LABBÉ
s efforce d’en démontrer la réalité. « Il est vrai, dit-il, que depuis environ un demi-siècle, l’on révoque en doute la propriété qu’ont d’autres exanthèmes et même certaines dartres d’envahir les muqueuses, aussi bien qu’on nie l’érysipèle intérne, et pourtant les anciens n’avaient-ils pas raison de croire aux métastases? D’où vient donc que ces opinions sont tombées dans l’oubli? Les idées systématiques de l’école physiologique, la tendance d’un anatomisme exagéré à trop localiser les affections, à ne faire que des divisions anatomiques et enfin aussi l’abus de la synthèse qui a poussé de bons esprits à rechercher une unité morbide là où des causes morbifiques si variées démontrent une variété aussi grande dans l’essence de la maladie, tout cela certes a contribué à faire nier la spécificité de certaines inflammations internes ». Mais, reprend-il, ces erreurs ont été dissipées par l’école de Tours, bien que des résistances nombreuses existent encore. « Sans doute, là réaction s’opère et fait chaque jour des progrès. Ainsi déjà, dans les plus belles années du règne physiologique1, Bretonneau imprimait son livre sur l’inflammation diphtérique, et ce mot. inflammation n’était là qu’un déguisement sans lequel ses idées sur la diphtérie n’auraient point été acceptées. L’angiûe gangreneuse, sans préjudice pour l’angine diphtérique, est aussi réhabilitée comme maladie spéciale2. Il y a tendance à en faire autant pour la stomatite ulcéro-membraneuse. Le muguet a aussi quelque chose de spécifique. La stomatite aphteuse n’est plus considérée comme une simple inflammation folliculeuse,
1. On désignait ainsi la période où triomphait le système de Broussais, qui prétendait s’appuyer exclusivement sur le fonctionnement de. l’orgar
2. Grâce à une récente communication de Gubler. Voir le chapitre sur
ANGINE ÉRYSIPÉLATEUSE
Mais, combien d’inflammations sont dites encore angines simples, simples coryzas et ne sont point nées sous l’influence d’un refroidissement et n’ont pas l’allure des inflammations franches ou rhumatismales ». D’ailleurs, dit-il, l’analogie de structure et de fonction entre la peau et les muqueuses peut se poursuivre dansle domaine de la pathologie, et il rappelle les efforts dans ce sens de Camus, Barland, Fontan, jeunes médecins distingués de l’époque, qui s’efforcaient, à l’exemple de Hardy, de démontrer que les dermatoses peuvent précéder certaines phlegmasies des muqueuses ou leur succéder. On ne trouve qu’une seule observation d’érysipèle interne dans le travail de Labbé ; mais elle est fort intéressante, et mérite une courte analyse. Il s’agit d’une femme âgée de trente ans, entrée à l’hôpital de la Charité, le 9 décembre ,1857, dans le service de Manec, pour un panaris de l’index droit. Il existait alors dans la salle une épidémie d’érysipèle. Le panaris guérit . rapidement ; mais la malade contracta, un érysipèle de la face et du cuir chevelu. L’état général devenant très grave, on fait entrer la patiente dans le service de Briquet. On constata que les lèvres étaient tuméfiées, d’un rouge vif, que la muqueuse buccale était très rouge, brûlante, sèche, la langue écarlate, rugueuse, l’arrière-gorge très rouge aussi, la voix manifestement voilée. Des accidents bronchopulmonaires survinrent rapidement et déterminèrent la mort le 29. A l’autopsie, on constata les lésions de la pneumonie lobulaire. Contrairement à certaines observations mentionnées plus haut, le mal avait donc bien eu la gravité assignée par les hippocratiques à l’érysipèle rentrant.
Dechambre s’est efforcé de préciser le mode d’envahis-