PÉRIODE DE BRETONNEAU
bientôt on se demanda, à la suite de l’étude attentive de certains cas contredisant l’hypothèse deutéropathique trop généralisée par Rillietet Barthez, s’il n’existait pas un sphacèle primitif, et, après bien des hésitations et des réticences, les grands cliniciens de l’époque conclurent pour l’affirmative, avec raison -, du reste; cardes recherches récentes mettent hors de doute ces angines septiques à toxines extrêmement malignes, qui semblent d’emblée compromettre la vie des tissus.
Première phase. — Pendant les premières années du xixe siècle, les traditions des époques précédentes semblèrent se poursuivre sans conteste; la diphtérie bucCopharyngée continua à être, décrite sous l’appellation fautive d’angine gangreneuse. Ce sont les idées que l’on retrouve reproduites dans les thèses de Nicaise (Paris, 1806), de Felissot (Paris, 1808) etc., et aussi dans l’article A.ngine du Dictionnaire en soixante volumes : « La gangrène fait des progrès, dit Renauldin (p. 133), y. passe des amygdales aux piliers et au voile du palais, à la luette, à la base de la langue et au pharynx, détruit plus ou moins ces parties, etc. » Cette idée du sphacèle était en quelque sorte si familière aux auteurs de ce temps, qu’ils l’étendaient aux angines ordinaires, notamment à l’amygdalite vulgaire, dès que la phlogose semblaitdépasserseslimites habituelles. « L'inflammation, dit le même auteur, peut atteindre un tel degré de violence, que le principe de la vie soit étouffé dans les tonsilles et le voile du palais, lesquels alors deviennent la proie de la gangrène, ce que l’on reconnaît non seulement à la couleur des parties, qui, de rouge qu’elles étaient, paraissent bleuâtres, livides ou noires, mais encore à la pâleur de la face, à la fétidité de l’haleine, à
ANGINE GANGRENEUSE
la cessation des douleurs, h la faiblesse et à l’inégalité du pouls et au froid des extrémités. Dans ce cas, on voit des eschares gangreneuses se détacher du voile du palais, des amygdales et de la luette, d’où résultent des ulcères de difficile guérison ». Joseph Franck a consacré un paragraphe important à l’angine gangreneuse, qui est entaché des mêmes erreurs propres à ses contemporains et qui sont rachetées du reste par des qualités cliniques indiscutables.
Période de Bretonneau. — Bretonneau changea du tout au tout l’opinion de ses contemporains, grâce à ses investigations nécropsiques, sortes de recherches si fort négligées en général par la plupart de ses prédécesseurs . Enthousiasmé parles progrès que Laënnee avait fait accomplir à l’anatomie pathologique, il comprit toute l’importance des autopsies et en multiplia le nombre autant qu’il le put. C’est ainsi qu’il se rendit compte de l’erreur, dans laquelle étaient tombés les anciens, sur la nature des altérations morbides de l’ angine maligne. « Dans aucun cas, dit-il, lors même que l’angine maligne avait pris l’aspect le plus repoussant, je n’ai rien pu découvrir qui ressemblât à une lésion gangreneuse. Des ecchymoses peu étendues, ainsi qu une légère érosion des surfaces sur lesquelles la durée du mal s’était prolongée, ont été les plus graves altérations de tissu que je suis parvenu à constater ». Il est plus explicite encore dans un autre passage (p. 27) : « Ce qui est plus digne de remarque, c’est que les concrétions une fois enlevées (et, pour les enlever et les détacher, il a suffi de les soulever avec des pinces à disséquer), les parois du pharynx n’offrent pas la moindre trace d’altération gangreneuse; des taches rouges et pointillées elles-mêmes de rouge plus foncé, sans érosion, sans