Lasègue avait déjà émis une opinion analogue
AMYGDALITE CHRONIQUE
lite aiguë, indice de l’état catarrhal de la trompe. En pareil cas, tout moyen local ou général, qui aura pour résultat de résoudre l’engorgement tonsillaire, en changeant la vitalité de la gorge, l’emportera sur l’amygdalotomie, pour modifier heureusement la surdité». Après avoir rappelé rapidement le palais en ogive (Robert), la respiration purement buccale, il signale les phénomènes de dyspnée considérable qu’on observe parfois. Chez un enfant d’une dizaine d’années, observé parle même auteur, et chez lequel l’hypertrophie des amygdales et la disposition en ogive de la voûte palatine étaient portées à l’extrême, il arrivait que, pendant le sommeil, la langue se collait quelquefois au voile du palais, ou, se mouvant en arrière, abaissait l’épiglotte, de sorte que la gêne croissante de la respiration finissait par des accès de suffocation. La mère, effrayée de cet état insolite, veillait toute la nuit ; elle avait la patience de tenir constamment la main appuyée sur le menton du petit dormeur, afin que la bouche restât entr’ouverte et l'a langue un peu abaissée. A cette condition, la respiration s’exécutait avec un calme relatif et le repos était possible. L’excision des amygdales put seule mettre fin à ces accidents tout à fait sérieux.
Quand le mal serait ancien et remonterait aux premières années de l’existence, il surviendrait de graves déformations thoraciques. Après avoir cité Dupuytren, Coulson, Mason-Waren, Robert, il ajoute, à propos de ce dernier : « Si dans un bon mémoire sur l’hypertrophie des amygdales, A. Robert n’a pas saisi le mécanisme suivant lequel se produit cette déformation particulière, il en a exactement dessiné les principaux traits. Mais, comme c’est à Lambron que revient le mérite d’en avoir
DESNOS
donné la meilleure description, en même temps qu’il lui assignait des caractères différentiels propres à la faire distinguer des autres altérations de forme du thorax, et qu’il donnait de son mode pathogénique l’explication la plus satisfaisante, c’est à lui que nous en demanderons le tableau. « Les côtes qui forment la partie moyenne de la paroi thoracique sont plus ou moins déprimées ou enfoncées, de sorte que ces arcs osseux présentent une incurvation en sens opposé à leur courbure naturelle, et le maximum de cétte incurvation répond à peu près au milieu de la longueur de cet os. La partie supérieure de la poitrine, le plus ordinairement, ne participe en rien à cette déformation. Elle garde au contraire sa forme normale, et, si elle semble plus bombée, si les côtes paraissent plus saillantes, plus courbées en dehors c’est dans la plupart des cas un simple effet de contraste entre la courbure naturelle des côtes supérieures et la dépression morbide des côtes moyennes. La disposition du sternum est en parfaite concordance avec celle des parois costales. Fortement enfoncé vers la réunion de son tiers inférieur avec son tiers moyen, il conserve à peu près sa forme normale dans le reste de son étendue. Cependant l’incurvation de sa portion inférieure fait paraître, par effet de contraste également, sa partie supérieure beaucoup plus saillante que d’ordinaire. Lorsqu’une déviation de la colonne vertébrale se rencontre avec cette espèce de déformation, elle doit être regardée comme en étant indépendante, et attribuée au rachitisme, au mal de Pott, ou bien encore à des habitudes vicieuses entretenues par la surdité, et sur lesquelles nous reviendrons. Il existe une différence bien tranchée entre l’altération rachitique du thorax, dont le caractère principal est de présenter
AMYGDALITE CHRONIQUE
une saillie des cartilages chondro-sternaux et deux gouttières verticales, c’e-t-à-dire deux enfoncements comprimant presque toute la hauteur de la poitrine, et la déformation thoracique due à l’hypertrophie tonsillaire dont le caractère spécial est d'offrir une dépression transversale portant au niveau de la réunion du tiers inférieur avec le tiers moyen de la poitrine et paraissant avoir été produite comme par un anneau qui, en ces points, aurait enserré le thorax et aurait déprimé en dedans cette partie de la cage osseuse.
« Chez les asthmatiques et les emphysémateux., les côtes et le sternum, loin d’être déprimés ou enfoncés, présentent, au contraire, une élévation exagérée, de sorte que la poitrine, à sa partie supérieure principalement, semble plus ronde, plus saillante, plus redressée que dans l’état normal (Lambron).
«A. Robert1 expliquait la déformation par une diminution de tension, pendant les mouvements d’inspiration, de l’air contenu dans la cavité de la poitrine, par suite de l’obstacle qu’apporte à son entrée le gonflement des tonsilles. Cette diminution de tension aurait pour conséquence un aplatissement, une sorte d’écrasement par le poids de l’atmosphère, de la cage pectorale encore flexible chez les enfants. Mais, comme le fait remarquer Lambron, les muscles in> pirateurs qui s’attachent aux côtes devraient, en se contractant, empêcher celles-ci de se déprimer, et, d’ailleurs, un affaissement dû à la pression atmosphérique s’étendrait a toute la hauteur du thorax, plutôt que de rester limité à la partie moyenne des parois costales et sternales.
1. En définitive, Robert invoquait le vide inspiratoire et Lambron la contraction du diaphragme.
FOLLIN ET DUPLAY
« Nous préférons l’interprétation de cet auteur. Partant de ce principe basé sur des développements physiologiques où nous ne pouvons le suivre, que la respiration, dans les cas d’obstacles situés à la partie supérieure des voies aériennes, ou au-dessus d’elles (larynx, pharynx), s effectue principalement par le diaphragme, il conclut que, chez les enfants atteints d’hypertrophie dont la charpénte osseuse est encore peu résistante, les contractions énergiques et répétées de ce muscle doivent amener une dépression des points de la poitrine qui correspondent à ses insertions. Celles-ci répondent précisément à la dépression transversale qui caractérise la déformation particulière de l’hypertrophie. »
Follin et Duplay1 s’expriment ainsi sur les causes de l’hypertrophie tonsillaire. « C’est essentiellement une maladie de l’enfance. Liée d’ordinaire à une constitution scrofuleuse ou au moins lymphatique , elle succède presque toujours à des amygdalites aiguës, qui se répètent soit pendant l’époque de la première et de la seconde dentitions, soit à un âge plus avancé. Chez les adolescents, on a signalé parfois, un certain parallélisme entre le développement physiologique des organes génitaux et l’aceroissement pathologique des amygdales. Au delà des vingt premières années, l’hypertrophie tonsillaire devient bien moins fréquente. Chez l’adulte, elle reconnaît souvent pour cause le vice syphilitique. Indépendamment des plaques muqueuses qui siègent volontiers sur les amygdales, le parenchyme même de l’organe peut, devenir le siège d’une tuméfaction chronique, au même
1. Nous croyons inutile d’analyser le très court paragraphe que liégeois consacre à l’hypertrophie des amygdales dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, parce qu'il ne renferme aucune idée nouvelle.
ANGINE LACUNAIRE
titre que les ganglions lymphatiques, mais, à l’inverse de l’hypertrophie simple, cette tuméfaction est habituellement unilatérale. » Rappelant les progrès accomplis par l’histologie du côté de la structure de ces glandes, ils montrent que l’hypertrophie porte sur la trame fibreuse, les éléments lymphoïdes, les glandes, la muqueuse elle-même, dont les papilles grossissent et semblent se multiplier. En outre des anciennes cryptes,^ il y aurait des cavités de nouvelle formation. Ces lacunes seraient remplies d’un mucus corrompu et d’odeur infecte, ou bien par du muco-pus caséeux, des calculs plus ou moins volumineux, etc. Ils signalent la sorte d’étranglement que peuvent exercer les piliers, formant une sorte de boutonnière étroite autour de la base de l’organe. Il y aurait, chez certains sujets, une marche régulière , lente et progressive ; chez la plupart, il existerait une série de poussées aiguës. Le volume de ces glandes expliquerait, par ses variétés, le différent état de refoulement du voile. Le nasillement serait assez marqué; la tonalité élevée. Roux, disent-ils, aurait fait perdre à un ténor deux belles notes de haut en lui enlevant les tonsilles. Les déformations palatines et thoraciques sont décrites d’après Robert et Lambron. Quant aux troubles auditifs, ils ne résulteraient pas d’une obstruction mécanique (Itard, Ménière), mais d’une inflammation propagée du cavum. Le goût serait altéré; ce qui s’explique par l’état de sécheresse habituelle de la muqueuse buccale et par la coexistence fréquente d’un coryza chronique. »
D. — ANGINE LACUNAIRE
Bien que ce mot n’existât pas encore, l’affection qu’elle désigne commençait à être assez bien connue. Dans le -
DESNOS
deuxième volume de cet ouvrage, nous avons montré que les notions sur ce sujet étaient dès les époques précédentes même assez étendues. Nous avons rappelé que la forme ulcéreuse et la forme calculeuse avaient été mentionnées d’une façon plus ou moins explicite dans les traités de nosologie et surtout dans les recueils d’observations. Ainsi Lange (p. 146) rapporte tout au long l’histoire d’un chanoine de Ratisbonne atteint de toux amygdalienne, sèche, quinteuse, incoercible, qui guérit subitement après l’expulsion d’un calcul tonsillaire. Dans la première moitié du xixe siècle, les lésions, sinon les symptômes de l’angine lacunaire, ont été signalées, à propos de l’angine aiguë simple, par un grand nombre des auteurs que nous avons analysés1 dans le paragraphe consacré à cette entité morbide.
Les documents à recueillir sont bien plus importants encore, quand on consulte ce qui a été écrit sur ce sujet par les écrivains de l’époque à propos de l’hypertrophie tonsillaire, notamment par Cruveilhier, Louis, Foster, Lebert, etc. Cornil et Ranvier firent des lésions cryptaires (V. lre édition de leur Manuel ) une étude remarquable. Les indications fournies par les cliniciens, tels que Chassaignac (p. 726) et surtout Lasègue, sont des plus intéressantes. Desnos rapporte, dans l’article du Dictionnaire de médecine pratique consacré, aux amygdales, les recherches de Vidal, qui soumit ces glandes hypertrophiées à une investigation microscopique très complète (V. p. 741). Ce qui manquait aux nosologistes de cette période, c’était la notion de ces germes pathogènes dont
1. Boisseau, p. 27 ; RilLiet et Barthez, p. 38 ; Monneret, p. 55 ; Lebert, P- 60 ; Behier et Hardy (i” édition), p. 60 ; Jaccoud (1" édition), p. 79 de ce -volume.
ANGINE LACUNAIRE
la pullulation lente et comme protégée dans les cryptes amygdalienn .‘s donne aux altérations des lacunes tonsillaires, pour ainsi dire, tout leur intérêt. Si B. Fraenkel a su mieux démêler leur vague symptomatologie, au moins en ce qui concerne la forme aiguë, c’est qu’à l’époque où il faisait paraître son célèbre article de l 'Encyclopédie d'Eulenburg, on était mieux familiarisé avec l’infection.
Nous croyons devoir reproduire ici quelques observations de calculs des amygdales, importantes à divers titres.
Dans le Journal de chimie médicale , de 1826, Laugier signale le cas d’un individu qui fut subitement atteint de douleurs très intenses dans la g orge comme dans l’angine aiguë ; pendant qu’il faisait des efforts pour rejeter des crachats accumulés au niveau de l’isthme du gosier, il ressentit une souffrance fort vive au niveau de l’amygdale droite, et rejeta aussitôt une assez grande quantité d’un mucus sanguinolent, au milieu duquel se trouvait un petit calcul qui fit entendre un bruit particulier en frappant le vase et avertit ainsi de sa chute. Son poids était de quatre centigrammes. 11 paraissait formé par la réunion d’un grand nombre de globules arrondis formant une surface mamelonnée. On voyait çà et là quelques cavités. Sa couleur était d’un gris blanchâtre, sa consistance dure, peu friable. L’analyse chimique montra qu’il s’agissait de phosphate de chaux.
Monro rapporte trois observations de calculs tonsillaires, desquelles il résulterait qu’ils paraissent tenir à une disposition héréditaire, se rencontrent principalement chez des personnes qui ont eu de fréquentes inflammations des amygdales et donnent lieu à des suppurations longues qui ne finissent qu’après leur extraction. Une femme âgée de 58 ans (sæur et parente de malades qui