TARDIEU
le voit, il admet, au moins dans un grand nombre de cas, l’existence de prodromes. Les phénomènes gutturaux s’annonceraient par une sensation de sécheresse et de démangeaison dans l’arrière-gorge, un peu de dysphagie, le besoin incessant de cracher, une légère altération de la voix. Si alors on inspecte la gorge, on constate, .affirme-t-il, une rougeur luisante, tantôt diffuse, tantôt cantonnée en certains points différents suivant les süjets considérés; ce seraient les piliers, le voile du palais, les amygdales ou même le fond du pharynx. On verrait parfois un mucus épais et jaunâtre recouvrant déjà les parties enflammées (catarrhe nasopharyngien se propageant au. reste du pharyfix et le recouvrant de ses mucosités ?) La céphalalgie serait souvent intense et très pénible'. On constaterait un mouvement fébrile souvent assez fort, mais de courte durée. Dans l’angine catarrhale simple, à l’ enchifrènement succède la pharyngite. L’affection disparaîtrait facilement et rapidement, mais récidiverait pour le moindre motif chez les individus prédisposés, laissant un état subaigu très tenace qui aboutit à la chronicité. L’angine phlegmoneuse s’accuserait en général de bonne heure. Dès le second jour, à la dysphagie de l’angine catarrhale s’ajouterait une tension presque insupportable, alors même que les amygdales ne sembleraient nullement tuméfiées. Bientôt apparaîtrait un gonflement inflammatoire du tissu cellulaire sous-muqueux du voile et des piliers avec rougeur livide de la membrane muqueuse1. Plus rarement la tuméfaction s’accuse
1. Il en est ainsi quand le pas d’une crypte envahit le tissu cellulaire péri-amygdalien etque celui-ci se prend de proche en proche. Comme on le voit, le caractère profond et sous-muqueux du mal est nettement indiqué par- Tardieu. Notons aussi qu’il a entrevu le siège de l’orifice des abcès péritonsillaires.
en arrière, au-dessus ou même au-dessous des tonsilles. Il serait bien difficile, dans ces circonstances, de s’opposer à la suppuration. A propos des abcès rétropharyngiens,.il signale le siège parfois très inférieur de ces collections purulentes, qui comprimentalors l’œsophage etrefoulentla trachée en avant, sans qu’il soit bien facile de soupçonner l’existence de ces abcès, à cause de leur situation qui les rend invisibles. L’angine phlegmoneuse s’accompagnerait toujours de symptômes généraux intenses. La fièvre, dit-il, est très forte ; les frissons répétés s’accusent surtout au moment de la formation du pus. Les irradiations douloureuses, principalement celles de l’oreille, sont insupportables et peuvent persister jusqu’à la sortie du pus au dehors. Tardieu incrimine nettement l’influence prédis posante des tempéraments pléthoriques et lymphatiques. Il y aurait souvent aussi une prédisposition héréditaire ou acquise depuis V enfance^ . A côté de ces manifestations franches, il existerait des amygdalites à réaction larvée, où le gonflement inflammatoire des tonsilles parcourrait toutes ses périodes « sans aucun phénomène de réaction ». Chez les sujets lymphatiques ou pléthoriques, la. phlegmasie tonsillaire aurait de la tendance à devenir rapidement péritonsillairev Lacollection purulente rétroamygdalienne soulèverait bientôt la glande et la projetterait en dedans. Le pus des amygdales s’évacuerait au dehors par un ou plusieurs orifices. Le passage à l’état subaigu ou même chronique s’observerait fréquemment. Enfin, Tardieu montre que, chez les enfants, le mal passé à l’état chronique prend un aspect tout spécial à cause des troubles respiratoires qu’entraîne le développement énorme des tonsilles. Il décrit, d’après Dupuytren, la