Ces processus inflammatoires sont très hâtifs et, pour ainsi dire, sans réaction ; de là l’idée qu’ils sont congénitaux. La grosse amygdale peut être congénitale, mais c’est rare.

LASÈGUE

des déductions très intéressantes L cc II importe, pour cette espèce d’angine chronique plus encore que pour toutes les autres, de faire acception des âges. En confondant dans une même description les enfants et les adultes, on n’aboutirait qu’à une énumération sans utilité pratique. » Il est curieux de constater que, bien que Lasègue regarde le développement exagéré des tonsilles plutôt comme une malformation congénitale que comme une affection acquise, entraîné, par son esprit clinique, dédaigneux des hypothèses, il signale, avec le plus grand soin, le caractère paroxystique 2 de la maladie qui, chez l’enfant, procède par accès ou plutôt par recrudesi cences ; car, pour les sujets très disposés, on peut dire, affirme-t-il, qu’elle ne cesse jamais complètement. « Chaque crise est marquée par les mêmes symptômes à des degrés différents, suivant son plus ou moins d’acuité ».

Revenant sur les lésions cryptaires mentionnées plus haut par lui, il se rend bien compte, malgré i l’obscurité de la réaction, que la stagnation des produits phlegmasiques doit avoir beaucoup d’importance pour Révolution. « Il est probable que les produits sécrétés ne sont pas sans influence sur la marche de la maladie. Versés au dehors, ils ne sont pas entraînés, mais accumulés dans les cavités plus ou moins profondes des cryptes, ils y produisent vraisemblablement les effets que déter- ; minent les crachats rassemblés dans les bronches et deviennent une cause accessoire d’irritation. Lorsqu’on extirpe les amygdales dans le cours d’une amygdalite

1. Parce que, chez le nourrisson, les phénomènes inflammatoires se compliquent bien plus que chez l’adulte de troubles nutritifs à longue durée et très accentués, par exemple de caractères hypertrophiques à cause de l’allure des processus biologiques à cette époque de l’existence.

'2. Ceci prouve bien qu’il s’agit d’une phlegmasie.

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chronique, on est frappé de la quantité considérable de mucus que contiennent les cavités qui n’ont pas évacué leur contenu. » Les exacerbations successives n’auraient rien de cyclique, ni durée fixe, ni retour précis. Elles ne reconnaîtraient des causes appréciables que dans quelques cas. On sait, en effet, que la vitalité des microbes envahisseurs est souvent réveillée par des causes fort obscures.

Les lésions de la tonsille seraient une cause d’irritation, et même de phlegmasie continuelle pour les cavités voisines; d’ailleurs, elles agiraient aussi comme obstacle mécanique. « Les amygdales sont, chez les jeunes sujets, un foyer d’où l’inflammation irradie dans les portions ambiantes; de plus elles acquièrent des dimensions exagérées qui troublent mécaniquement les fonctions dévolues à l’arrière-gorge. C’est sur ces deux conditions, en quelque sorte, extrinsèques que doit se fixer l’attention.., l’inflammation, en se propageant aux parties voisines, perd de plus en plus le caractère catarrhal et, au lieu de s’attaquer de préférence aux éléments de sécrétion1, elle devient une phlegmasie simple, envahissant la membrane muqueuse en totalité ». Pour mieux faire comprendre ce qui se passe en pareil cas, il rappelle que le coryza, catarrhe dans le nez, devient phlegmasie simple, avec sécheresse et rougeur, quand il se propage dans la gorge et le larynx2. Ces irradiations de l’amygdalite catarrhale chronique «peuvent s’éteindre avec la poussée qui leur a donné naissance et disparaître avant elle, mais elles ont eu pour caractère d’être douloureuses, de pro-

1. En effet, dans les cavités voisines, il n’y a plus de causes d’atténuation microbienne locale et la virulence se réveille dans les tissus frais et bien portants.

2. Lasègue avait donc entrevu les rapports des rhinites avec la pharyngo-laryngite, signalés un peu plus tard par Michel de Cologne.

LASÈGUE

duire de la sécheresse et de la chaleur. » Les troubles auditifs sont ainsi mentionnés : « Lorsque la phlegmasie remonte le long du pharynx, elle peut gagner les trompes et donner lieu à des douleurs d’oreilles vives, ardentes, en'désaccord avec la passivité relative de l’amygdalite. » Cette douleur auriculaire avertirait le malade lui-même de l’existence d’un accès. « C’est sans doute une des raisons pour lesquelles les médecins, voués spécialement aux maladies de l’oreille, ont attribué, à l’affection tonsillaire1, un rôle quelque peu exagéré dans la production des surdités catarrhales, alors qu’ils insistaient moins sur l’influence plus insidieuse des catarrhes pharyngés. » Mais lorsque la poussée descend, « elle détermine de la raucîté ou de l’extinction de la voix et une laryngite presque franche ».

C’est à cause de ces irradiations, principalement du côté t de l’oreille, qu’il faudrait conseiller résolument l’extirpation ; «car si l’opération est si souvent improductive, c’est qu’on a attendu trop longtemps. » Lasègue en un mot est un interventioniste décidé pour les mêmes raisons qu’on invoque actuellement en faveur des végétations adénoïdes. « Les otologistes diffèrent d’opinion relativement aux effets utiles de l’extirpation des amygdales, mais il faut bien reconnaître qu’ils ne sont habituellement consultés qu’à une époque déjà avancée de la maladie. Ceux qui peuvent, comme Yearsley, se vanter non sans quelque orgueil d’avoir extirpé plus de deux mille amygdales ont nécessairement rencontré un certain nombre de cas favorables. Ceux qui ont opéré plus rarement, ont

1. Lasègue tend à diminuer le rôle de l’obstruction mécanique pour faire jouer un rôle prépondérant à l’inflammation. Voir ce qu’il dit sur le catarrhe aigu du cavum dans le paragraphe Angine simple.

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dû trouver moins de chance de succès ». Aussi Lasègue signale non seulement la fréquence des troubles auriculaires, de l’hypertrophie des tissus adénoïdes (Amygdale palatine, puisque l’amygdale pharyngée était alors inconnue), tout en restreignant leur part en faveur du catarrhe chronique du cavum; mais il attribue les phénomènes observés h un ? propagation inflammatoire et non, comme les auteurs précédents, à une simple obstruction mécanique. Il insiste aussi sur une particularité bien intéressante, l’origine souvent amygdalienne des adénites chroniquesducou. Celles-ci demeureraient longtemps un simple inconvénient esthétique; mais finalement, sous l’influence de nouvelles poussées tonsillaires, elles aboutiraient à la suppuration. « Les médecins qui attachent, avec raison, une souveraine importance aux adénites des angines infectieuses, auraient tort de négliger les engorgements ganglionnaires provoqués par les phlegmasies catarrhales tonsillaires. Ce n’est pas un médiocre chagrin pour une jeune fille de porter au cou une tumeur qui suppure, après avoir déterminé des douleurs modérées mais persistantes, et qui laisse, une fois ouverte, une cicatrice indélébile. La marche des phlegmons ganglionnaires qui se produisent sous l’influence du catarrhe des amygdales est assez uniforme pour qu’on puisse l’exposer sommairement: Hypertrophie d’un ou deux ganglions, indolente pendant les périodes de rémission et laissant aux glandes une certaine mobilité sous la pression du doigt. Pendant les crises d’amygdalites plus aiguës, bien qu’exemptes de fièvre et de symptômes généraux, sensation de tension et de douleurs légères lorsqu’on appuie le doigt ou par la compression de vêtements ; le ganglion se fixe sans augmenter notablement de volume. Si les accès

LASÈGUE

reviennent plus fréquents ou plus intenses, il se forme vraisemblablement de petits foyers de suppuration mal caractérisés et dont l’on soupçonne plutôt qu’on affirme l’existence. À partir de ce moment décisif, la suppuration gagne, les foyers se multiplient. Cette marche s’accomplit avec une extrême lenteur ; il faut des mois et souvent des années pour que le ganglion malade se fonde dans un de ces abcès dont on sait trop bien l’imperturbable chronicité ». L’ouverture simple ne suffirait pas d’habitude, il y faudrait le drainage ou des cautérisations en nombre illimité1. Ainsi Lasègue, non content de mettre en doute l’origine strumeuse de l’hypertrophie amygdalienne enlève encore à la scrofule les écrouelles, sa raison d’être en quelque sorte, la lésion qui lui a donné naissance, pour l’attribuer à de simples poussées inflammatoires partant delà cavité buccopharyngée et d’un type un peu spécial.

Du reste l’amygdalite catarrhale des enfants ne serait pas toute l’hypertrophie tonsillaire2. « Faire de celle-ci une seule espèce, c’est s’engager dans une description confuse, qui rassemble artificiellement des états qu’il importe de séparer par une analyse plus approfondie ». En effet, elle pourrait être congénitale ou acquise et succéder alors à un grand nombre de phlegmasies, persister ou disparaître à la longue. Mais contrairement à ce qu’on a observé dans l’enfance, chez l’adulte la résolution inflammatoire incomplète ne donnerait pas lieu à une hypertrophie

1. A l’époque de Lasègue, on ne connaissait histologiquement que les abcès froids d’origine tuberculeuse. A l’heure actuelle, on a signalé plusieurs microbes qui les produisent et dont l'allure clinique est uu peudïfférente.

2. On sait en effet qu’à l’âge adulte, les hypertrophies tonsillaires sont très souvent syphilitiques ; une autre variété semble relever de la tuberculose, etc.

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notable de l’organe. Quand elle se montre chez les jeunes sujets, faut-il invoquer un tempérament strumeux? Lasègue ne le pense pas pour les raisons exposées plus haut. « L’hypertrophie, si tant est qu’en pareil cas l’ampleur des amygdales mérite ce nom, peut être un état normal. Beaucoup d’enfants apportent en naissant cette disposition 1 qu’on a essayé de rattacher à la constitution. Il est admis que les enfants lymphatiques ou scrofuleux ont de grosses amygdales ; reste à savoir à quels signes se reconnaît, dans les premiers âges, ce tempérament dont tous les enfants présentent plus ou moins les attributs2. Lorsque les proportions de l’organe, si excessives qu’elles soient, restent stationnaires, elles n’ont aucun inconvénient et ne s’expriment par aucun signe. A quel médecin n’est-il pas arrivé de donner des soins assidus à des enfants sans soupçonner l’existence d’une hypertrophie congénitale des amygdales qu’une circonstance fortuite donnait un jour à constater ». En définitive, il n’y aurait à s’inquiéter que de l’hypertrophie tonsillaire progressive ; celle-ci serait toujours liéeau catarrhe tonsillaire chronique. Dans une première variété, la congestion paraîtrait généralisée et les tonsilles d’un rouge livide; leur sécrétion serait augmentée. « On voit alors sourdre

1. Chez les nouveau-nés, il y a des variations de volume, ainsi qu'il résulte d’un assez grand nombre d’examens que nous avons faits peu d’heures après la naissance. Le fait avait été du reste déjà constaté par d’autres. Robert et Guersant ont signalé avant Lasègue ces grosses amygdales des nourrissons, mais ils n’ont pas en vue le nouveau-né ; ils pensent qu’il s’agit d’affections acquises, d’origine dentaire par exemple, suivant Robert.

2. En effet, les tissus du nourrisson et du jeune enfant sont gorgés d’eau; les sécrétions morbides s’y font avec une facilité toute particulière et persistent longtemps (suintement dé la peau, catarrhe). Mais, chez l'enfant en proie à des infections fréquentes et en quelque sorte chroniques, ces dispositions et le développement antimicrobien du système lymphatique sont à leur maximum.

DESNOS

par les cryptes un liquide transparent, et en écartant les cryptes avec un stylet, on constate qu’elles contiennent du mucus en grande proportion ». La deuxième variété se caractériserait par une sécrétion anormale et une teinte opaline de la tonsille, dont la surface semblerait uniforme. On dirait que ces glandes « sont composées d’une agglomération de vésicules demi- transparentes. Au toucher, elles sont molles l, veloutées, dépressibles, tandis que dans l’autre variété elles donnent la sensation d’une résistance presque cartilagineuse. » Lasègtie ne mentionne même pas les déformations thoraciques, probablement parce qu’entraîné à voir surtout dans l’hypertrophie tonsillaire le côté inflammatoire, il ne tenait pas assez compte du côté mécanique. Il faut, du reste, avouer que, sans végétations adénoïdes concomitantes, l’hypertrophie palatine isolée cause rarement l’aplatissement latéral de la poitrine. Comme annexe en quelque sorte au chapitre précédent, Lasègue consacre un court paragraphe aux calculs tonsillaires ; mais il se contente à ce sujet de rappeler les notions courantes ou de faire des emprunts à Wurzer, Wiesner, Raus,etc., qui avaient publié des observations intéressantes ayant trait à ces dépôts calcaires.

L’article de Desnos sur l’hypertrophie des amygdales est en partie la reproduction d’un travail de Lambron, resté inédit, sur cette affection, ses fâcheuses conséquences, son traitement par les eaux sulfureuses, mémoire sur lequel Blache fit un rapport élo^-ieux à l’Académie de médecine. Voici ce que dit l’auteur sur les lésions anatomiques : u D’une part, accroissement de la trame cellulaire interposée aux lacunes et à leurs diverticules, induration habituelle du tissu conjonctif qui crie sous le scalpel,

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