RICORD ET FORGET
« Venu à Paris, le malade entre à l’hôpital Saint-Louis au mois de février 1835 pour une tumeur sous-maxillaire droite ; il en sort, quelques jours après, considéré comme atteint d’ulcérations syphilitiques à la gorge. Au mois de mai suivant, le malade se présenta dans le service de M. Ricord.
« A l’inspection, le 16 mai, on trouve le malade, le visage pâle, livide; les lèvres un peu tuméfiées offrent une couleur violacée; la tête est portée en avant et en haut; le col tendu; le cartilage thyroïde fait une saillie très prononcée; la région parotidienne droite est le siège d’une tuméfaction très prononcée (tumeur molle) disparaissant par la compression qui semble déplacer un liquide. La parole est presque éteinte, la déglutition difficile et douloureuse ; le passage de l’air dans le larynx est marqué par un sifflement très fort.
« Il y a un peu de rougeur à la gorge, sur le voile du palais; les amygdales sont normales; on ne reconnaît aucune trace d’ulcération. La partie postérieure du pharynx est rougé, tendue, et soulevée par une tumeur arrondie, résistante, élastique, s’avançant presque au niveau des piliers postérieurs du voile. Le doigt porté au fond de la gorge fit constater les battements de la carotide.
« On s’assura que la partie supérieure du larynx était masquée par la saillie d’une partie de la tumeur.
« M. Ricord procéda àl’ouverture de l'abcès. L’écoulement d’un pus blanc, grisâtre, assez épais, très abondant, se fit immédiatement à flots. Le soulagement fut immédiat; aussitôt après l’opération, la saillie du larynx s’affaissa, et les troubles fonctionnels se calmèrent. Les jours suivants le malade rendit beaucoup de pus avec
ABCÈS RÉTROPHARYNG1ENS
quelques efforts de toux. Il se plaignait de respirer avec peine.
« Le 24, la gêne dans la respiration étant plus forte, une sonde en gomme fut introduite dans le foyer purulent, et on constata un décollement de la partie postérieure du pharynx dans l’étendue de trois pouces de haut en bas. C’est en s’accumulant dans ce point le plus déclive, que le pus devenait un agent de compression pour le larynx ; on put dès lors expliquer physiquement la dyspnée et la toux que l’on attribuait à une irritation sympathique. Ou fit des injections qui provoquaient une toux aidant encore la sortie du pus.
« Le 15 juin, le p is est rendu dans les crachats, peu abondant, jaune, épais. La sonde ne pénétre plus que dans l’étendue d’un pouce en bas, et de quelques, lignes sur les côtés. Le malade mange le quart d’aliments.
« En juillet, l’exploration avec un stylet boutonné ne laisse aucun doute sur l’intégrité du corps des vertèbres et de la surface basilaire; il n’y a ni douleur, ni rougeur à la gorge; la déglutition et la respiration s’exécutent facilement. Le malade demande sa sortie. »
Forget ajoute les remarques suivantes. « Je crois devoir rapprocher- de cette observation deux faits identiques dans la nature, mais non dans leurs résultats. »
Le premier de ces cas est celui de Mott que nous avons signalé plus haut. Le second lui fut communiqué par Maunoury, chirurgien de' l’hôpital de Chartres. La femme dont il fut appelé à faire l’autopsie mourut d’asphyxie. Les résultats anatomo-pathologiques se trouvèrent les mêmes que dans l’observation de Mott.
Dans le fait clinique rapporté par Mandre-Dassit (Mono-