AUTEURS ANCIENS
passage, il affirme que l’érysipèle, en changeant d’aspect peut se transformer en angine ou en péripneumonie.
Cependant, malgré les affirmations répétées d’une foule d’auteurs, qu’on trouvera mentionnées dans les trois premiers volumes de cet ouvrage, l’angine éryT sipélateuse fut passée sous silence dans les trente premières années du xixe siècle L Elle fut comme rayée d’un commun accord, sinon d’une manière explicite, du moins d’une façon tacite et quasi unanime, du cadre de la pathologie. Une révolution si étrange â de quoi surprendre et mérite quelques mots d’explication. La faute en est attribuable en partie à Cullen, dont l’influence, vers la fin du xvme siècle, égalait presque celle exercée autrefois par Boerhaave. Cet auteur admit que l’érythème érysipélateux ne peut siéger que sur les téguments internes
1. Deux choses contribuèrent surtout à amener le discrédit de l’érysipèle interne: la difficulté du diagnostic dans les cas de pharyngite érysipélateuse chaque fois que l’existence antécédente ou postérieure d’un érysipèle de là face ne vient pas éclairer le clinicien, et les tendances anatomopathologiques et strictement localisalrices du début du xixe siècle . s’efforçant de cantonner étroitement dans un tissu, dans un organe, pon seulement les fonctions, mais encore les maladies. Broussais aurait regardé comme absurde l’opinion admettant l'existence d’une même affection sur des membranes aussi différentes en apparence que les muqueuses et la peau. Plus tard, une réaction s’effectua contre ce solidisme intransigeant, mais non sans soulever des contradictions ardentes. Suivant A. Desprès,« toutes les altérations inflammatoires des muqueuses marchant avec l’érysipèle sont des complications ». Béhier, bien qu’il accepté avec Biett et avec Hardy la propagation du côté des fosses nasales," répugne cependant à donner le nom d’érysipélateuses à ces déterminations sur le nez ou sur la gorge. « Gomme chaque inflammation a reçu, d’après son siège, un nom particulier, il me semble, dit-il, que ces faits doivent être désignés sous le nom d’érysipèle compliqué d’angine, ou d’angiue compliquée d'érysipèle selon la succession des symptômes, si l’on ne veut aider encore à la confusion qui règne sur beaucoup de points en pathologie. » Maurice Raynaud admet à la rigueur l’érysipèle interne des muqueuses, parce qüe la peau et le revêtement légumentaïre interne ont une assez grande analogie de structure ; mais il s’y refuse pour les viscères. L’analyse, dit-il, contredit formellement la réalité de ces érysi- • pèles (V. Art. Erysipèle du Dictionnaire de Jaccoud).
ANGINE ÉRYSIPÉLATEUSE
munis d’un épithélium ; or, les voies aériennes supérieures (nez, pharynx, larynx) en paraissaient dépourvues à cette époque. Aussi Bosquillon, le traducteur français de Cullen, nia dans une note que ces parties puissent être atteintes parle mal. Les écrivains du début du xixe siècle, influencés d’ailleurs par un solidisme intransigeant mis à la mode par le système de Broussais et par les recherches anatomopathologiques très brillantes et très remarquables mais un peu étroites de Bichat, bien qu’ils aient été en présence certainement, d’une façon assez fréquente, de phénomènes gutturaux ou nasaux au cours d’un érysipèle de la face, (leur symptomatologie restait il est vrai peu distincte, d’autant plus qu’il s’agissait de cavités dont l’examen physique était encore fort peu avancé), considéraient toutes ces rhinites, toutes ces pharyngites comme des coïncidences ou tout au plus des complications^ Il faut dire aussi à leur décharge qu’on ne savait guère en ce moment ce qu’était au juste l’érysipèle, confondu, avec des accidents inflammatoires fort divers, dont Velpeau et les successeurs français et anglais de YViJlan eurent grande difficulté à le débarrasser1. Cepen-
1. Dans la collection hippocratique, qui contient un grand nombre de renseignements importants sur l’érysipèle médical et même chirurgical, qui affirme la gravité de l’érysipèle rentrant et la bénignité de l'érysipèle sortant, qui signale les métastases du côté du poumon et du cerveau, la nature du mal est attribuée à un apport exagéré de sang vers la peau. Galien penche au contraire pour la bile. Du reste, il s’appesantit peu sur la symptomatologie qui devint fort embrouillée, les successeurs des hippocratiques ayant confondu avec l’érysipèle des dermatoses diverses, ainsi qu’il est facile de s’en rendre compte en parcourant Celse. Les Byzantins, les Arabes, les médecins du moyen âge et de la Renaissance n’ajoutèrent rien d’important aux notions sur ce sujet. Il en fut à peu près de .même de la plupart des nosologistes du xvne et du xviii® siècle, qui se montrèrent surtout frappés de la coïncidence de l’érysipèle avec les épidémies de variole, derougeole, de scarlatine, de diphtérie, de furoncles, d'empoisonnement des plaies, de fièvre puerpérale. On regardait toujours