GRISOLLE
accusé. Les irradiations douloureuses, dans les oreilles principalement, rendraient la situation du maladé encore plus pénible. Mais ces troubles généraux dépendraient «de l’importance de la phlegmasie. Ils pourraient entièrement faire défaut dans les formes légères du mal. Le volume extrême des amygdales pourrait aboutir à l’asphyxie. ou à une congestion cérébrale. « Une pareille terminaison est d’ailleurs très rare. » L’amygdalite ne serait unilatérale que dans un neuvième des cas. Bien que la phlegmasie, quiasonmaximumhabituelau cinquièmejour, cède assez rapidement, les amygdales ne reprendraient leur volume et leur aspect normal apé après un temps souvent fort long. La suppuration serait en somme exceptionnelle ; la résolution , constituerait la règle dans la grande majorité des cas. Si le pus se forme, les douleurs, considérables! tout! d’abord, ne tardent pas à s’apaiser, un point de l’amygdale devient un peu saillant et fluctuant, et prend bientôt en outre une teinte blanchâtre qui tranche sur les parties voisines. « Et alors la moindre pression suffit pour rompre les parois de l’abcès. La quantité de pus peut être assez considérable pour provoquer quelquefois, par son éruption soudaine, des accidents ; d’autres fois, au contraire, soit que le pus existe en petite quantité, soit qu’il s’écoule par un simple pertuis, l’ouverture de l’abcèspourraitpasser inaperçue, si le goût désagréable que les malades éprouvent et l’odeur fétide qu’ils exhalent ne fixaient l’attention. » Les fusées purulentes cervicales seraient si rares, qu’on n’en trouverait mentionnés que quelques cas dans la littérature médicale, faits peut-être tout aussi exceptionnels que l’amygdalite suivie de gangrène. « Cette terminaison est caractérisée par l’odeur fétide, la lividité et la couleur brunâtre de
ANGINE SIMPLE AIGUE
l’amygdale, qui se détache sous forme de détritus. C’est après ce mode de terminaison, comme après la rupture de volumineux abcès, qu’on observe surtout des ulcérarations profondes de l’amygdale, ulcérations qui ne sont presque jamais primitives, excepté lorsqu’elles dépendent d’une infection vénérienne ».
Le paragraphe consacré aux angines pharyngées est un peu moins intéressant ; cependant Grisolle signale la rougeur, la sécheresse de la paroi postérieure, le besoin d’avaler, la toux gutturale, l’expulsion difficile de mucosités tenaces. A propos de la pharyngite inférieure, dont il dépeint les symptômes d’après les donnéesclassiques, il ajoute que, bien qu’habituellement leslésions restent invisibles « cependant, dans certains cas rares, où l’inflammation se propage à l’épiglotte, on parvient, en déprimant beaucoup la base de la langue 1> à apercevoir cet organe qui est d’un rouge intense et qui ressemble, par sa couleur et par son volume, à une cerise, offrant à son centre une dépression longitudinale (insertion du repli glosso-épiglottique médian2?)
Les abcès rétropharyngiens, qui commençaient à être connus depuis la publication du travail de Mondière, sont décrits en quelques mots. « L’abcès rétropharyngien expose à moins de dangers, lorsqu’au lieu d’occuper la partie médiane, il s’est développé dans une des parois latérales du pharynx ».
Le passage d’ailleurs très court oùMonneret décrit l’angine simple aiguë, n’est guère remarquable que par la façon
1. Gomme on le voit, l’initiateur de l’inspection directe des voies aeriennes laryngo-tracbéo-broncbiques a eu, jusqu’à un certain point, des' précurseurs.
2. Sacbse avait déjà bien étudié, en 1829, l’épiglottite antérieure.
MONNERET
dont il insiste sur les lésions des cryptes amygdaliennes. Il rappelle qu’on a attribué aux tonsilles une influence fâcheuse sur l’intégrité de la voix; mais on aurait oublié, dans ce cas, la laryngite concomitante qui est la véritable cause des troubles observés. Il signale l’odeur très fétide que dégage souvent' la gorge au cours de l’affection. Suivant lui, « les régions sous-maxillaires soit seules ou des deux côtés, sont le siège d’une tuméfaction légère ou considérable, formée par les glandes lymphatiques et le tissu cellulaire ambiant ». Les phénomènes gastriqués ou bilieux seraient déterminés et dominés « par la constitution médicale régnante qui accompagne si souvent les épidémies d’angine tonsillaire ». Quant à la gangrène, « il est plus rare de rencontrer la formation d’une eschare livide, violacée, noirâtre, avec affaissement rapide des parties tuméfiées et une odeur toute spéciale. Une pareille terminaison est due à une maladie générale grave et à forme ataxo-adynamique ». C’était l’opinion de Gubler et de Trousseau. Il s’agit de ces angines septiques hypertoxiques, qui foudroient en quelques jours les organismes les plus résistants. Ces sortes de pharyngites, exceptionnelles du reste, n’ont été bien connues que vers cette époque ; mais il est possible qu’on ait confondu autrefois ces angines à allure si maligne avec une maladie d’apparence typhoïde ; la chose est même extrêmement probable. Le passage à l’état chronique de l’amygdalite, dit-il, ne se ferait qü’après un grand nombre de récidives. D’ailleurs, ce terme d’amygdalite correspondrait en réalité à des états morbides souvent dissemblables, n’ayant que des rapports assez indirects avec la phlegmasie : hypertrophies partièlles ou totales de là tonsille, ulcérations... En outre
ANGINE SIMPLE AIGUE
du tabac et de l’alcool, les dartres et la scrofule seraient à incriminer L
I/amygdalite catarrhale peut se développer à tout âge suivant Barthez2, bien que son maximum se retrouve dans l’enfance. Le sexe féminin y serait plus prédisposé, ainsi que le tempérament lymphatique. Le mal se développerait principalement pendant les constitutions épidémiques catarrhales, « c’est-à-dire alors que régnent les coryzas, les pharyngites, les laryngites, les bronchites, les grippes ». Bien qu’elle puisse débuter d’emblée, le plus souvent elle serait précédée par les symptômes généraux; mais il n’y aurait pas proportionnalité entre ceux-ci et les troubles locaux. Ainsi, la fièvre pourrait être presque nulle ou au contraire très intense. Lé gonflement des amygdales, fréquemment insignifiant, « se fait sans beaucoup de rapidité, ni d’intensité, de sorte qu’il est en général médiocre ». Si la rougeur de la muqueuse est augmentée, « sa teinte n’est pas vive ». Quant à la douleur, elle est a médiocrement vive ; c’est plutôt une gêne et une sensation désagréable qu’une douleur réelle et surtout violente ». Le mucus opalin blanchâtre a est étalé à la surface des parties, malades, et ce voile s’épaissit souvent en fausses mem branes petites, partielles, molles, blanches ou d’un blanc teinté de jaune et peu adhérentes ». Comme dans la plupart des maladies catarrhales, la durée serait variable; elle irait de quatre, à cinq, six, huit jours et plus. D'ordinaire il faut sept à huit jours pour que le mal arrive à sa terminaison. C’est là, je crois, le terme le plus com-
1. Cette influence diathésique sera niée enpartie par Lasègue.
2. Mémoire sur l’amygdalite aiguë dite simple, sur le traitement et la nature de cette phlegmasie ( Gazette médicale de Paris, 1856, p. 447).-' Remarquons que l’auteur a pris comme modèle Borsieri.
BARTHEZ
tnun, autant toutefois qu’il m’est permis de lç juger par le petit nombre de cas où la médecine expectante a été employée. Toutefois, j’ai vu l’amygdalite catarrhale être encore en pleine marche le dixième et le douzième jour ». La tendance envahissante est soigneusement notée. « Un autre caractère commun à la maladie que je décris et à tous les autres catarrhes est la grandé tendance qu’ont toutes ces inflammations soit à se développer simultanément, soit à s’étendre d’une muqueuse à une autre voisine. Lors même que l’amygdale reste la partie la plus malade, on voit souvent coexister, précéder ou suivre une pharyngite diffuse, un coryza, une laryngite».
L?amygdalite inflammatoire se montrerait surtout à l’âge adulte chezdes pléthoriques (Borsiéri) ; « elle esten somme peu fréquente. Depuis bon nombre d’années, j’en ai à peine vu une dizaine d’exemples, soit dans les hôpitaux, soit dans la pratique de la ville ». Il ne nie pas les épidémies signalées par certains auteurs, mais il n’en a pas constaté, « Dans tous ces cas, la maladie a été sporadique et je n’âi pas pu établir une relation entre son existence et les constitutions épidémiques. » Il ne peut pas dire non plus si ce sont les symptômes généraux ou locaux qui se montrent Les premiers. La fièvre serait intense, continue, avec ou sans redoublement, le gonflement plus ou moins rapide, (mais il finit par devenir considérable et quelquefois énorme) la rougeur vive, écarlate1, la douleur très vive. « Il y a un sentiment de plaie et de déchirement » ; les mâchoires s’écar-^
1. Cette rougeur a été comparée par-plusieurs auteurs à celle de l’érysipèle; s’appuyant sur la nature envahissante du mal, ils ont admis un lieu de parenté entre les deux affections.
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teraient peu et avec difficulté. « Dans cette maladie la phlegmasie a une faible tendance à gagner les parties voisines ; souvent elle se concentre exclusivement dans les amygdales». Mais souvent aussi les piliers et le palais participeraient à l’inflammation. La résolution constituerait la terminaison la plus habituelle ; « d’autres fois l’une ou l’autre amygdale suppure et il se forme un abcès, qui s’ouvre seul dans un effort ou qui nécessite l’emploi de la lancette. D’autres fois, la phlegmasie est assez violente pour qu’il se forme une gangrène, comprenant une portion de la glande et dont l’élimination est nécessaire. Borsieri décrit comme naturelle et spontanée cette terminaison que j’ai seulement observée après l’emploi d’un traitement intempestif ». La durée est plus longue que dans l’angine catarrhale ; l’amélioration ne commence à se prononcer que du cinquième au dixième jour. En somme, les deux affections constitueraient deux affections très distinctes. « Les différences sont nombreuses et tranchées elles portent sur les causes des symptômes généraux et' locaux, sur la marche et sur la durée, sur le mode de terminaison... L’amygdalite catarrhale non seulement peut être épidémique, mais elle est aussi contagieuse. L’amygdalite inflammatoire qui n’est pas épidémique n’est pas non plus contagieuse. » L’une frappe l’enfance, l’autre la jeunesse et l’âge mûr ; l’une les débiles, l’autre les pléthoriques ; mais on ne pourrait attribuer à ces circonstances la symptomatologie et l’évolution de l’angine catarrhale ; car on la voit se reproduire avec ses caractères habituels chez les hommes les plus vigoureux. D’autre part, comme ces deux affections ont une allure et une marche tout autres, on ne devrait point prétendre que l’angine inflammatoire est un degré