Yalleix revient ainsi à plusieurs reprises sur ce point
VALLEIX
dales), une angine inflammatoire, une angine suppurative, une angine gangreneuse ; quant aux autres variétés, elles n’auraient pas rapport primitivement au pharynx et m’ont pas, par conséquent, à être signalées. Il rejette aussi l’angine œsophagienne, dont Borsieri avait laissé une description. « Sauvage, dit-il, comme à l’ordinaire, a multiplié les divisions. Celles qui se rapportent particulièrement à l’angine pharyngée sont la cynanchetonsillaire avec ses variétés catarrhale, sanguine, la cynanche séreuse, maligne, ulcéreuse, gangreneuse, la cynanche exanthématique, etc. Cullen et Franck seraient tombés dans les mêmes défauts ». Actuellement, dit-il, on admet le plus souvent une angine tonsillaire, une angine pharyngée, une angineicouenneuse, une angine pultacée et une angine gangreneuse h «Après avoir examiné les principales observations des maladies du pharynx, voici la division que je crois pouvoir adopter : 1° pharyngite simple aiguë, dont les variétés sont indiquées et appréciées ; 2° pharyngite simple chronique avec la pharyngite pultacée. et eouenneuse ;3° la pharyngite ulcéreuse avec la pharyngite gangreneuse (diphtérite). » Valleix fait, comme on le voit, un large usage des données de ses prédécesseurs et de ses contemporains, mais ne se- livre pas en général à de la compilation pure et simple, quelle que soit son érudition; çà et là il donne aussi sa note personnelle.
Il aborde ensuitel’étude de l’angine simple aiguë :« Sous •ce titre, je comprends plusieurs espèces de pharyngites admises par les auteurs. J’aurai à décrire en effet, sous le rapport de l’affection, l’angine catarrhale de Sauvage,
4. A l’exemple de Rilliet et Barthez, de Monneret et Delaberge, Yalleix, contrairement à la plupart de ses contemporains, admettait le sphacèle du pharynx d’origine inflammatoire.
ANGINE SIMPLE AIGUE
l’angine inflammatoire ou sanguine de Boerhaave, l’angine franche de quelques auteurs, et l’angine membraneuse 1 de quelques autres, qu’il ne faut pas confondre avec l’angine pseudomembraneuse. Sous le rapport de la forme, nous trouvons l’angine bilieuse, gastrique, et enfin sous le rapport du siège, une division beaucoup plus importante admise aujourd’hui par un grand nombre de médecins français et qui est la suivante : pharyngite superficielle bornée à l’isthme du gosier ou angine gutturale, pharyngite ayant son siège principal dans les tonsilles ou amygdalite, et enfin pharyngite ayant son siège dans les parties les plus reculées du pharynx ou angine pharyngée proprement dite ». Il ne méconnaît pas la diffusion habituelle de la phlegmasie ; mais ceci n’aurait pas toujours lieu, et cela suffit pour lui faire rejeter l’opinion simpliste de Pinel, Rostan, Roche et quelques autres. D’ailleurs le maximum des lésions en tel ou tel point suffit, suivant les cas, à attribuer à l’affection une physionomie particulière, sans compter qu’elle devient ainsi plus ou moins dangereuse, « de telle sorte qu’il n’est pas inutile pour la pratique de connaître ces particularités ». Il ne serait pas nécessaire, pour décrire la phlegmasie totale, d’admettre du reste l’angine composite de Borsieri, c’est-à-dire formée par la réunion concomitante de plusieurs espèces de pharyngite. « Il suffira de dire quelques mots de cette angine généralisée , ce que je ferai dans le cours de cette description ». C’est en définitive sur la topographie que s’appuie Yalleix, ainsique sur l’intensité de la phlegma^ sie. « Quant aux espèces admises au point de vue de la forme et de la nature, je me bornerai, dit-il, à exposér 1. Valleix veut parler de l’angine pultacée.
VALLEIX
dans la suite de cet article, ce qu’elles offrent de particulier ».
L’angine gutturale superficielle n’aurait été bien étudiée, suivant lui, qu’au cours de la première moitié du xixe siècle. Elle serait généralement si bénigne cc qu’on n’en a point recueilli d’observation bien détaillée L II en est de cette affection comme de la bronchite aiguë légère (rhume de poitrine) qui a paru trop simple et trop facile à guérir pour qu’on s’en soit sérieusement occupé » . Contrairement à l’amygdalite, le mal frapperait tous lesâges, bien qu’elle s’attaque surtout aux sujets jeunes et sanguins. Valleix n’a pas constaté que l’affection fût très fréquente chez les nouveau-nés. Il rappelle que, suivant Franck, l’angine catarrhale vraie frapperait surtout les femmes et les hommes débilités, lymphatiques, tandis que l’amygdalite se montrerait chez les individus vigoureux qui ont contracté un refroidissement. Cette distinction lui paraît peu fondée. Bien que la majorité des auteurs aient incriminé le sexe féminin, cette assertion, généralement admise, s’accorderait peuavec les relevés statistiques de Louis, d’après lesquels les hommes seraient plus souvent atteints que lea femmes. Valleix se demande, bien que le mal soit trèsfréquent à certains moments de l’année, si l’angine simple aiguë est véritablement épidémique; il conclutpar le doute, parce qu’il ne voit pas que ces multiples angines puissent s'expliquer par des conditions épidémiques spéciales. Il ne semble pas croire à la contagion admise par quelques auteurs, surtout en Allemagne ; cequi aurait pu lui expliquer certaines épidémies remar-
1. Thessalus lui accordait à peine le nom de maladie et la plupart desmédecins des siècles passés ne lui consacrent qu’une brève mention.
ANGINE SIMPLE AIGUE
quables de pharyngite aiguë, en apparence tout à fait idiopathique, et dont quelques-unes avaient été déjà publiées, notamment celle de la Ciotat, vers les dernières années du xvme siècle.
Quant aux causes occasionnelles de la pharyngite simple aiguë catarrhale ou tonsillaire, ce seraient le refroidissement ou les ingesta.
La symptomatologie, fort bien exposée, est dépeinte suivant les documents de l’époque. Comme les particularités citées n’offrent rien de bien inédit, nous ne croyons pas devoir entrer dans de plus amples détails.
Comme Pinel et Rostan, Euchs rejette les variétés d’angines basées sur la topographie, parce que les phlegmasies gutturales seraient essentiellement diffuses. Quant aux angines catarrhale, érysipélateuse, nSaligne, scarlatineuse, etc., elles feraient manifestement partie de maladies générales, dont elles ne sont que des déterminations locales, de telle sorte qu’il n’y aurait en réalité qu’une pharyngite aiguë et une pharyngite chronique. Dans la première, la fièvre et les symptômes généraux sembleraient postérieurs aux troubles gutturaux. Il insiste sur la douleur auriculaire et les bourdonnements. La racine de la langue serait remarquablement sale et enduite de mucosités. Sa description de la pharyngite chronique repose sur l’hypertrophie amygdalienne ; mais il dit aussi quelques mots de la folliculite pharyngée, que la communication de Chôme! avait commencé à faire connaître.
Rabley Dunglison s’inspire évidemment de Grisolle et de Valleix, ainsi qu’il l’avoue lui-même dans sa description de l’angine simple aiguë. Se basant principalement sur la topographie, il distingue une isthmite ou inflammation du voile, des piliers, de la luette, des parties
RABLEY DUNGLISON
superficielles des tonsilles et de la base de la langue qui n’est autre chose que la forme superficielle ou catarrhale de beaucoup d’auteurs. U enchifrènem&nt habituel montre que les fosses nasales participent à la phlegmasie; l’examen révèle dè la laryngite et des douleurs d’oreilles, accompagnées de bourdonnements, indiquant la participation de la trompe au processus inflammatoire. La suppuration serait rare. Chez beaucoup d’individus on constaterait une tendance évidente a contracter cette affection ; ceci dépendrait soit d’une disposition innée, soit d’une phlegmasie antérieure1, L’auteur ne parle point d’épidémies angineuses. L’amygdalite aurait un caractère inflammatoire prononcé, ainsi que le prouvent l’excès de fibrine dans le sang, suivant Andral et Gavarret, et les caractères de l’urine, suivant Becquerel. La description symptomatique est claire, méthodique, complète, mais sans ^remarques originales. L’auteur mentionne des fusées purulentes dans le cou, quand la collection purulente ne s’ouvre pas dans l’intérieur de la gorge, et il dit quelques mots des abcès rétropharyngiens 2. La pharyngite proprement dite existerait exceptionnellement à l’état isolé. Son histoire se confondrait pratiquement avec celle de l’amygdalite qui l’accompagne presque toujours. On constate aussi souvent la coïncidence d.’üne rhinite et d’une laryngite. En somme, si cet auteur ne dit rien de bien nouveau, il est intéressant à consulter ; carsa lecture prouve que beaucoup des médecins les plus distingués du nou-
1. Cette remarque, énoncée déjà par bien des- auteurs, s’explique par une inflammation crvptaire antérieure, bouchant l’ouverture des lacunes et obligeant le pus à fuser dans les régions péritohsîllaires. Il y a aussi une question de terrain.