VI. — ANGINE GANGRENEUSE
Coup d' œil général. — Admise, puis niée, enfin acceptée d’une façon définitive par les nosologistes de la première moitié du xixe siècle, l’angine gangreneuse a passé par les phases les plus diverses. Ces contradictions s’expliquent du reste aisément quand on y regarde d’assez près. En effet, si avant 1820 on faisait jouer un si grand rôle au sphacèle guttural, si on en exagérait la fréquence, c’est qu’on le confondait encore avec la diphtérie buccopharyngée. Si, plus tard, on mit en doute jusqu’à son existence, c’est qu’on savait désormais que l’apparence putrilagineuse présentée dans certains cas par l’angine maligne n’était qu’une illusion due à l’altéraration des fausses membranes. Or, comme la gangrène de la gorge est positivement une rareté, par un entraînement irréfléchi, mais dont l’esprit humain est coutumier, on rejeta l’existence de ces lésions, sans plus se préoccuper de leur étude, malgré leur intérêt clinique et théorique, qui est fort grand. On peut dire en effet qu’elles surpassent en gravité celles de la" pharyngite phlegmoneuse diffuse elle-même, puisqu’elles déterminent une destruction complète des parties atteintes. Mais les faits ont finalementune puissanceirrésistible ; etles anatomo-pathologistes eux-mêmes, dont les affirmations imprudentes avaient fait pour ainsi dire rayer l’angine gangreneuse delà pathologie pharyngée, contribuèrent beaucoup, par leurs investigations nécropsiques, à une réaction nécessaire. On n’admit tout d’abord, il est vrai, que la gangrène pharyngée secondaire aux mauvais états généraux. Mais