BRETONNEAU, BOURGEOISE
cesser pour cela d’être une modification identique des mêmes propriétés vitales. » Cependant, dit-il, la spécificité des maladies est prouvée par une multitude d’observations ; il. n’y aurait peut-être pas de vérité mieux démontrée et plus féconde en résultats. « Les faits relatifs à l’inflammation cantharidienne n’infirment en rien la spécificité de la diphtérite. L’inflammation cantharidiqué bornée aux surfaces qui ont éprouvé l’action phlogistiquante du principe vésicant ne tarde pas à se circonscrire et à s'éteindre, tandis qu’il est dans la nature de l’inflammation diphtéritique de prendre de l’ extension et de persévérer. On doit peu s’étonner qu’il existe autant dé ressemblance entre deux inflammations du tissu muqueux sans cesser d’être différentes, car il en est de même dans bien des phlegmasies cutanées. » D’ailleurs, le mal étant contagieux, son étiologie ne peut point être banale , ainsi qu’il a soin de le faire remarquer.
Les différentes communications de Bretonneau h l'Académie de médecine ne tardent pas à porter leurs fruits.
En 1823, le docteur Bourgeoise1 (communication a l’Académie royale de médecine) fit connaître un cas d’angine couenneuse qui démontrait non seulement le caractère contagieux du mal, mais la transformation du croup habituel en une pharyngite pseudomembraneuse de même nature, la localisation anale et l’existence de phénomènes parétiques pendant la convalescence. « Un enfant mâle de cinq ans et demi, affecté du croup, mourut le sixième jour de sa maladie ; cette affection avait d’abord été
1. Médecin de dispensaire à Paris ; ne pas confondre avec Bourgeois, médecin de la maison de la Légion d’honneur à Saint-Denis. Nous commençons par les épidémiologistes les mieux à même de faire des remarques curieuses et originales.
ANGINE DIPHTÉRIQUE
méconnue pendant plusieurs jours. Je vis le cadavre de l’enfant dix-huit ou vingt heures après la mort. Je visitai le pharynx, qui n’offrait qu’une légère rougeur dans sa partie supérieure ; j’incisai le larynx dont la cavité était tapissée par une pseudomembrane assez consistante.
« La mère de l’enfant, femme d’un conseiller d’ambassade, n’avait point quitté son fils pendant tout le temps de sa maladie ; elle avait rempli près de lui l’office de garde-malade. Lorsque la suffocation était imminente et même après sa mort, elle avait cherché à le ranimer en lui insufflant de l’air dans la bouche. Cetté tendre mère fut elle-même, quatre jours après la mort, de son fils, affectée d’une angine couenneu.se et mourut après douze jours de maladie. Le docteur B. qui fait l’objet de l’observation suivante, ayant été appelé le sixième jour après l’invasion pour lui donner . des soins conjointement avec le médecin ordinaire, la visita deux fois ce jour-là, le matin et le soir ; le lendemain, septième jour, il la visita le matin. Comme les deux médecins ne se trouvèrent nullement d’accord sur le mode de traitement à faire suivre à la malade, on convint d’appeler en consultation, lé Docteur Marc, premier médecin de son altesse royalë le duc d’Orléans. Monsieur B. ne put s’y trouver, sa maladie s’étant déclarée le jour désigné pour la consultation. Il avait examiné ce jour-là, à plusieurs reprises, le pharynx de la malade; il avait été affecté d’une odeur particulière à peu près semblable à celle de la gangrène, et en avait conservé la sensation pendant toutela matinée.» Il fut pris peu d’heures après de frissons, d.e sécheresse de la gorge, de dysphagie et, ayant prié le docteur Olivier de l’examiner,. « celui-ci remarqua sur la tonsille droite une plaque de couleur blanche de la largeur d’une
BOURGEOISE
lentille, entourée d’une aréole inflammatoire, et de la rougeur au pilier antérieur du voile du palais du même côté. » Les plaques se multiplièrent rapidement dans la cavité gutturale ; et les ganglions lymphatiques subirent une tuméfaction notable et devinrent douloureux. Comme on le voit, Bourgeoise signale un des phénomènes sur lesquels Bretonneau est revenu si souvent avec une juste insistance ; car il est un des symptôrpes les plus importants et les plus caractéristiques de l’affection. Les troubles réactionnels furent plus intenses que d’habitude. Il y eut même du délire et de l’impatience « portée à l’excès. » Phénomène plus inquiétant encore, il se produisit des quintes de toux assez violentes, mais probablement réflexes ; car le larynx ne parait pas avoir été envahi, malgré une certaine persistance dé l’aphonie. Le 19, une complication assez rare, c’est-à-dire l’envahissement des organes génitaux, et de Y orifice anal survint. Le prépuce et le gland devinrent douloureux et se recouvrirent de plaques de fausses membranes semblables à celles qui revêtent le pharynx ; « quelques autres plaques de même ïiature se remarquèrent au pourtour de l’anus ». Le 20, cc les pseudomembranes du prépuce, du gland et de l’anus prennent une légère teinte jaunâtre ». Cependant, après le rejet pénible des fausses membranes de la gorge, la situation s’améliora malgré le caractère malin de cette diphtérie, et une modification favorable se produisit, non seulement du côté de la gorge, mais encore dans les autres localisations. « Vers le douzième jour de la maladie, les pseudomembranes du prépuce, du gland, de l’anus, commencèrent à se détacher, et leur chute fut complète vers le "seizième jour ; pendant ce temps et quelques jours après, le malade rendit par les
ANGINE DIPHTÉRIQUE
selles des portions de fausses membranes plus ou moins étendues et plus ou moins altérées. »
L’observation de cet auteur, remarquable déjà à tant d’autres titres» l’est encore par les troubles de la motilité et surtout de la sensibilité qui survinrent dans la convalescence et dont l’ctude ne sera faite scientifiquement que bien longtemps après. « A. la suite de cette affection, quoique toutes les fonctions s’exécutassent très bien, M. B. a éprouvé pendant plus de trois mois un engourdissement très incommode qui occupait les mains» les avant-bras, en se prolongeant deux ou trois pouces au-dessus des coudes. Les pieds, les jambes et la partie inférieure des cuisses étaient parfaitement libres, mais lorsqu’une de ces parties était en contact avec un corps, il semblait au malade que des grains de gros sables étaient interposés entre les corps touchés et le membre. » Voici les conclusions de l’auteur.
a 1° L’angine couenneuse qui attaque les adultes est de même nature que le croup, ces deux maladies ne différant que par le siège principal ; 2° elle est dans quelques cas contagieuse, si elle ne l’est pas toujours ; 3° un individu affecté du croup peut communiquer une angine eouenneuse à une autre personne qui lui donne journellement des soins ; 4° le développement des pseudo-membranes se borne seulement au pharynx, au voile du palais, au larynx, à la trachée, aux bronches, aux fosses nasales et à leurs anfractuosités, au conduit auditif externe, à l’œsophage, à l’estomac, comme l’ont observé quelques praticiens ; mais il peut avoir lieu en même temps à la membrane intestinale, au pourtour de V anus, où de celle qui revêt le prépuce et le gland-, 5° il est à présumer que les lambeaux pseudo-membraneux rendus par les selles