‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IVChapitre 59 sur 170 · ÉPOQUE ANTÉRIEURE A TROUSSEAU · texte numérisé non relu

ÉPOQUE ANTÉRIEURE A TROUSSEAU

vrai, et simplement au cours d’une observation. Chose surprenante, les médecins de la période gréco-romaine, de la période arabe, du moyen âge, de la Renaissance, passèrent ces faits sous silence ou se contentèrent de vagues redites, de telle sorte qu’on doit descendre à une centaine d’années avant le xix6 siècle, à Musgrave et à Petersen, pour les voir rappelés à nouveau; et encore ces auteurs ont en vue la goutte et non le rhumatisme. Toutefois, il faut se souvenir qu’à leur époque ces deux affections étaient plus ou moins confondues. Une observation de l’un de ces auteurs nous semble surtout appartenir franchement à la seconde de ces deux affections. Ni Boerhaave, niCullen, n’ont parlé de cette sorte d’esquinancie; mais elle est nettement signalée par Sauvages sous le nom d’angine métastatique. « Il faut, dit-il, rappeler le mal vers les parties opposées à celles où il s’est jeté. Dès qu’il apparaît aux pieds et aux genoux, l’esquinancie se dissipe. » Stoll passe pour avoir parlé le premier de l’angine rhumatismale. On voit par ce qui précède qu’il n’en est rien. Nous devons même noter que les allusions qu’il fait à cette dernière sont assez vagues. Voici tout ce qu’il dit sur ce point : « Des rhumatismes furent très multipliés en cette saison (mars 1776). Ils affectaient quelquefois les muscles du thorax, de manière à ressembler à la pleurésie, ou la gorge, comme l’aurait fait une esquinancie. » Il faut se rappeler, à propos de ce terme rhumatisme., que Stoll, fidèle à l’humorisme, entendait par là toute maladie a frigore produite par l’arrêt des hurleurs au niveau de la partie affectéè, et non l’entité morbide que nous nous sommes habitués à nous figurer sous ce nom. En somme, le célèbre clinicien Viennois a eu comme principal mérite de créer l’appellation d’angine

ANGINE RHUMATISMALE

r.heumatique et d’en signaler quelques-uns des symptômes. Heberden, au contraire, fait, sans conteste, allusion à la coïncidence de l’angine et de l’arthrite : « Finito morbo (angina) nonnulli adoriuntur dolores.et tumores rheumatici. » Haygarth dit également que les individus sujets aux angines et ceux de tempérament goutteux sont plus fréquemment atteints que lès autres par le rhumatisme. Le plus explicite de tous, le plus intéressant à consulter, est certainement Joseph Franck. Il mentionne l’angine rheumatique de Stoll, insistant sur la rougeur cramoisie, la dysphagie, les douleurs violentes, les irradiations dans le cou et les épaules, mais sans signaler sous cette rubrique les arthrites qui succèdent à la phlegmasie pha* ryngée. Celles-ci cependant sont décrites à propos de l’angine qu’il dénomme arthritique. Il rappelle les idées émises sur ce sujet par Musgrave et Petersen et mentionne que parfois il peut survenir, au cours des inflammations gutturales arthritiques, des suppurations étendues..

Etant donné l’élan remarquable des sciences médicales dès le début du xixe siècle et la juste réputation dont jouirent longtemps les écrits de Stoll et de Franck, il semblerait que des remarques cliniques d’un tel intérêt n’auraient pas dû manquer de susciter de nombreuses recherchas. Cependant le silence continua à régner sur le sujet pendant plus de trênte ans, peut-être parce que les esprits, influencés par les doctrines étroites et simplistes de Broussais, n’aimaient point à aborder ces sortes de questions touchant aux plus hautes doctrines de la spécificité morbide. On n’eut que trop de tendance à ne voir, dans les faits signalés par Franck, que de simples coïncidences.

C est 1 idée qu émet Bouillaud dans son Traité du rhu-

BOUILLAUD, MONNERET, VALLEIX

matisme. «Quelques malades se plaignent, dit-il, de mal de gorge, de gêne de la déglutition. Ces phénomènes sont accidentels et tiennent à la coïncidence d’une angine dont nous avons en ce moment un exemple sous les yeux chez une femme rhumatisante, couchée au nQ 16 de la salle Sainte-Madeleine.»

Monneret se contente d’admettre que le rhumatisme peut frapper non seulement les articulations et les séreuses viscérales, mais encore les muqueuses. « Suivant les auteurs anciens, dit-il, le rhumatisme peut se transporter sur les membranes muqueuses des voies respiratoires, des fosses nasales, du tube digestif, et j déterminer des congestions et des flux muqueux. Nous croyons à l’existence de ces phlegmasies rhumatismales, nous les avons observées de la manière la plus évidente sur la muqueuse des fosses nasales^, du pharynx et du larynx chez les rhumatisants. »

Yalleix décrit, dans son Guide du médecin praticien, l’angine rheumatique d’après Franck, mais en contestant formellement l’étiologie 1 que lui assigne cet auteur. Il en fait une simple variété symptomatique de l’angine pharyngée, se distinguant de la forme ordinaire « par des douleurs plus intenses le soir, par leurs irradiations au cou et aux épaules, par la disparition de la fièvre initiale, lorsque la lésion pharyngée est établie, par la rougeur intense et semblable à la teinture de garance, qui occupe l’isthme du gosier, et par l’absence de gonflement notable. » O» voit que si Yalleix a eu le mérite d’insister à nouveau sur

1. Il ne faut pas oublier que Valeix était l’élève de Louis le célèbre anatomopathologiste, ennemi des idées peu susceptibles de vérification immédiate.

ANGINE RHUMATISMALE

un grand nombre des particularités du type le plus caractéristique de l’angine rhumatismale, cela, du reste, d’après Stoll et d’après Franck, s’il signale, d’autre part, les douleurs dans les muscles du voisinage, c’est-à-dire du cou et des épaules, il n’a nullement parlé, en ce chapitre de son ouvrage, des déterminations articulaires. Pour voir mentionnées celles-ci, il faut se reporter à ce qu’il a dit de l’angine arthritique, entièrement composé d’après les écrits de ses prédécesseurs. Voici, dit-il, d’aprèsFranck qui a analysé ces auteurs, quels seraient ses caractères :

« Elle survient aux époques où les attaques de goutte ou bien de rhumatisme articulaire ont l’habitude de se montrer. Elle se termine souvent par une vaste suppuration. Après avoir parcouru ses périodes dans une amygdale, elle attaque l’autre. Elle remplace les attaques de goutte au point d’en débarrasser pendant un temps plus ou moins long les sujets, et, suivant Schenck^ il se forme, dans quelques cas, à l’intérieur des tonsilles, des calculs semblables aux concrétions tophacées des articulations.

« Qn voit qu’il serait très important que de nouvelles recherches fussent entreprises sur ce sujet, car rien ne prouve que les auteurs n aient point été induits en erreur par de simples coïncidences. » Ainsi donc, Valleix, comme Bouillaud, ne soupçonne guère ici qu’une rencontre fortuite d’angine et de rhumatisme ou de goutte chez un même sujet. Néanmoins, il croit devoir faire preuve d’impartialité en demandant que cette question soit examinée à nouveau avec toute l’exactitude scientifique nécessaire.'

C est aussi à titre de mention historique et sans rien affirmer sur l’exactitude de ce type morbide, que Chomel et Blache, dans leur célèbre article Angine du Dictionnaire en trente volumes signalent la phlegmasie pharyngée

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