M AN D RE- D ASSIT, BOUVIER
graphie des maladies du pharynx. Thèse de Montpellier , 1835), la marche delà collection purulente fut assez lente. Le patient, qui était soldat, se plaignait depuis quelque temps d’un violent mal de gorge. Le pharynx, les amygdales, le voile du palais étaient tuméfiés légèrement et fort rouges; dysphagie très pénible. Amélioration sous l’influence des saignées et des ventouses ; mais bientôt nouvelle aggravation avec dysphagie presque qu’absolue, dyspnée intense, congestion de la face, tuméfaction de l’épiglotte, qu’on se décida à scarifier. Une saillie molle et fluctuante se montra sur la partie antérieure du cou, qu’on incisa. Il en sortit beaucoup de pus et le malade en ressentit un certain soulagement. Néanmoins, quelques jours après, il mourait d’épuisement. A l'autopsie , on constata l’existence d’un abcès rétropharyngien qui avait fusé jusque dans le thorax. Pharynx manifestement enflammé, mais intégrité du larynx.
Parmi les prédécesseurs de Fleming et de Mondières, citons encore Bouvier, qui publia le fait suivant : « La nommée Esterec, âgée de soixante-douze ans, admise à l’hospice de Larochefoucault le 26 février 1837, avait beaucoup maigri depuis un an. Elle sortait de la Salpétrière où elle avait eu la grippe dans le courant de février. Elle entra à l’infirmerie vers le 1er mars, se plaignant d’enrouement et d’un peu de gêne dans la déglutition. Ces symptômes augmentèrent bientôt tellement que, vers la fin de mars, elle ne pouvait presque plus avaler ni solides, ni liquides; elle ne vivait que d’un peu de bouillon et de lait; l’aphonie était complète. L’amaigrissement fit des progrès rapides, et, à la fin d’avril, cette femme était dans un marasme effrayant.
« On supposa qu’il existait une phtysie laryngée, idée
ABCÈS RÉTRO PHARYNGIENS
que semblait justifier l’ensemble des symptômes qu’on avait sous les yeux.
« Je ne vis la malade que le 1er mai. La déglutition était accompagnée d’une douleur qu’elle rapportait à la partie supérieure du larynx. Lesboissons, disait-elle, s’arrêtaient vers ce point et elle les rendait quelques instants après. L’exploration de l’isthme du gosier ne faisait rien apercevoir de particulier dans le pharynx. On sentait profondément au cou, à droite du larynx, quelque chose de saillant, qui semblait comme une poche ou une sorte de jabot. Il y avait de la toux; la voix était éteinte, et la malade ne se faisait entendre qu’avec beaucoup d’efforts en articulant à voix basse. Elle était alors très faible, et elle mourut le lendemain 2 mai.
« Les organesde la poitrine et del’abdomen étaient sains excepté le lobe inférieur du poumon droit qui offrait tous les signes d’une pneumonie au premier degré. Le larynx n’offrait aucune altération, et je pus même lui faire produire des sons assez purs analogues à ceux de la voix ou plutôt du cri. Mais il existait entre le pharynx et la colonne vertébrale une tumeur arrondie, fluctuante, dont l’ouverture donna issue à une quantité assez considérable de pus épais et phlegmoneux.
« Cet abcès, que je mets sous les yeux de l’Académie est évidemment la cause première des accidents qui ont déterminé la mort. Il correspond en hauteur à l’espacé compris entre le sommet des cartilages aryténoïdes et le bord inférieur du cricoïde et comprimait le bas du pharynx contre la face postérieure du larynx. Le doigt introduit dans le pharynx rencontra en cet endroit un resser-: rement qui, sans être très résistant, suffisait pour arrêter les aliments pendant la vie, d’autant mieux que les con-
BOUVIER, PETRUNTI
tractions des muscles de la déglutition étaient gênées par la douleur et peut-être aussi par la suppression de leurs nerfs. C’est sans doute à une compression semblable des nerfs pneumogastriques qu’il faut attribuer l’aphonie.
« Il est facile de tracer la conduite qu’il conviendrait de suivre dans un cas semblable. Une sonde enfoncée jusqu’au-delà de l’obstacle permettrait d’abord d’introduire des aliments dans l’estomac ; ensuite, l’abcès une fois reconnu soit par le doigt porté dans le pharynx, soit par la fluctuation que l’on pourrait sentir sur l’un des côtés du larynx, on devrait sans hésiter l’ouvrir par l’une ou l’autre voie.
« Moreau nous a dit avoir observé trois cas de ce genre ; il perdit le premier malade, dont l’aflfection ne fut reconnue qu’à l’autopsie, et sauva les deux autres en ouvrant l’abcès par le pharynx. Le baron Larrey a pratiqué avec succès la même opération en 1818 sur le jeune B. et il existe beaucoup d’autres exemples semblables qui doivent enhardir à adopter cette pratique. »
En 1839, Petrünti, chirurgien distingué de Naples, opéra une collection purulente pharyngée qu’on range probablement à tort parmi les abcès rétropharyngiens. Le malade très rhumatisant eut une angine assez violente, très douloureuse, avec dysphagie, dyspnée, fièvre, etc., puis il fut pris de frissons répétés comme dans les grandes suppurations et d’œdème de la partie droite du cou. On prit successivement l’affection pour du croup, puis pour de l’œsophagite suppurée. Petrünti vit le patient au quatorzième jour de sa maladie et pensa à l’existence d’un abcès situé entre le pharynx et l’organe vocal. En conséquence il incisa le cou sur le bord externe du muscle
ABCÈS RETROPHARYNGIENS
sterno-mastoïdien, et arriva petit à petit sur l’œsophage en ménageant les vaisseaux et les nerfs si importants de la région. Le pus semblait exister à la partie supérieure de cet organe et à la partie inférieure du pharynx; la collection se prolongeait en avant vers le larynx. Elle fut ouverte avec la pointe d’un couteau en ivoire que l’auteur avait l’habitude d’utiliser dans l’ablation des tumeurs enkystées. 11 s’écoula plus d’une livre de pus. On introduisit une baguette de linge effilée qui servit de drain et fît filtrer, dit-il, le reste de la suppuration au dehors. (Il s’agit de l’emploi de tentes de charpie si fort en usage au xvne et au xvme siècle et contre lesquelles une réaction injustifiable s’était élevée, de telle sorte qu’elles avaient été abandonnées par les chirurgiens français). La guérison fut parfaite après un mois de traitement.
En 1840, Fleming fit paraître dans le Dublin medical journal un article assez bref, mais intéressant sur une affection particulière se manifestant par un abcès entre le pharynx et la colonne vertébrale chez l’enfant et chez l’adulte; la Gazette de Paris en publia, la même année, un court résumé. Sur les quatre cas rapportés, trois ont trait aux enfants cL’une même famille. Dans la première observation, l’aîné de ces enfants, âgé de sept ans, est pris de convulsions, tombe dans un état comateux et meurt en vingt-quatre heures. L’autopsie ne démontra l’existence d’aucune lésion. Dans la deuxième, un enfant d’un an est pris de symptômes analogues et d’une dyspnéeintense ; mais il guérit rapidement sous l’influence des évacuants. Donc rien jusqu’ici ne se rapportait véritablement à la maladie qui figure dans le titre de l’article de Fleming ; niais le troisième cas est plus caractéristique et nous croyons devoir le rapporter.