III. — ANGINE HERPÉTIQUE
Généralités . — L’angine herpétique est une entité morbide récente. Son véritable créateur est Gubler. Cependant, quel que soit le mérite de ce dernier, on ne peut oublier que l’illustre médecin de Tours, Bretonneau, avait parlé d’une façon très explicite de l’angine herpétique, lui avait donné le nom d’angine couenneuse commune et l’avait séparée nettement de la diphtérite. Son élève, Trousseau, avait prêté quelque attention à l’herpès du pharynx au point de vue du diagnostic différentiel. D’ailleurs, niTrousseau, ni même Bretonneau n’avaient été des initiateurs au sens rigoureux du mot. Willan et Bateman, les célèbres dermatologistes anglais qui créèrent, on peut le dire, le groupe de lésions cutanées connu sous le nom d’herpès, avaient parfaitement reconnu que la variété labiale ne se cantonnait point constamment au pourtour de l’orifice buccal, qu’il pouvait envahir la bouche et même l’isthme du gosier. Du reste, ces auteurs eux-mêmes avaient eu des devanciers. Si, avant eux, l’idée d'herpès n’est ptfint suffisamment séparée de l’idée de dartre, si la notion confuse des aphtes comprend des cas de muguet, de stomatite vulgaire, il en est aussi où il s’agit certainement d’herpès véritable du pharynx. On s’en rend compte aisément en parcourant les vieux auteurs ; plusieurs de ceux-ci même précisent tellement que tout doute devient impossible.
Lorsque, grâce à Gubler, grâce à Lasègue, qui fit de l’angine herpétique une étude excellente et merveilleuse-
ANGINE HERPÉTIQUE
ment fouillée, grâce à Féron, Bertholle, Hardy et Béhier, l’idée d’angine herpétique sera devenue familière aux praticiens, et que ceux-ci y verront désormais un*des exemples les plus précis et les plus authentiques de ces fausses angines diphtériques dont toute l’importance consiste eu leur différenciation d’avec les phlegmasies pseudomembraneuses vraiment spécifiques, une question d’une haute portée viendra se poser qui intéresse au plus haut point la pathologie générale. S’agit-il d’une simple exacerbation d’un processus d’angine vulgaire, comme le feulent Gerhard et Jaccoud, idée qui peut s’appuyer sur ce fait que des vésicules surviennent assez souvent au cours de simples amygdalites, (l’épithélium se laissant soulever très facilement en certains points par la sérosité inflammatoire transsudée des vaisseaux)? ou bien faut-il supposer l’existence d’une véritable maladie générale, d’une de ces affections consistant en un trouble de tout l’organisme, à marche aiguë et pouvant avoir des déterminations locales, mais d’importance secondaire, en un mot d’un de ces états morbides auxquels les anciens donnaient le nom de fièvre? Parrot penchera nettement vers cette dernière hypothèse; montrant que l’anatomie pathologique est à elle seule impuissante à résoudre ce problème, et s’appuyant sur la clinique et les notions de pathogénie, il établira une nouvelle entité nosologique, englobant les diverses manifestations locales décrites isolément par les auteurs, à laquelle il donnera le nom de fièvre herpétique. De plus, il montrera les analogies frappantes de celle-ci avec la pneumonie, similitudes que l’on s’explique, maintenant que l’on sait que les deux affections sont sous la dépendance habituelle du pneumocoque. Cependant, comme l’idée
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de l’infection n’est pas encore entrée dans le domaine médical et que les réflexes nerveux, par contre, jouissent d’une grande vogue, c’est par le système nerveux mis en action par le froid, que Parrot expliquera les lésions herpétiques comme les lésions pneumoniques. Fernet, allant plus loin encore, et s’appuyant, comme lui, sur le zona (herpès zoster) fera de la pneumonie un herpès du poumon, un zona du nerf pneumo-gastrique.
Si nous en sommes à l’idée d’une fièvre infectieuse comme dans les pyrexies exanthématiques, on ne peut point dire que la question de l’angine herpétique soit résolue. La multiplicité des agents pathogènes, dont on a signalé l’existence à côté du pneumocoque, tendent à faire croire que le microbe actif n’est pas unique. Certains vont jusqu’il dire que la fièvre herpétique n’est qu’un mode particulier de réaction de l’organisme en présence d’une infection, quelle que soit la nature de celle-ci. D’autre part, l’herpès d’origine menstruelle (herpès récidivant) et le zona simple ou double du pharynx se détachent de plus en plus de l’angine herpétique.
Historique avant Bateman — Boerhaave1 et son commentateur Van Swieten parlent souvent des aphtes fébriles symptomatiques.il semble qu’ils ont entrevu les
1. Herpès viendrait d’erpein qui signifié ramper. Des descriptions dermatologiques très confuses, comme on le sait, des auteurs grecs et latins, on peut inférer que l’herpès était pour eux une maladie ulcéreuse à forme subaiguë ou chronique et à marche extensive. La variété zonale a été dépeinte assez exactement par Gelse. Les humoristes regardaient volontiers l’herpès comme une manifestation critique et avaient noté l’apparition dé vésicules au pourtour de l’orifice buccal à la fin de certaines maladies (ex. pneumonie. V. Aetius, Tetrabiblion IV, sermo II, cap. 60 et Paul d’Égine, lib, IV, cap. 20 ainsi que Gelse et Scribonius Largus). Le byzantin Actuarius, en outre de l’idée de ramper, dit que l’herpès éveille celle de brûlure. Les Arabes, les médecins de la Renaissance conservèrent à ce terme sa signification traditionnelle. Voici ce
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faits dont nous avons actuellement à nous occuper; mais leursdescnptionssontpeu précises. Comme ils confondent constamment entre eux le muguet, les aphtes véritables et l’herpès, aucune conclusion précise ne peut être tirée de leurs écrits. Stoll est un peu plus clair et P. Franck parle d’un vice aphteux qui déterminerait une espèce particulière d’angine.
Il n’en fut pas tout à fait de même en Angleterre, où il semble que l’angine herpétique a été entrevue de bonne heuré. C’est ce qui semble résulter d’un passage caractéristique de Morton (ire édition 1694).
cc Quod ad herpetem attinet, venenum, istius morbi auctor,cutim veram simul ac cuticulam sicut in erysipelâte petit, et utramque inflammat, inibique tuberculos semen mili referentes, hinednde conglomérats, et ad exulcerandum aptos, efficit, ardore etpruritu potius quam lancinante et spasmodico dolore molestos; ut non procul apartibus herpete affectis, ante et post eruptionem, dolor erodeus a spasmodicâ fibrarum constrictione orta, fere semper sentiatur, donec veneno morbifico deleto spiritus non amplius lacessantur, et, a spasmodico flatu liberati, ultro quiescant. Hoc facto, dolor, una cum ardore, pruritu cæterisque inflammationis præsentis indiciis, eyanescit. Febris hanc inflammationem concomitans est, præteromnes alias quotquot sunt, mitis et benigna atque ex urina, pulsu, lingua vel temperie ægre admodum percep-
qu’en dit Sennert» Datur autem herpesa serpendoquod nimirum anguinm modo serpere videtur, et quod ünà parte senescente morbus in proxiraâ serpit. » Peu à peu herpès devint absolument, synonyme du mot dartre, bien que l’élément vésiculaire fondamental de la lésion n’eût pas complètement échappé aux Anciens. Dans l’excellent traité de Lorry (1777), on décrit par conséquent un herpès erodens, un herpès phagedenicus, etc. De là, la signification très extensive du terme herpétisme créé par Bazin.