FLEMING
« En avril 1838, je fus mandé auprès d’un enfant de sept mois. Il offrait les signes d’une gastro-entérite légère compliquée de symptômes cérébraux. Vers l’angle de la mâchoire, à gauche, les ganglions lymphatiqnes étaient tuméfiés et douloureux. Le pharynx, la gorge n’offraient rien de particulier. Il y eut bientôt une grande amélioration, et je cessai de voir l’enfant. A quelques jours de là, on m’appela en toute hâte. Depuis la veille il vomissait fréquemment, la respiration était laborieuse, la tête penchée en arrière et comme fixée sur le col lui-même immobile. Les deux mâchoires, serrées l’une contre l’autre, pouvaient difficilement s’écarter. Au moindre attouchement de ces parties, l’enfant criait; le col était légèrement tuméfié, sans changement de couleur à la peau. J’attribuai les accidents aux gonflements des ganglions et ordonnai un traitement approprié. Au bout de huit jours, les ganglions avaient diminué, mais un bruit de gargouillement comme si l’air traversait une abondante quantité de mucus, s’entendait pendant la respiration; la suffocation était imminente. Les mâchoires écartées avec force, j’introduisis le doigt dans le pharynx, et j’y sentis une tumeur fluctuante. J’appuyai avec force mon doigt dessus et parvins à l’ouvrir.
« Une grande quantité de pus s’écoula, et l’enfant fut immédiatement soulagé; mais l’ouverture faite, l’abcès se referma et tous les accidents reparurent avec intensité. La difficulté que j’éprouvais à faire passer le bistouri entre les mâchoires m’engagea à faire construire un petit trois quarts large de 18 millimètres légèrement recourbé, avec lequel je procédai le lendemain à l’incision de là tumeur.. Ce trois quarts, fait exprès, est tout simplement un stylet, portant une petite lame à son extrémité»
ABCÈS R ÉT R O PHARYNGIEN S
La lame reste cachée dans la canule jusqu’à son arrivée sur la tumeur. Après cette petite opération, l’enfant se rétablit promptement. »
Dans la quatrième observation, fort intéressante, aussi il s’agissait d’une enfant de trois ans et demi, jouissant habituellement d’une bonne santé, qui eut des vomissements suivis de gêne dans la respiration. En trente-six heures, les accidents s’étaient considérablement aggravés et avaient revêtu la forme d’une fièvre inflammatoire violente, paraissant dépendre de lésions du cervèau et de ses membranes. Un traitement énergique leur fut opposé, et, le quatrième jour, l’enfant était en convalescence, si bien que Fleming cessa ses visites.
« Le jour suivant, dit-il, on m’appela denouveau ; l’enfant ne pouvait mouvoir sa tête, tant son cou était raide et comme inflexible, et la tête était fortement penchée en arrière. Les moindres mouvements imprimés à ces parties étaient fort douloureux, le petit malade se plaignait beaucoup du fond de la gorge ; la déglutition était difficile et accompagnée d’efforts spasmodiqnes, de vomissements. Il n’y avait d’ailleurs ni toux ni altération de la voix. En quelques jours, cette dernière se perdit complètement. Les deux mâchoires ne pouvaient s’éloigner sans de grandes douleurs ; j’examinai le cou et la gorge, et je ne pus rien y découvrir.
« Au dixième jour, l’état du jeune malade ne fit qu’empirer. Amaigri, affaibli, il était tourmenté par une soif ardente, et les liquides passaient si difficilement qu’il ne buvait qu’à la dernière extrémité. Presque toujours plongé dans l’assoupissement, il restait couché sur le dos. Je m’aperçus que lorsqu’il se mettait sur son séant pour boire, le trouble delà respiration était de beaucoup aug-