BARTHEZ ET LEBERT
plus intense seulement de la forme catarrhale. Si la première est plus profonde que la seconde, il est impossible d’y voir la cause des différences signalées plus haut entre les deux affections ; car, dans les deux cas, la glande peut être manifestement lésée, cependant la réaction symptomatique reste profondément dissemblable. Il est probable, dit-il, que si l’anatomie pathologique était plus avancée, elle démontrerait que, dans le catarrhe, le processus phlegmasique n’est pas le même que dans l’amygdalite inflammatoire.
Lebert, beaucoup plus accessible que la majorité de ses compatriotes 1 aux idées françaises par suite de son long séjour à Paris, comprend les maladies du pharynx comme Grisolle, Trousseau. Il signale les paralysies du voile au cours des angines simples, mentionnées par ce dernier auteur, et croit qu’il s’agit d’une névrite périphérique déterminée par une inflammation locale. Il insiste sur la toux sèche de l’angine pharyngée, la profondeur des lésions dans cette variété de pharyngite et le caractère spécial de la dysphagie, qui est plutôt une gêne douloureuse. Dans l’amygdalite, il distingue les cas succédant à un processus catarrhal, de ceux qui éclatent d’emblée. Il admet, comme la plupart de ses prédécesseurs, une variété légère, superficielle, et une variété profonde interstitielle, à symptomatologie beaucoup plus accentuée, aboutissant le plus souvent à la suppuration. La phlegmâsie dans les affections gutturales inflammatoires gagnerait de proche en proche, absolument comme
1. Les idées françaises ne pénétrèrent qu’assez tard en Allemagne et ne' commencèrent à se faire jour que dans le Ziemmsens Handbuch von speciel Pathologie.
ANGINE SIMPLE AIGUE
lé ferait l'érysipèle, avec lequel beaucoup d'angines aiguës tant soit peu intenses présenteraient une grande similitude. Il attribue les douleurs d’oreille, les bourdonnements, la surdité temporaire plus ou moins accusée, à une propagation du mal à la trompe. Lui aussi signale le retour souvent fort lent des amygdales à leur état normal, malgré, la disparition apparente de tous les symptômes subjectifs. Il décrit brièvement, d’après Velpeau, la suppuration pèriamy gdalienne , qu’il déclare exceptionnelle et se montre optimiste sur les collections phlegmoneuses tonsillaires, comme la plupart de ses contemporains. Il croit que la syphilis 1 favorise les récidives et prédispose aux ulcérations de ces glandes. Parfois les cryptes s’enflammeraient isolément et les lésions se cantonneraient souvent à une seule amygdale ou même à une portion de celle-ci. Ce processus aboutirait à la suppuration et à l’ulcération 2. Il déclare ces altérations assez fréquentes d’après son expérience personnelle; parfois les exsudatscryptaires prendraient une consistance pierreuse2 et une blancheur analogue à celle de la craie. Il affirme que l’amygdalite peut se rencontrer très fréquemment à certains moments de l’année, mais qu’elle ne serait pas pour cela épidémique.
La symptomatologie de l’angine gutturale est très développée dans le Manuel de Tardieu, et mérite, beaucoup mieux que l’étiologie, de fixer l’attention. La maladie « s’annonce souvent, dit-il, par un mouvement fébrile continu qui précède tout symptôme local ». Comme on
1. Gomme on le sait, on a longtemps attribué àla syphilis une influence indirecte sur nombre de processus morbides, principalement en Allemagne, où les anciennes traditions médicales s’étalent mieux conservées qu’en France.
2. Angine lacunaire ulcéreuse actuelle et angine lacunaire caleuleuse.