BOURGEOIS, GENDRON
jours offert les symptômes les plus graves; chez elle, le mal, après avoir fait de grands ravages sur les tonsilles, dans l'arrière-gorge et envahi successivement chacune des parties de l’appareil digestif s'est montré à la partie externe du rectum. L’anus excessivement tuméfié et douloureux, d’un rouge livide, s’est couvert de pellicules diphtériques qui se sont détachées par parties et fort lentement ; après avoir offert pendant plusieurs jours une amélioration assez sensible, elle est . tombée dans un état d’adynamie extrême, éprouvant à chaque instant de longues défaillances précurseurs du terme fatal qui eut lieu le dix-septième jour .
Les plus jeunes de nos élèves ont été plus spécialement atteints et beaucoup plus gravement que ceux qui étaient arrivés à la puberté. »
Gendron est actuellement moins connu que Bourgeois et même Lespine ; les différents mémoires qu’il a publiés sur l’angine maligne, ses épidémies, son traitement, n’offrent pas les mêmes mérites d’observation originale, mais néanmoins on y trouve des matériaux utiles, auxquels plusieurs des nosologistes postérieurs ont parfois puisé. Il rappelle que le croup des nouveau-nés débute souvent, d’après Guersant, par une angine couenneuse pharyngienne. «Chauvel et Astruc ont observé la même progression dans les symptômes chez les enfants au-dessus de sept ans ; elle paraît constatée dans les cinq sixièmes des cas de croup sporadique et dans tous les cas de croup épidémique (mémoire de M. Louis). » A un certain moment, il a pensé comme le médecin de Beaucaire, Blaud, que la laryngite pseudomembraneuse était assez différente de la pharyngite pseudomenbraneuse ; mais peutêtre, dit-il, « cet auteur s’est-il trop attaché à des diffé-
ANGINE DIPHTÉRIQUE
rences qu’un œil exercé ne peut pas toujours apercevoir. J’ai cru dans un temps qu’il existait dans les symptômes des deux maladies des nuances essentielles et nombreuses, mais de nouvelles observations m’ont, au contraire, fait remarquer la plus grande analogie entre ces deux affections qui ne diffèrent que par l’étendue des pseudomembranes. » En outre de nombreuses observations très détaillées accompagnées de considérations cliniques intéressantes, Gendron a pu étudier dans l’épidémie de Château-Regnault la coïncidence de la scarlatine avec la diphtérie ; plus tard celle-ci aurait régné seule.
Rappelons ici que Louis, dans un mémoire qui eut beaucoup de retentissement, étudiant les lésions nécropsiques des sujets morts de diphtérie, constata l’existence du croup chez l’adulte, et se hâta, en 1824, dé faire connaître ces faits. Ceci ruinait entièrement les affirmations des partisans des anciennes doctrines, suivant lesquelles le croup était une maladie sui generis particulière à l’enfance.
Nous avons cru devoir signaler tout d’abord les travaux d’ordre épidémologique, parce que ce sont ceux-ci surtout qui restent, ceux d’exposition, de mise à point, n’intéressant guère que les contemporains et ayant, par conséquent, une durée généralement éphémère. Cependant, comme plusieurs ont contribué à faire connaître au grand public les idées de Bretonneau, qu’ils les ont fait accepter, il est nécessaire de s’en occuper et de dire en même temps quelques mots des écrits des adversaires de la nouvelle doctrine, c’est-à-dire des adeptes de Broussais.
Partisans de Bretonneau. — Parmi ceux-ci, il faut citer Bricheteau, Deslandes et surtout Guersant.
Esprit sage et modéré, Bricheteau a publié surtout de la compilation bien faite; car son envergure théorique et cli-
BïîICHETEAU
nique était, en somme, assez médiocre. D'autre part, il semble accepter avec regret les idées d’un inconnu, d’un provincial, qui combat aussi hardiment des idées traditionnelles, acceptées par presque toutes les sommités parisiennes. Le traitement institué par le médecin de Tours a surtout le don de l’agacer. Il ne comprend pas qu’il rejette aussi délibérément les antiphlogistiques, si en ^honneur dans l’école « physiologique ». Aussi, voici comment il s’exprime tout d’abord sur le compte de Bretonneau. Enfin « un autre médecin des départements, M. Bretonneau, médecin chef de l’hôpital de Tours, vient tout récemment de publier sur le sujet qui nous occupe, une collection de mémoires, où il s'efforce de prouver que les angines gangreneuses, malignes, couenneuses et le croup ne sont que divers degrés d’une seule et même affection. Ce livre renferme beaucoup de faits, la description de plusieurs épidémies et l’essai d’une thérapeutique qui pourrait bien nuire au succès de l’ouvrage auquel quelques parties déjà connues avaient fait une sorte de réputation .» Cependant, les arguments de Bretonneau étaient si forts, ils cadraient si bien avec certaines affirmations d’auteurs très recommandables, que Bricheteau se vit en quelque sorte contraint d’adopter beaucoup des opinions émises parle hardi novateur. Ainsi, parlant de la coïncidence de l'angine gangreneuse avec le croup « s’il faut en croire, ditil, M. Bretonneau, l’angine gangreneuse au lieu d’être une complication du croup n'en serait qu’une forme particulière. Quoi qu’il en soit, il n’est point rare de voir ces deux états morbides réunis » Et dans une note, il rappelle que le fait a été signalé par Huxham, Fothergill, Starr, Ghisi, etc. Dans ces cas complexes, il mentionne que, d’après ces auteurs, « non seulement la déglutition est très
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difficile, mais l’abattement et la faiblesse du pouls ainsi que sa fréquence sont extrêmes. Le fond de la bouche ■est noirâtre, l’odeur qui s’en exhale est fétide. A l’ouverture du corps, on trouve des ulcérations gangreneuses dans le fond de la bouche et dans le larynx, et s'il existe une fausse membrane, elle présente une couleur brunâtre -ou bien ses débris flottent au milieu d’un liquidé saniéux de même couleur. » Mais, il reconnaît que l’aspect de la -gorge peut, chez bien des malades, ressembler davantage à ce qu’on observé dans le croup ; et il rappelle, à ce sujet, l’angine pseudomembraneuse oucouenneuse^ , que les travaux des Suédois Van Bergen, Whalbom, Hallenius avaient commencé à faire connaître 2. Voici ce que Bri- •cheteau écrit sur ce sujet : « L’angine, appelée couenneuse, précède souvent et accompagne le croup ; en examinant lès amygdales, le voile du palais, la base de la langue, •on les voit recouverts d’une fausse membrane grisâtre ou simplement d’une matière épaisse de même couleur. Toutes ces parties sont gonflées et la déglutition est impossible, la difficulté de respirer très grande, la voix •aiguë et sifflante. Ces lésions, réunies à celles du croup, le rendent infiniment plus grave et plus dangereux 3 ». Parlant du diagnostic entre le croup et l’angine maligne, « Quand à l’angine maligne ou gangreneuse, dit-il, nous balancerons d’autant moins à convenir qu’on peut la confondre aveclecroup, qu’un médecin assez recommandable 'vient d’établir d’une manière assez péremptoire dans son