Roche, Barthez, etc
ANGINE SIMPLE AIGUE
qui double les glandes en dehors. Quelquefois ce sont tous les éléments de l’organe qui suppurent ; c’est alors qu’on peut observer, sur le même sujet, la couche pulpeuse qui revêt les glandes, et une double ouverture de l’abcès, dont une dans le pharynx, l’autre au cou ; ce dernier cas est extrêmement rare. On a aussi parlé du pus provenant d’un abcès de l’amygdale, et qui aurait fusé dans la poitrine en suivant les gaines des gros vaisseaux du cou. Il est probable que, dans de pareils cas, il y avait avec l’amygdalite une lésion grave du tissu cellulaire et des ganglions profonds du cou ». Comme on le voit, Vidal de Cassis différenciait déjà la péritonsillite de l’abcès latéropharyngien.
Voici ce qui surviendrait après l’évacuation de la col^ lection purulente. « Après l’évacuation du pus, les parois de l’abcès reviennent sur elles-mêmes ; par ce retrait, la glande reprend son volume normal, quelquefois même elle reste plus petite et se cache entièrement derrière les piliers. Ceci suppose l’existence d’un seul foyer, avecentière évacuation du pus; mais quand il y a plusieurs foyers, plusieurs petites cavernes, le pus n’est pas toujours complètement évacué. Il n’est pas également élaboré dans toutes ; l’inflammation aussi n’est pas également éteinte partout. Le retrait de la glande est alors incomplet : elle reste même encore assez volumineuse pour déborder de beaucoup les piliers. Ceci doit faire craindre le renouvellement de l’amygdalite. On est quelquefois obligé d’extirper ces organes qui s'enflamment si souvent. Cette opération peut alors présenter des difficultés ; caries glandes, n’ayant pas la solidité de celles qui sont simplement hypertrophiées, se déchirent quand on les saisit avec les pinces ou les erignes ».
TROUSSEAU
Trousseau, qui ne s’occupe que de l’amygdalite parenchymateuse tournant au pus, préférerait pour la tonsillite suppurée le nom d’angine ou esquinancie phlegmoneuse. « Je préfère, dit-il, ces deux dénominations à celle d’amygdalite parce qu’elles ne précisent pas le siège du mal qui ordinairement en effet occupe non pas la glandé elle-même, mais le tissu cellulaire qui l’environne ». Comme on le voit, il admet l’opinion de son condisciple de Tours et ami, l’illustre Velpeau. Pour lui, l’affection suit pour ainsi dire un cycle inflexible ; quoiqu’elle soit bénigne puisqu’elle se termine dans l’immense majorité parla guérison, elle serait fatale dans son évolution qui ne peut être nullement modifiée. Aussi affirme-t-il que l’angine phlegmoneuse « est une de ces maladies qui font la gloire et le désespoir de toutes les médications, leur désespoir parce que la médecine ne prévaut jamais contre elles, en ce sens que nous sommes impuissants pour les enrayer dans leur marche, pour en abréger la durée ; leur gloire parce qu’elles guérissent d’elles-mêmes quoi que. nous fassions, et qu’on est tenté dé rapporter à la médication tout l’honneur de la cure ». Il essayait ainsi de débarrasser l’art de guérir detoute”s ces recettes intempestives et parfois nocives dont nous avons eu autre part si. souvent à nous occuper i. Il insiste, bien entendu, sur les concrétions blanchâtres des amygdales qui pourraient faussement faire croire à la diphtérie, ainsi que l’avaient fait remarquer beaucoup de ses prédécesseurs; elles seraient formées par du mucus ou parfois même par une véritable concrétion fibrineuse.
Il mentionne, d’après les relevés statistiques de Louis, que la durée moyenne serait de neuf jours. Malgré l’inten-
1, Premier et deuxième volumes des Maladies du pharynx.
ANGINE SIMPLE AIGUE
site delà réaction, la guérison serait constante, ce Dans ma vie médicale déjà bien longue, je n’ai jamais vu mourir personne de cette affection ». Cependant, malgré cet optimisme si net, Trousseau reconnaît que dans quelques cas tout à fait exceptionnels, le mal peut tuer par un œdème de la glotte, comme il est facile de le comprendre, étant donné les rapports anatomiques entre la tonsille et l’orifice supérieur du larynx. Il insiste sur la gravité apparente des phénomènes pour montrer combien il importe de connaître la marche naturelle des maladies et de ne pas s’èn laisser imposer par leurs symptômes. « Ce sont là des faits indispensables à connaître ; car ils trouvent leur application immédiate. Si l’on ignore la marche naturelle des maladies, on est tenté d’intervenir, et d’intervenir vigoureusement, alors surtout qu’on se voit en présence d'une affection qui s’annonce avec un appareil de symptômes formidables en apparence, comme le fait celle dont nous nous occupons en ce moment. L’angine phlegmoneuse, en effet, est accompagnée de phénomènes bien autrement graves dans leurs allures extérieures que l’angine diphtérique. Celle-ci débute d’une façon insidieuse; le mal fait sans bruit de rapides progrès, et lorsque lés symptômes commencent à alarmer les familles, la mort est souvent imminente. L’autre arrive avec plus de fracas. Dès qu’elle existe, elle se traduit au dehors par des accidents violents ; mais si tout de suite elle vous étrangle, elle ne va jamais jusqu’à vous étouffer. Les angines couenneuses les plus terribles, celles qui tuent par intoxication générale, sans que l’inflammation pelliculaire se soit propagée au larynx, ees angines malignes, vous le savez, font en général peu souffrir ceux qu’elles vont emporter; elles sont bien moins douloureuses que
TROUSSEAU
les angines phlegmoneuses qui, sous des apparences effrayantes, ne font courir aucun danger. Cependant celles-ci occasionnent d’insupportables douleurs qui augmentent dans les mouvements de déglutition, mouvements sollicités encore, soit par le besoin d’avaler la salive qui est secrétée en plus grande abondance, soit par le chatouillement que produit sur la base de la langue la luette développée par le fait de l’ infiltration œdémateuse dont elle est le siège. Ces douleurs s'étendent jusque dans l’oreille, l’inflammation se propageant dans la trompe d’Eustache; elles s’étendent aux mâchoires, aux parties latérales du cou. Le malheureux malade, qui avale avec la plus grande difficulté, ne peut tourner la tête, et se trouve souvent aussi dans l’impossibilité d’ouvrir la bouche, de remuer la langue. Sa voix est modifiée dans son timbre, et quelquefois il lui est impossible de parler ; sa respiration est gênée, il lui semble que la suffocation est imminentë.A ces phénomènes qui causent une anxiété notable s’ajoute de l’agitation fébrile ; la peau est chaude, le pouls est plein et fréquent; la face est rouge, congestionnée, en quelques cas du délire survient.
« Un médecin qui, croyant avoir affaire à une grosse et grave maladie, jugerait nécessaire d’employer pour la combattre des moyens plus ou moins énergiques, resterait convaincu que son intervention était urgente; il ne manquerait pas d’attribuer à sa médication l’honneur d’une guérison qui ne se ferait pas attendre. Qu’il ne se hâte pas trop de se féliciter; car souvent, loin d’avoir été utile comme il se l’imaginait, il a fait une médecine déplorable.
« En effet, neuf à dix jours, quelquefois quatre à cinq
ANGINE SIMPLE AIGUE
auraient suffi pour que la guérison s’opérât. Dès que les accidents produits par l'angine ont disparu, le retour à la santé est immédiat, et il ne reste plus que dés précautions à prendre pour éviter une rechute. Mais le malade a été saigné du bras ; tout au moins on lui a appliqué des sangsues en plus ou moins grand nombre ; ces pertes de sang, alors surtout qu’il s’agit d’un enfant ou d’une perr sonne délicate, ont amené un état d’épuisement dont il lui faudra quelque temps pour se remettre. Cette anémie consécutive sera pire que 1 -affection qu’on a si inutilement cherché à combattre ; elle entraînerais débilité,, la perte d’appétit, la lenteur des digestions, des palpitations de cceur et d’autres ' troubles nerveux, accidents qui se prolongeront durant un mois et plus ».
Desnos (article Angine du Dictionnaire Jaccoud) distingue les angines simples de celles qui sont associées à un élément morbide particulier, telles que les angines catarrhale, bilieuse, gastrique, etc. ; les angines par poisons minéraux ou végétaux, les angines secondaires. Bien qu’il ne rejette pas entièrement les divisions basées sur la topographie1, il ne leur reconnaît qu’une valeur assez limitée. « Les intimes connexions anatomiques et physiologiques qui unissent entre eux ces divers organes ne permettent guère qu’il en. soit autrement. » Rare aux deux extrémités de la vie, également fréquente dans les deux sexes, récidivant avec une facilité déplorable, l’affection aurait son maximum de fréquence au printemps et en automne : « Il s’en faut cependant, dit-il, que les autres saisons soient exemptes de ce triste privilège ». Il admet qu’en dehors de la grippe et de la scarlatine fruste, on peut rencontrer des épidémies d’angine