Voir le début de ce chapitre
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du reste que ce terme pourrait bien cacher des affections distinctes présentant uniquement cette caractéristique d’être vésiculeuses. « J’incline à admettre l’existence d’un certain nombre d’affections echtymateuses des amygdales ; mais je suis obligé, tout en le regrettant, de laisser à d’autres le soin de parfaire le diagnostic. » En effet, familiarisé qu’il était avec les lésions pharyngées, il savait que la vésicule se retrouve dans des amygdalites simples, au cours de maladies générales, à la suitedes troubles menstruels et qu’alors sa marche et son allure sont tout autres que dans l’hërpès véritable; mais ces idées ne faisaient que poindre, elles étaient émises avec timidité. D’ailleurs,' comme le fait remarquer l’auteur, une éruption a des caractères bien moins nets sur une muqueuse que sur le tégument externe. Gubler avait déjà insisté , comme nous l’avons vu, sur ce. fait, montrant que toute lésion ëst volontiers exsudative sur le tégument interne. Lasègue reprend cette idée de la façon suivante ; « Sur la membrane muqueuse de la gorge il s’en faut que Dévolution fournisse les mêmes signes distinctifs (que sur la peau). Remplie d’un liquide blanc ou qui paraît avoir cette coloration par le fait de l’opacité de l’épithélium, la vésicule se rompt assez vite, la salive incéssamment déglutie lave les surfaces, qui ne se recouvrent pas de croûtes caractéristiques. Vésicule ou pustule, l’éruption offre peu de différences. »
Il distingue dans l’herpès du pharynx une forme aiguë et une forme subaiguë moins nette que la première, et qui, comme une sorte de caput mortuum, semble renfermer des éléments qui ne rentrent pas dans la fièvre herpétique ou, au contraire, des formes un peu traînassantes de cette dernière. Aussi cette variété n’est point
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restée. Par contre, il a marqué d’un trait précis le mode d’apparition du mal en le comparant à celui des grandes pyrexies infectieuses. « Le mal débute par un appareil fébrile considérable et tout à fait disproportionné avec la lésion à laquelle il doit aboutir. C’est là un fait important au point de vue théorique comme dans les applications pratiques; les affection s. qui sollicitent à un si haut degré la participation de l’économie étaient rangées par les anciens dans la classe des fièvres. Ils admettaient que, fébrile, par essence, c’est-à-dire générale, la maladie se localisait secondairement ». Mais Lasègue, malgré, sa profonde érudition et sa tendance à accepter beaucoup des données de la vieille médecine, était encore trop organicien, trop imprégné des idées, de l’époque, pour se laisser entièrement séduire ; d’ailleurs il voyait des divergences avec les érythèmes fébriles, ce. qui l’empêcha de conclure. Cependant sa peinture, un peu poussée, un peu trop chargéé meme, était bien propre à conduire à l’idée d’une fièvre herpétique. Il admet même des prodromes qu’il décrit ainsi : a Le malade est saisi presque subitement d’un malaise énorme. Le, frisson initial, pour n’avoir pas la solennité de celui de la pneumonie ; n’en est pas moins inquiétant. La sensation de courbature est extrême, la langue se salit vite, la bouche se sèche, le pouls est plein, fréquent, résistant, la face est ardente, les yeux sont injectés. Ces premiers phénomènes se produisent dans un court espace de temps, quelques heures, une demi-journée, une nuit.
« Dès le lendemain, l’état fébrile, persistant sans amélioration, a pris quelques caractères particuliers qui varient suivant les dispositions antérieures du sujet, mais cù on trouve d’utiles points de repère.
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« La céphalalgie est, de tous les symptômes, le plus incommode, et je ne sache, y compris la méningite aiguë, aucune autre maladie où le mal de tête prenne une égale intensité. Les douleurs sont gravatives ; elles occupent de préférence la région frontale, mais s’étendent à tout le crâne. D’autres fois, elles sont surtout occipitales et d’une intolérable violence. La tête est pesante, difficile à mouvoir. Il existe des signes, non seulement de souffrance, mais de congestion encéphalique. La lumière est mal supportée, le bruit redouble la douleur, le mouvement la réveille. Le malade est somnolent, absorbé, mais moins passif qu’il ne semble. Il rêve ;, ses idées se succèdent, involontaires, tumultueuses, confuses, avec un demidélire qui lui laissé assez d'empire sur lui-même pour qu’il n’accepte comme réelles, ni n’exprime les conceptions maladives qui l’obsèdent. Qu’on ne suppose pas que je trace un tableau exagéré ; tous ceux qui ont observé avec sollicitude, ceux surtout qui ont subi cette pénible épreuve reconnaîtront que les symptômes que j’indique comme appartenant aux formes les plus aiguës, sont conformes à la vérité.
« Cette céphalalgie est, suivant qu’on l’interprète, ou une cause d’erreur, ou un élément précieux de diagnostic. L’erreur peut être d’y voir l’indice d’une affection cérébrale commençante, et c’est surtout chez lesjeunes enfants qu’on serait disposé à concevoir des inquiétudes. Mais, si violentes qu’elles soient, les phlegmasies des enveloppes du nerveau n’éclatent guère avec tant de soudaineté et lorsque, par exception, elles sont énormes dès le début, les accidents convulsifs, spasmes, tremblement, nystagmus, raideur des membres, crampes, etc.,- apparaissent en même temps en quelque point. Par contre, il n’existe
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pas de phlegmasie pulmonaire ou autre qui occasionne une aussi vive céphalalgie à sa première période; à ce point qu’on pourrait dire que la violence du mal de tête, sa soudaineté, sa concomitance avec une fièvre intense et sans autres manifestations, autorisent déjà la supposition d’une angine herpétique imminente.
« En posant ce diagnostic prématuré, on a le bénéfice de rassurer le malade et ceux qui l’entourent, de ne pas se résoudre à un traitement précipité parles dérivatifs ou les émissions sanguines, et surtout de diriger son examen dans un sens bien défini ».
Ces symptômes, généraux si intenses et si pénibles tromperaient jusqu'au patient, qui oublierait ses troubles pharyngés relativement très légers. « Dans la multiplicité des malaises qu’il éprouve, fatigué, alourdi, le malade classe les accidents qu’il accuse d’après le plus ou moins d’incommodité qu'ils lui causent. Il se plaint de la fatigue, de la soif, de la somnolence ou de l’insomnie, du dégoût, des nausées, de l’état pâteux de la bouche, de la chaleur de la peau; mais il ne songe pas, amoinsqu’on l’interroge, à mentionner la gêne insignifiante qu’il peut ressentir à la gorge ». Comme on le voit, Lasègue ne mentionne pas les cas, assez fréquents du reste, où phénomènes locaux et phénomènes généraux apparaissent en même temps, et ceux, plus exceptionnels, il est vrai, où les perturbations gutturales semblent apparaître les premières, l’infection parles toxines ne se faisant qu’assez lentement. Les faits dont il parle correspondent aux cas où l’infection pneumococcique s’opère tout d’abord sans grande réaction locale, ou même sans symptômes apparents, et où les déterminations du mal semblent frapper d’abord d’autres points de l’économie avant d’atteindre
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le pharynx, bien que la cavité buccopharyngée ait été la porte d’entrée pour le microbe1. Lasègue, pensant que le mal a d’emblée un siège pharyngé et queVest cette réaction pharyngée, quelque minime qu’elle soit, qui est la cause de tous les accidents, admet que les lésions gutturales sont tout à fait primitives et qu’elles suffisent pour assurer le diagnostic ; ce qui n'est pas exact, ainsi qu’on le sait maintenant, dans tous les cas, mais se vérifie très souvent. « L’hésitation dans les circonstances les moins favorables ne se prolongera pas au delà d’une journée, mais le plus souvent l’incertitude vient surtout de ce qu’on n’a pas apporté à l’inspection de la gorge une suffisante attention. Il ne suffit pas d’introduire rapidement une cuillère dans la bouche, d’abaisser la langue et de jeter un regard furtif sur des parties mal éclairées, il faut d’abord faire gargariser le malade à plusieurs reprises avec de l’eau tiède, le placer dans une situation commode pour lui et pour l’observateur, faire maintenir la tête et répéter l’examen jusqu’à ce qu’o.n soit sûr de n’avoir rien omis. Avec ces précautions, il arrivera rarement qu’on ne découvre pas, dès la première investigation, au moins une vésicule, petite, située parfois sous l’amygdale, en arrière d’un pilier, dans une anfractuosité, mais qui, à elle seule, affirme la maladie. L’herpès guttural est en effet très précoce, il apparaît habituellement presqu’en même temps que les premières manifestations fébriles ».
Voicicomment évolueraitl’éruption pharyngée. «L’herpès, dans les cas d’une franche acuité, est discret ou confluent; il fait explosion en masse op successivement; il a pour siège de prédilection les amygdales et se pro-
1. Voir, pour ces sortes d’infections, notre Pathologie pharyngée.
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page ou non aux parties voisines. Enfin les tissus qu'il afïecte sont eux-mêmes diversement modifiés ». Bien qu’il fasse jouer le plus grand rôle aux manifestations pharyngées dans la pathogénie des troubles observés, cependant il fait à ce sujet une remarque de la plus haute importance. « La confluence de l’éruption gutturale ne mesure pas, comme pour la variole et si souvent pour la scarlatine, l’intensité de la maladie. Trois ou quatre vésicules d’herpès peuvent entraîner une fièvre énorme, et sous ce nom je comprends la somme des symptômes qui composent la pyrexie. Cependant, c’est le plus ordinairement dans les formes adoucies que l’éruption est peu abondante et lente à se développer ». D’ailleurs la division en confluente ou discrète ne convient pas toujours à l’ éruption qui peut, dans la suite, se transformer et passer d’une variété à l’autre. « L’herpès réduit' d’abord à quelques vésicules pendant la première et même la seconde jcfEirnée, peut donner lieu à une poussée subite, qui, de discret, le rende confluent ». Les vésicules peuvent être bilatérales soit primitivement, soit secondairement ou unilatérales. « Il (l’herpès) apparaît tout d’abord sur les deux côtés de la gorge, ou, au contraire, il achève presque son développement sur un côté avant d’apparàître sur l’autre,- ou enfin il n’existe que sur une seule des. deux moitiés » Voici quelles seraient les lésions amygdaliennes quand elles deviennent le siège principal de l’affection. « Lorsque l’herpès occupe exclusivement les amygdales, celles-ci présentent une phlegmasié d’une nature particulière; augmentées de volume, ce qu’il est difficile de reconnaître si on n’est pas renseigné par leurs dimensions antérieures, elles sont bosselées, muriformes. Leur coloration est d’un rouge plus ou moins foncé. »
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Bien qu’on puisse trouver les lésions autre part, par exemple sur les piliers et le voile, où elles s’entourent «d’un liseré cramoisi », il est très rare que les amygdales ne soient pas également intéressées. « Presque toujours le foyer est tonsillaire, et c’est à peine si quelques vésicules semblent s’être égarées sur les parties attenantes. Cette règle est si vraie qu’il y a lieu de douter de la nature herpétique des éruptions qui épargnent les" amygdales et se rassemblent sur le voile du palais et sur les piliers $. Lasègue passe donc sous silence les cas où lés vésicules, positivement cantonnées près de l’orifice buccal, atteignent surtout les joues, la langue et très peu l’isthme. Par contre, il n’est point trop excessif quand il écrit la phrase suivante : « Quant au pharynx, il est encore plus communément présejvé ». Certains contemporains allaient même jusqu’à nier l’envahissement de la paroi postérieure. « En fait, l’herpès ne se disperse pas et n’excède pas les limites du triangle formé par les piliers antérieur et postérieur ». Lasègue note encore un fait qui met en première ligne l’inflammation pharyngée concomitante. « La douleur et la gêne de la déglutition ne sont pas en rapport avec le plus ou moins de confluence de l’éruption, mais avec le degré d’inflammation des parties affectées ». Il en est ainsi en effet dans la majorité des cas, ceux où la pénétration du pneumocoque dans l’organisme s’accompagne d’une réaction pharyngée notable; mais il n’en est pas toujours de même, et l’on possède d’assez nombreuses observations où les troubles gutturaux, assez légers du reste, semblent absolument sous la dépendance de l’éruption et de ses poussées successive. Ce sont des infections pneumocoociques qui se sont accomplies silencieusement dans la gorge et se com-
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portent ensuite presque comme une infection hématique, déterminant çà et là des troubles locaux manifestement subordonnés et dans lesquels le pharynx n’est pas toujours le foyer principal1.
Continuant à admettre lé peu d’importance relative des vésicules, « l’éruption, dit-il, ne doit pas absorber l’attention et faire oublier les autres manifestations locales qui l’accompagnent et qu’on est trop enclin à négliger. Par elle-même, l’éruption vésiculeuse n’a pas d’importance2, tandis que la phlegmasie concomitante de la membrane muqueuse ou des amygdales mérite d’être constatée et combattue. » Quant à la durée, elle est en moyenne « de quatre à six jours au plus '». Sa marche serait la suivante : « L’éruption peut avoir lieu d’une seule poussée ou successivement par des invasions qui se succèdent, séparées par un jour ou deux d’intervalle ». L’aspect des vésicules paraîtrait variable ; il y aurait deux formes distinctes. Dans la première, « pn distingue sur la surface opaque de l’amygdale de petites élevures transparentes, arrondies, plus ou moins agminées, et qui donnent à l’organe une apparence singulière. Ces vésicules, assez semblables à des gouttelettes d’eau sucrée, sont bordées par un cercle opalin. Elles conservent pendant deux ou trois jours leur aspect et leur limpidité et se rompent sans avoir subi d’autre transformation visible, en laissant une ulcération indistincte qui ne dure pas au-delà de vingtquatre à quarante-huit heures. Dans la seconde forme, de beaucoup la plus commune, la vésicule est de prime abord marquée par un point blanc opaque plus ou moins
!.. Les faits se passent comme dans certaines septicémies d'origine amygdalienne, où le siège primitif du mal reste peu apparent.
2. Évidemment, puisque le pneumocoque ouïe streptocoque sont l’élément principal.
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nacré. On s’en ferait une idée fausse en prenant pour type l’herpès de la lèvre. La vésicule n’est pas en effet sphérique, mais déchiquetée sur les bords ou tout au moins à contours irréguliers. Le deuxième ou le troisième jour, elle augmente visiblement de volume sans atteindre les dimensions moyennes de l’herpès vésiculeux cutané». Lasègue suppose que la vésicule siège dans une crypte. Ceci semble indiquer, ainsi que ses affirmations sur la localisation principalement lacunaire etc., qu’il a confondu souvent l’angine herpétique avec l’angine lacunaire aiguë, dont la réaction locale et la réaction générale peuvent être très intenses, comme l’a très bien démontré B. Fraenkel dans son article Angine de Y Encyclopédie d'Enlenburg. « Les vésicules, ditnotre auteur, ne naissent pas partout indifféremment. Elles ne se développent, qu’à l’orifice ou sur les bords des cryptes muqueuses et jamais sur les saillies globuleuses de la glande. C’est en considérant ce siège obligé qu’on est conduit à se demander si ces éruptions sont réellëment des vésicules dues à un simple soulèvement épithélial ou si elles ne sont pas dues à l’inflammation d’un des appareils glanduleux (lacunaire) dont l’amygdale est pourvue. Quoiqu’il en soit, le siège des produits éruptifs rend compte et de leur forme et d’un certain nombre de leurs caractères extérieurs. La vésicule, dès le premier jour, se montre sur la cavité anguleuse, à l’orifice de laquelle elle a pris naissance et acquiert ainsi des contours irréguliers. En passant le doigt à la surface, on ne sent ni dépression, ni élevure, et on ne change rien à l’aspect de l’amygdale. Lè second ou le troisième jour, la vésicule se rompt ou paraît se rompre. Du quatrième au cinquième jour, elle disparaît sans laisser de trace ». Admettant une topogra-
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phie parement lacunaire , Lasègue est amené à cette idée un peu excessive: « Je sais qu’on a admis l’existence d’ulcérations à fond blanchâtre, mais en y regardant avec plus d’attention, je crois qu’on a pris pour une surface ulcéreuse l’ouverture de la crypte que la vésicule occupait. » Les productions couenneuses peuvent, dans certains cas, apparaître et sont dues h des amas de matière caséeuse dont l’époque d’apparition reste indéterminée « parce qu’on examine rarement la gorge dès les premières heures ». Cette couche blanchâtre, considérée comme molle et sans cohésion par la plupart des auteurs, serait cependant beaucoup plus cohérente et plus fermement fixée qu’on ne le suppose. Elle ne se laisse détacher ni par les gargarismes, ni parle doigt qu’on passe sur l’amygdale. Mais on arrive facilement â l’enlever avec une tige de bois entourée d’un peu d’ouate. On constate alors que des vésicules occupent l’orifice des cryptes, ainsi qu’il a été dit plus haut. Contrairement aux affirmations de Gubler, Lasègue n’a jamais vu le derme à nu et saignant après l’enlèvement du dépôt blanchâtre.
11 ne s’explique pas sur la nature de celui-ci. Il ne peut affirmer s’il est dû h l’épithélium altéré, à la fibrine ou à une exsudation de la vésicule qui se serait étalée. La grandeur de la plaque qui disparaît d’ellemême au bout de quelques jours, serait de la grosseur d’une lentille jusqu’à un centimètre, et au delà, de diamètre. « Elle peut déborder les amygdales, tapisser les anfractuosités qui les séparent des piliers antérieur et postérieur, remonter le long du voile du palais, et toucher la luette, mais il est extrêmement rare qu elle prenne une si large extension ».
Lasègue rappelle un fait qui rapproche une fois de plus
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l’herpès guttural des grandes pyrexies. « Le malade entre alors dans un stade de convalescencé souvent plus durable que la maladie, et moins rapide qü’on n’aurait pu le supposer après une si courte fièvre. L’appétit surtout reste languissant. La soif persiste, la bouche est pâteuse et désagréable, les aliments semblent n’avoir pas de saveur. Le convalescent pâle, fatigué, incapable du moindre exercice, garde une sorte d’alanguissement exempt de douleur, et auquel il se laisse aller volontiers. » Parfois les troubles généraux sont encore plus sérieux ; il peut survenir un délire mélancolique, comme chez un malade dont Delpech lui a communiqué Inobservation. Parfois aussi, la fatigue des membres inférieurs est telle, qu’on serait en droit de supposer de la parésie. D’autre part, au cours même de sa marche, l’herpès guttural peut, chez les strumeux, déterminer une adénite ganglionnaire suppurée, et laisse parfois, comme trace de son passage, une hypertrophie durable des amygdales.
Dans la forme subaiguë qu’il esquisse très rapidement, car les symptômes sont les mêmes, sauf le degré, la durée ne serait ni plus courte ni plus longue, l’éruption n’est ni plus discrète, ni plus confluente ; ce qui donnerait peutêtre à supposer que celle-ci n’est qu’ün élément accessoire. Enfin, comme l’herpès labial, mais beaucoup plus rarement que ce dernier, l’herpès guttural pourrait se montrer au cours de maladies générales, par exemple pendant la variole, ainsi qu’il l’a observé chez un de ses malades. « Dans d’autres conditions, il semble que l’herpès guttural n’est que l’expression amoindrie' et pour ainsi dire abâtardie d’angines d’une nature plus grave. C’est ainsi qu’on a souvent noté la fréquence de l’herpès chez l’adulte, dans le cours d’épidémies crou-
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pales ou scarlatineuses. Il est difficile de ne voir là qu’un faitdecoïncidence fortuite. >* On se rappelle que Trousseau avait longuement insisté sur le même point, v L’herpès aurait parfois, dans la gorge, . une telle allure qu’il rappellerait plutôt l’eczéma que l’herpès des lèvres. » Contrairement à celui-ci, l’herpès guttural n’aurait non plus aucun rapport réel avec la pneumonie, assertion contre laquelle protestera toute l’évolution subséquente dé la question, notamment chez Parrot. Fréquente dès l’enfance jusqu’à l’âge mûr, l’affection serait très rare dans la vieillesse. Ce serait une maladie a frigore. Elle se montrerait surtout au printemps. Enfin, le mal pourrait régner d’une façon épidémique tantôt seul, tantôt en rapport avec des maladies plus graves. « C’est surtout dans le Nord que l’herpès épidémique paraît se développer isolément, et, dans certains cas, sa dissémination est si active, que peu d’adultes ou d’adolescents sont préservés ».
Lasègue, tout en acceptant beàucoup des données de Gubler, n’a donc pas toujours suivi son modèle.
Au moment même où Lasègue tendait, par sa description de l’angine herpétique, à faire considérer cette affection comme une maladie générale, Boneaud, de Lyon, communiquait à la Société des sciences médicales de cette ville, une observation très intéressante qui confirmait pleinement cette façon de voir. Chez un malade souffrant depuis quinze jours, « le jour de son entrée, la langue était couverte de plaqués blanchâtres qui s’étaient étendues à la muqueuse buccale. La face interne des joues, les gencives, les lèvres étaient parsemées de ces taches blanchâtres. L’orifice des fosses nasales était presque oblitéré par une croûte sanguinolente, mais on apèrce-
BONEAUD, REUILLET
vait, sur la cloison, au point où la peau se continue avec la muqueuse, quelques grosses vésicules enflammées. » Les conjonctives étaient congestionnées, phlogosées. Les dépôts blanchâtres de la cavité buccale se laissaient détacher par le frottement, à peu près comme dans la diphtérie; on mettait ainsi à découvert le derme rouge et saignant, ce Le malade, déjà un peu dur d’oreille, était devenu tout à fait sourd pendant la période croissante de son affection. » La dysphagie et cette surdité démontraient l’envahissement du pharynx, bien que le rapprochement des mâchoires empêchât son inspection. Guérison prompte, convalescence rapide, sans paralysie d’aucune sorte. Les symptômes étaient différents du reste de ceux dë la diphtérie ; car, en outre de quelques vésicules sur le gland, sans compter celles de la cloison du nez, on trouvait, au-dessous des plaques blanchâtres," une véritable surface ulcérée. La réaction fébrile et les phénomènes généraux furent accentués.
Deux ans après Boneaud, son compatriote Reuillet faisait, à la même Société, une communication semblable. Il s’agissait d’un sujet lymphatique, un peu débile, âge de dix-huit ans, qui fut pris, à plusieurs reprises, de poussées généralisées d’herpès (le 8 août, 1866, le 15 août, etc.). Les membres, la face, la bouche, les organes génitaux furent envahis. « A ce moment, le malade avait de la fièvre, il était brisé. Il ne put continuer son travail et s’en alla dans sa famille. » Le médecin qui fut appelé n’y vit qu’un refroidissement et la maladie semblait être terminée, quand, le 19 mai, nouvelle rechute. Malaise général, courbature et apparition de 'vésicules peu nombreuses, sur les bras, à la figure. Le 26, l’éruption était complètement généralisée, et, le 28, le patient était
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admis h l’Antiquaille. Faiblesse générale, malaise, fièvre ardente. « L’état local est constitué par une éruption qui se montre aux deux membres inférieurs, dans toute leur étendue, mais est plus confluente aux jambes, qui se montre aux mains, aux avant-bras, à l’oreille gauche, à la face, aux lèvres, à la bouche tout entière, jusqu’au fond du pharynx. La langue, elle-même, en est le siège,, aussi bien sur la face supérieure que sur les côtés et sa face inférieure. L’éruption herpétique a également envahi les hourses, la verge, le gland' et le prépuce. Elle est formée de plaques nummulaires d’une remarquable régularité. » Celles-ci simulaient assez bien de larges papules syphilitiques, au niveau desquelles existeraient une foule de petites vésicules, ainsi que Gailleton finitpar le constater. Dans la bouche et le pharynx, l'épiderme, desquamé par larges places, laissait à nu un derme très tuméfié, saignant et suppurant. Dysphagie, mastication fort difficile. Les jours suivants, amélioration. Les lésions buccopharyngées simulaient de plus en plus la plaque muqueuse ; et quelques-unes commençaient même à bourgeonner. Guérison assez rapide. Comme on le voit, les lésions buccales s’éloignèrent ici assez notablement de l’aspect diphtéritique.
Le fait, publié à la même époque par Jules Simon et Gingeot, contrairement à ceux des deux médecins lyonnais, se termina par la mort au milieu de phénomènes très graves. Une jeune fille de quatorze ans fut prise, lors de la suppression brusque du flux menstruel, d’une courbature généralisée, puis, le même jour, de vésicules d’herpès sur les membres supérieurs et inférieurs. Fièvre, affaiblissement notable des forces. Entrée, le 11 mars 1865, à l’hôpital des enfants. L’état général simulait le
SIMON ET GINGEOT
typhus. L’éruption se composait de groupes disséminés de petites vésicules réunies au nombre de six à douze, qui finissaient par se confondre. Presque confluente sur les jambes, en avant, cette éruption se montrait plus discrète sur leurs faces latérale et postérieure. On constatait quelques groupes sur le tronc, la clavicule gauche, le menton ; mais les lèvres se montraient complètement indemnes. « On trouve, en outre, sur la muqueuse du voile du palais, de la voûte palatine et de la face interne des joues, une éruption confluente de petites vésicules transparentes, reposant sur une base rouge tout à fait comparable à celle de la peau. » L’état général, déjà si grave à l’entrée, ne fit qu’empirer, malgré la disparition progressive des vésicules, et la malade succombait, le 22 mars, au dix-neuvième jour de son affection. A l’autopsie, on découvrit dans l’intestin, une éruption confluente de petites saillies, de la grosseur d’un grain de millet, contenant une matière jaunâtre. Nulle -part, trace d’ulcération. Congestion intense de la trachée et des bronches, mais pas de splénisation pulmonaire. Lés autres viscères paraissaient sains. Comme on le voit, le cas n’est pas bien net; les lésions intestinales porteraient même à penser qu’il s’agissait en réalité non de la fièvre herpétique mais d’une dothiénenterie, au début, compliquée d’un herpès symptomatique.
Quoi qu’il en soit, les observations mentionnées plus haut n’intéressèrent guère le public médical, qui s’en tenait encore à la conception de Gubler, quand un travail important apparut, qui devait considérablement modifier les idées régnantes sur la nature de l’affection : celui de Parrot.
Il faut dire que le terrain avait été préparé non
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seulement par Gubler, Trousseau, Lasègue, qui avaient souvent comparé l'herpès guttural aux pyréxies exanthématiques, mais encorepardiversauteurs, qui avaientpublié des observations fort intéressantes d’herpès fébrile généralisé. Parrot reconnaît du reste que bien des détails concernant sa nouvelle entité morbide sont déjà connus ; mais il fait remarquer que leurs liens de parenté n’avaient point attiré l’attention des observateurs. « Ce n'est pas une affection méconnue jusqu’ici ou incomplètement étudiée, dont nous cherchons à démontrer l’existence. Nous voulons simplement mettre une même étiquette sur des états morbides très fréquents - anciennement connus, mais dont la commune origine et la proche parenté paraissent avoir échappé aux auteurs. » Après avoir cité une série d’observations où le mal, précédé par des symptômes généraux intenses, avait eu les- allures d’une pyrexie exanthématique, il admet qu’en effet il s’agit d’une de ces maladies auxquelles les vieux auteurs donnaient le nom de fièvre. « Cela n’avait pas échappé aux anciens ; aussi classaient-ils parmi les fièvres ces maladies dans lesquelles tout l’organisme est atteint, sans qu’une région ou qu’unorganesoientparticulièrement lésés. Pour les dénommer, ils avaient imaginé le terme de synoque, encore usité de nos jours, ou celui de fièvre continente. Ce qui, pour eux, caractérisait essentiellement cette fièvre, c’est qu’elle s’accomplissait sans redoublements, étant pour ainsi dire toujours semblable à ellemême, ayant pour matière le sang, qui tantôt s’échauffait simplement, tantôt devenait en même temps putride ». Il va même un peu au delà de la vérité, en faisant du mal
1. Voir l’opinion identique émise par les Anglais au xvme siècle, au début du présent chapitre.