‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IVChapitre 80 sur 170 · ROYER-COLLARD · texte numérisé non relu

ROYER-COLLARD

calmes. « Cet ensemble de phénomènes n’est point encore le croup, mais il en est le prélude. Des parents ou des médecins peu familiarisés avec cette maladie n’y aperçoivent qu’un rhume qui exige à peine quelques soins». Comme on le voit, Bretonneau n’aura qu’à transporter à la diphtérie toute entière cette description consacrée au début de la laryngite pseudomembraneuse ; tout y est presque, sauf la dysphagie légère du commencement et l’envahissement ganglionnaire. Du reste, Royer- Collard remarque que cette période présente de nombreuses variétés comme intensité, durée, etc.

L’étouffement, la somnolence, l’apathie, la pâleur, la respiration bruyante de la période d’état sont parfaitement dépeints. Il est vrai que l’auteur avait des modèles excellents à ce point de vue dans les écrits de ses prédécesseurs. 11 a utilisé aussi tous les matériaux assez importants qu’on possédait déjà sur la topographie des pseudomembranes dans l’arbre respiratoire, sur leur aspect, leur épaisseur, leur consistance, leur façon de se comporter devant les réactifs chimiques, leur ténacité, leur adhérence, leur nature amorphe contestée par quelques-uns qui croyaient y avoir découvert la présence de petits vaisseaux sanguins, hypothèse contre laquelle il s’élève. Rappelons, à propos de ces dépôts fibrineux, que des recherches anatomo-pathologiques récentes exécutées surtout à Paris les avaient fait comparer aux concrétions blanchâtres que l’on trouve sur les séreuses enflammées (les plèvres) ou aux caillots rencontrés dans les vaisseaux (anévrysmes). Sous ces fausses membranes, on verrait, d’après Royer-Collard et ceux qui ont écrit sur le croup à partir de Home, une muqueuse congestionnée, parfois tuméfiée et ramollie.

ANGINE DIPHTÉRIQUE

Deuxième période. Bretonneau , ses partisans immédiats et ses contradicteurs. — Le rôle de Bretonneau peut être ainsi résumé: Il a montré que l’angine maligne n’était point une variété d’angine scarlatineuse, mais une •affection tout à fait distincte à réaction locale et géné- • raie insidieuses, du moins au début. Il a réuni en une même entité morbide cette même angine maligne et le -croup. Il a prouvé que les lésions gutturales, malgré leur aspect, n’étaient point de nature gangreneuse. Il a distingué l’inflammation diphtérique des phlegmasies pseudomembraneuses banales, en lui attribuant la spécificité démontrée par son caractère contagieux et sa tendance -envahissante. Bretonneau était bien l’esprit qu’il fallait pour une révolution scientifique aussi considérable modifiant de fond en comble les conceptions de ses contemporains sur l’état de la question. Original parfois jusqu’à, la bizarrerie 1, indépendant, hardi, très assidu à ses heures, très observateur, il avait en un mot ce qui ■est nécessaire pour bien profiter des circonstances. Cellesci, très favorables, il faut le dire, se présentèrent à lui 2, lorsqu’en 1818, la légion du département de la Vendée vint tenir garnison à Tours. Plusieurs des soldats étaient -affectés d’une maladie particulière des gencives que leurs chirurgiens désignaient sous le nom de scorbut de terre. Dans l’espace de très peu de temps, la presque totalité de la légion en fut atteinte, et le nombre des malades -devint si considérable qu’une partie fut évacuée des salles

1. Non seulement Bretonneau se montrait ennemi de tout préjugé, de 'toute idée préconçue; mais il refusait de se conformer aux coutumes les plus usuelles, mangeait à n’importe quelle heure, dormait volontiers le jour pour travailler la nuit, interrompait toute occupation professionnelle ■quand le désir lui venait de se reposer.

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